Ancienne borne Michelin de la N7 trouvée à Evry. (photo: MV, décembre 2007).
Sur la N7, voici une étonnante borne peinte sur le mur d'une habitation. En 2009, la borne métallique a disparu. (photo: MV, avril 2007).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Localités traversées et desservies par la N7 de 1959 entre Paris et Nevers:
Paris
Le Kremlin-Bicêtre
Villejuif
Chevilly-Larue
Thiais
Rungis
Orly (aéroport)
Paray-Vieille-Poste
Athis-Mons
Juvisy-sur-Orge
Viry-Châtillon
Grigny
Ris-Orangis
Evry-Petit-Bourg
Corbeil-Essonnes
Le-Plessis-Chenet
Ponthierry
Pringy
Chailly-en-Bière
Fontainebleau
Bourron-Marlotte (Pavé-du-Roi)
Grez-sur-Loing
Nemours
Souppes-sur-Loing
Dordives
Fontenay-sur-Loing
Montargis
Mormant-sur-Vernisson
La Commodité
Nogent-sur-Vernisson
Les Bézards
La Bussière
Briare
Bonny-sur-Loire
Neuvy-sur-Loire
La Celle-sur-Loire
Myennes
Cosne-sur-Loire
Maltaverne
Pouilly-sur-Loire
Mesves-sur-Loire
La Charité-sur-Loire
Tronsanges
Pougues-les-Eaux
Varennes-Vauzelles
Nevers
Borne de limites départementales entre la Seine-et-Marne et le Loiret. Elle est située au nord de Dordives (photo: MV, avr. 2007).
Quelques sites et forums sur la N7

Voilà un formidable précurseur des promenades multimédia sur les routes de France. Le site de Thierry Dubois emmène l'automobiliste virtuel sur les traces des vacanciers des années 60, lorsqu'ils empruntaient la fameuse nationale 7 pour rejoindre les campings de la Méditerranée... Thierry est également le talentueux dessinateur de deux ouvrages consacrés aux routes du soleil: La route Paris-Côte d'Azur et Rochepot, la vieille route aux éditions Drivers. (lire)

Deux forums sont consacrés à la RN7, historique et actuelle: celui de SARA (lire), qui évoque le tracé en perpétuelle évolution de la N7 dans la vallée du Rhône et celui, historique, de la RN7 des anciens temps. On y trouve de nombreuses photos et cartes postales des anciens tracés. (lire)
Documentation écrite utilisée: Atlas Michelin des Grandes Routes de France (1959), Atlas routier Michelin France 2007, Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954), Guide littéraire de la France (Hachette, 1964, Plan Maxi Banlieue (éd. L'indispensable), Environs de Paris (n°95), Michelin 1954), Petit Futé Tourisme fluvial (NEU 1998), Wikipédia, Wikisara. Remerciements aux sites internet des villes et villages traversés par la RN7.
Panneau Michelin situé à Montargis, juste à côté du pont sur le Loing (photo: MV, avr. 2007).
Plaque de l'ancienne RN7 située au centre de Montargis, au croisement avec le trajet de la N60 historique (photo: MV, mai 2008).


Belles routes de France...
RN7: la route vers l'azur (I)
Au même titre que la célèbre Route 66 américaine, la nationale 7 (surnommée route bleue sur une partie de son trajet) est un véritable mythe. Tout le monde a une histoire à raconter sur la RN7, la grande route des vacances de tout un pays dans les années cinquante et soixante... Le site Sur ma route vous invite sur un ruban de goudron qui relie Paris à la Côte d'Azur. Soit environ mille kilomètres avant de pouvoir enfin plonger ses petits pieds dans la Grande Bleue... Comme toujours, nous nous promènerons, les guides d'époque à la main et les yeux grands ouverts sur l'itinéraire de 1959. Première partie: Paris-Nevers.

A la sortie de Chalette-sur-Loing, en direction de Paris (Photo: Marc Verney, avril 2007).


Panneau Michelin de la N7 à la porte d'Italie à Paris (photo: MV, déc. 2005).
Paris, porte d'Italie. Le panneau Michelin semble nous narguer, là, juste au milieu des embouteillages d'un petit matin grisâtre. Paris-banlieue. Les trajets des uns et des autres s'entrecroisent sans s'entendre. Dans les voitures, les figures se figent. L'autoradio annonce la couleur: carambolage, métal froissé... retard au boulot. "N7, Le Kremlin-Bicêtre", il est écrit sur le panneau de béton. Petite ambition pour une route qui part à la conquête du soleil...

Mais il faut bien traverser la banlieue. Les pneus crissent sur le vieux bitume. La N7 se mérite. Déjà: feux rouges, ralentissements, congestion dans les mini souterrains qui coupent les carrefours... A part la déviation de Villejuif, réalisée dans les années trente, le trajet est quasiment rectiligne: nous roulons sans le savoir sur la grande histoire du pays: une voie royale construite sous Louis XV, l'avenue de la Cour-de-France... Après Thiais et ses célèbres casses auto -René Panhard, fondateur de la firme Panhard et Levassor a été maire du lieu de 1870 à 1881 et de 1888 à 1908- voilà le carrefour de la Belle-Epine (8 km de Paris, croisement avec la N186). Le Guide Bleu des Environs de Paris 1924 évoque déjà l'urbanisation galopante des lieux: "La RN7 se déroule en ligne droite sur le plateau que des lotissements transforment presque à vue d'oeil"...

Un peu plus loin, la route longe l'aéroport d'Orly. Si en 1924, ce "vaste aérodrome dont les deux grands hangars en ciment armé dressent de hautes nefs ovoïdes élégantes et visibles de fort loin" est déjà bien connu, les aménagements des années cinquante et soixante vont y installer un aéroport moderne et fonctionnel. Et, pour permettre l'implantation de longues pistes capables d'accueillir les jets étincelants, le tracé de la N7 sera ici profondément modifié. Il est donc décidé que la route nationale plonge sous l'aérogare sud, les voies de desserte bétonnées et la piste 3 dans un tunnel de 300 m de long. En 1959, l'aéroport n'est pas encore inauguré (il le sera deux ans plus tard). Et la route traverse un chantier colossal ouvert en 1957.

Au km 18, la chaussée croise la pyramide, dite "de Cassini". Celle-ci, nous explique le Guide Bleu 1924 des Environs de Paris, "fut érigée en cet endroit par l'illustre géographe comme terme austral de la base géodésique mesurée en 1756 lors de sa triangulation de la France". A quelques encablures, nous voilà dans la partie haute de Juvisy. A gauche de la route, un observatoire, fondé en 1882 par Camille Flammarion. L'endroit s'élève à l'emplacement du deuxième relais de poste depuis Paris (le premier étant Paray-Vieille-Poste). C'est néanmoins une auberge historique puisque les rois de France s'y arrêtaient sur le chemin de Fontainebleau et que c'est là que Napoléon 1er a appris, le 30 mars 1814, la capitulation de Paris, signant la fin définitive de l'Empire. Un léger virage et le bitume entame la descente vers le bord de la Seine. Terminé en 1728, le pont des Belles-Fontaines permet à la route de traverser l'Orge. Il balise le nouveau grand chemin de Lyon, réalisé à la même époque afin d'éviter la dangereuse descente de la rue de la Vieille-Montagne (rue Camille-Flammarion). "C'est, nous dit le Guide Bleu 1924 des Environs de Paris, une des plus belles oeuvres architecturales du XVIIIe siècle. Il s'agissait d'enjamber la rivière à une grande hauteur en portant la route d'une berge élevée au remblai qui descend en pente douce vers la Seine. Sept arceaux jumeaux s'arrondissent au-dessus de l'Orge, supportant quatre autres arcades". Sur les bords de la route, "d'élégants parapets s'ornent d'édicules gracieusement sculptés d'où jaillit dans des vasques l'eau de sources découvertes pendant les travaux". A l'époque, on pouvait lire sur l'ouvrage une citation en latin en l'honneur du roi Louis XV qui fit "fendre et briser les rochers, aplanir la colline, transforma cette voie difficile, escarpée et impraticable en une route unie, carrossable et agréable". Les fontaines, qui servaient à abreuver les chevaux ont été déplacées en 1970 dans le parc de la mairie de Juvisy lors de l'élargissement de la nationale (des photos du site sont publiées dans le magazine Route Nostalgie n°18). Dans ce XXIe siècle déjà bien avancé, la mise en place d'un tramway s’accompagnera même de la requalification de la RN 7 sur les communes d’Athis-Mons, de Paray-Vieille-Poste et de Juvisy-sur-Orge...

Viry-Châtillon. Cet ancien panneau de métal subsiste au milieu d'un paysage de tours et de magasins d'usines (Photo: Marc Verney, décembre 2007).

Viry-Châtillon et Ris-Orangis sont traversées sans problème. Voilà maintenant Evry-Petit-Bourg et ses anciennes carrières. Là, du fait d’une présence abondante en bords de Seine de la pierre meulière, les terrassiers y ont maintenu longtemps une grande activité. Une bonne partie des anciennes villas construites dans la banlieue sud est d'ailleurs réalisée en pierre meulière d'Evry. On a du mal à repérer le trajet historique de la RN7 dans cette cité: c'est, au XXIe siècle une "ville nouvelle" de 50 000 habitants où fleurissent les voies rapides et les barres HLM. Dernier vestige: une borne Michelin trône, incongrue, en contrebas de la quatre-voies...

Au km 31, Essonnes est indissociable de Corbeil, sous-préfecture en 1959 du vaste département de Seine-et-Oise. On y croise la nationale 191, qui contourne l'Ile-de-France par le sud. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, la commune suivante de Ponthierry est libérée par les troupes du général Patton le 22 août 1944. Et le 23 août, Patton, qui était un rapide, se lance vers Seine-Port avec sa IIIe armée. Voilà la première traversée réussie du fleuve depuis le débarquement de Normandie du 6 juin 44. A Pringy, la RN7 laisse à gauche la "route de Bourgogne", ancien trajet royal pour prendre la direction de Chailly-en-Bière et de la forêt de Fontainebleau.

Le site internet de la mairie de Chailly nous donne pas mal de précisions sur les routes de la région. L’artère principale, qui est aujourd’hui la nationale 7 (aujourd'hui déclassée en ces lieux), n'a été jusqu’au XVIe siècle qu’un itinéraire postal créé par Louis XI pour les besoins de sa trésorerie. C'est Louis XIV qui fait construire une plus grande voie pour faciliter ses voyages à Fontainebleau. L’ancien parcours, qui empruntait la "route de Bourgogne" via la Glandée est donc abandonné.

Un chroniqueur de l’époque, Massingi est cité sur le site: "Ce splendide monarque fin l’an 1713 (fit) commencer une route très magnifique tirée depuis proche de village de Pringy à quatre lieux parisiennes du château de Fontainebleau passant par Chailly. Cette route a 12 toises de large (24 mètres) y compris les fossés et les arbres qui la bordent. Il y a trois ponts de pierre qui la traversent pour servir à l’écoulement des eaux. Après Chailly, elle recourbe pour monter une montagne et de là en droite ligne, arrive à Fontainebleau. Elle est pavée au milieu de toute sa longueur. C’est peut-être la plus belle route qui soit en France".

Déjà 35 km de Paris! La plaque Michelin date de 1932 (photo: Marc Verney, avril 2007).

La forêt de Fontainebleau est atteinte à la hauteur de Barbizon, "village d'artistes". Célèbre centre de l'école du même nom, le lieu a accueilli au milieu du XIXe siècle des peintres comme Rousseau ou Millet. Des écrivains y ont également séjourné: les Goncourt, en 1865, ont décrit dans l'ouvrage Manette Salomon, l'auberge du Père Ganne, le rendez-vous favori des artistes. A la hauteur de ce petit village, la RN7 historique capte le flux de circulation des automobilistes en provenance de l'A6 via la RN37. Cette bretelle représente la fin (ou le début) des ennuis pour le conducteur voyageant entre Paris et Lyon par la route. Là, en effet, se trouve l'extrémité sud -gratuite- de l'autoroute du Soleil. En 1959, rien de tout cela (l'A6 n'existe que dans les cartons des bureaux d'étude): la N7 atteint le carrefour de l'Obélisque, à Fontainebleau, après avoir longuement traversé la forêt du même nom. On ne peut rater les colonnes présentes au milieu du vaste rond-point. Les grandes destinations y sont gravées. Quant à l'obélisque, il est la réplique en plus petit de celui de la place Saint-Pierre à Rome. La légende veut qu'il ait été offert à Marie-Antoinette par les habitants de Fontainebleau. Son origine provient en réalité des crédits de travaux du château. C'est, en tous cas là que se séparent en 1959 les deux routes de Lyon, par la Bourgogne (N5 puis N6) ou par le Bourbonnais et Roanne (N7). Dès 1958, la radio France inter, en partenariat avec la gendarmerie, diffusait les premiers "points routes" à partir de l'endroit.

La route nationale 7 file maintenant au travers de la partie sud de la magnifique forêt de Fontainebleau. Octobre jouit de mille couleurs, dessine des arbres caressés d'ocre et de vermillon, voilà l'aqueduc de la Vanne, imposante masse de pierre, qui dessert Paris en eau... Au carrefour de la Croix-Saint-Hérem, la route Paris-Menton croise la "route ronde", qui, comme son nom l'indique fait, du nord au sud, un arc-de-cercle au coeur de ces bois. On sort de la forêt par le Pavé-du-Roi, dénomination, depuis le règne d'Henri IV, des grandes routes pavées françaises. La descente est relativement forte, on entre là dans la vallée du Loing, que la route franchit à Nemours, sur un pont, inauguré par le pape Pie VII, lors de son passage en 1804 pour assister au couronnement de Napoléon Ier. En tous cas, la petite ville, nous raconte le Guide Bleu de la France Automobile 1954, est "une villégiature très fréquentée par les Parisiens".

Le coup de la "route buissonnière"
Route alternative et vraiment mignonne pour rejoindre Lyon, la "route buissonnière" sillonne depuis Nemours des régions un peu oubliées et pleines de charme... (lire)

Quinze kilomètres encore et voici Souppes-sur-Loing, petit bourg connu pour receler des carrières de pierre à bâtir dite "de Château-Landon". Au km 90, c'est Dordives. La route est entrée dans le département du Loiret. Situé au croisement de l’ancienne voie de César et de l’ancienne voie de la vallée du Loing, Dordives, nous apprend le site de la mairie s’est déplacée en même temps que s’est créée, sous le règne de Louis XVI une déviation qui devait devenir la RN7. Peu après Fontenay-sur-Loing, on trouve une des curiosités de la N7 historique: la petite chapelle Notre-Dame-de-la-Route reçoit depuis 1954 les passants de la N7. A l'intérieur, les vitraux sont décorés aux armes des villes traversées par la nationale Paris-Côte-d'Azur.

Ancienne plaque indicatrice à Dordives (photo: Marc Verney, avril 2007).

En lisière de forêt, Montargis s'impose comme une des premières haltes du trajet. Tout le cachet de la cité repose sur les nombreux cours d'eaux qui la traversent. A commencer par le Loing mais aussi par les canaux du Loing et de Briare. Qui dit rivière dit ponts. Ils sont partout. Un circuit permet même de visiter cette "Venise du Gâtinais" par ses ponts... La N7 historique y croise la N60 historique (route Toul-Châteauneuf-sur-Loire). L'occasion de voir, ici ou là sur les boulevards, plaques, bornes et anciennes signalisations des deux nationales... Une montée, longeant des casernes de gendarmerie nous amène à la sortie sud de la ville. La N7 passe là le plateau qui sépare les vallées du Loing et de la Loire. Au sud de Châtillon-Coligny et à une dizaine de kilomètres de la nationale, une curiosité à voir: les sept écluses de Rogny qui permettaient au canal de Briare d'approcher la vallée du plus long fleuve français.

RN60: les voies de Jeanne...
Entre Orléans et Toul via les belles cités de Sens et Troyes, voici une route qui vit au rythme de la grande histoire de France... Jeanne d'Arc, nous voilà!! (lire)

Au km 132, la RN7 de 1959 laisse filer à droite la RN140 (D940 au XXIe siècle) sur Gien. C'est la route de Bourges. A Briare, encore des histoires de canaux! La construction d’une voie d’eau navigable, le canal de la Loire à la Seine est lancée en juin 1605. Après une période d’arrêt, à la mort du roi Henri IV, les travaux sont relancés sous Louis XIII. Ils se terminent en 1642. Mais la traversée de la Loire, réalisée à l'aide d'un système de halage, reste dangereuse. La construction d'un grand pont-canal (663 m, record du monde!) est décidée en 1882, les travaux s'achevant en 1896. Il aura fallu plus de 3000 t de métal pour créer ce gigantesque ouvrage qui "héberge" 13 600 t d'eau...

La N7 prend alors la direction de Bonny-sur-Loire. Bonny, nous raconte la municipalité sur son site internet, retrouve de une certaine splendeur à la Renaissance. Les foires sont rétablies et l'auberge la Teste noyre sert de relais de poste à chevaux principal sur l’itinéraire Paris-Lyon. Bonny est l’une des étapes de ce que l'on appelait les Postes assises, qui fournissaient des chevaux frais toutes les 7 lieues. Le début du XVIIe siècle porte cependant un coup fatal à Bonny. En 1707, la crue de la Loire submerge les infrastructures de la route. Le "Grand Chemin" de Paris à Lyon est alors délaissé et ne dessert plus que le Bourbonnais et l’Auvergne, enlevant à Bonny son activité d’accueil. Il faudra attendre les congés payés pour que la ville s'anime à nouveau au rythme des voyageurs...

Borne de limites départementales à côté de Bonny-sur-Loire. On peut y lire "route n°7 de Paris à Antibes" (photo: Marc Verney, avril 2007).

A la sortie sud du village, la route entre dans la Nièvre. "Joli parcours le long du fleuve", nous précise le Guide Bleu 1959 de la France Automobile. Il faut parcourir une quinzaine de kilomètres pour atteindre Cosne-sur-Loire, au km 180. Une ville traversée "tout droit" par la N7 qui laisse, à sa gauche, l'église Saint-Jacques (XVe siècle) puis à droite l'église Saint-Agnan (en partie romane). Ne pas rater la visite du vignoble de Sancerre tout proche par la N455 (D955) en traversant la Loire par des "ponts en ciment" datant des années trente. Vue magnifique sur les environs depuis le village -haut perché- de Sancerre.

Après Cosne, la RN7 s'écarte un tantinet du fleuve et coupe une de ses boucles. C'est à partir de là qu'au XXIe siècle, le ruban bitumé de la nationale historique se confond avec une pratique mais monotone liaison autoroutière (A77). On devra donc dès lors jouer à saute-mouton entre histoire et réalité contemporaine. Un extrait authentique de la N7 existe jusqu'à Maltaverne.
Un village qui ne dit rien à l'automobiliste des années cinquante. Un peu plus de trente ans plus tard (en 1985), c'est là que le chanteur populaire Sacha Distel aura l'accident terrible qui blessera grièvement sa passagère Chantal Nobel, alors héroïne du -très oubliable- feuilleton Châteauvallon. Elle en restera d'ailleurs hélas handicapée.


Voici de vieilles plaques de la RN7. A La Celle, Cosne et Mesves (photos: Marc Verney, avril 2007).

Après, pour retrouver le vieux bitume, il faudra se mettre dans la peau de Sherlock Holmes et "traduire" les cartes routières. On sort de la quatre-voies à Pouilly-sur-Loire, dont le célèbre vignoble est placé à mi-distance de la source et de l'embouchure de la Loire. L'ancienne chaussée se poursuit jusqu'à Mesves-sur-Loire (km 200). Puis c'est le retour obligé sur la route rapide (110 km/h) jusqu'à La Charité-sur-Loire.

C'est là qu'en 1840, Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques, sauve l'église Notre-Dame en donnant un avis défavorable au passage de la route royale qui devait couper l'église en deux (source: mairie de La Charité). La ville ancienne s'enroule autour d'une abbaye bénédictine dont il reste l'église abbatiale Sainte-Croix.
A la sortie de La Charité, nous annonce le Guide Bleu 1954, la route "longe le fleuve sur quatre kilomètres (superbe parcours) puis s'en éloigne et s'élève".


La RN7 historique à Tronsanges (photos: Marc Verney, avril 2007).

De La Charité (D907) à Pougues-les-Eaux en passant par Tronsanges, on peut encore suivre l'ancien tracé. La traversée de la station thermale de Pougues (eaux froides, bicarbonatées, calciques et ferrugineuses) a été complètement refaite et il faudrait être devin pour imaginer le passé "national" d'une chaussée désormais pacifiée et rendue à la voirie locale. Ah, voilà, en jetant un regard gourmand dans la vitrine de cette patisserie, nous dénichons le Pavé de la Route Bleue, un bonbon à base de crème de praline enrobé de deux fines couches de nougatines.

Une dizaine de kilomètres plus au sud, voilà Nevers, terme de notre première étape. La RN7 de 1959 y entre par le faubourg de la Chaussée en passant sous la porte de Paris (XVIIIe siècle). La préfecture de la Nièvre est bâtie dans une boucle de la Loire, au confluent de la rivière Nièvre, qui descend des hauteurs du Morvan. Bien des choses à y visiter: l'église Saint-Etienne, le palais ducal, la cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte, le musée municipal qui entretient avec attention les délicates faïences de Nevers... Quant à la fameuse "botte de Nevers"... lire le roman de Paul Féval, Le Bossu!!

Marc Verney (Sur ma route) novembre 2008