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Tout
d'abord, il faut se mettre d'accord sur le point de départ de la
route: Châteauneuf-sur-Loire jusqu'en 1972, Orléans, de 1972
à 2005. Bon, on va se caler sur les bords de Loire à Orléans et
sortir de la ville plein est en direction de Montargis. A la sortie
des faubourgs d'Orléans, n'hésitez pas à faire un saut en direction
du joli petit village de Combleux, en bord de Loire. L'endroit,
avec ses vieilles maisons de mariniers et ses écluses désaffectées
est tout simplement charmant. Retour sur la route principale, qui,
en 1959, portait le numéro 152. A l'époque, celle-ci reliait Angers
à Briare en suivant fidèlement les bords de la Loire. Un trajet
amusant d'ailleurs: la chaussée se pose, la plupart du temps sur
les digues qui bordent le beau fleuve, ce qui donne à l'automobiliste
des points de vue exquis sur l'eau en mouvement...
A Chécy, nous voici à nouveau en pleine histoire de France:
c'est ici que Jeanne traversa la Loire en avril 1429 pour délivrer
Orléans assiégée par les Anglais. La route se retrouve un peu à
l'écart du fleuve jusqu'à Saint-Denis-de-L'Hôtel, petit bourg faisant
face à une autre localité, Jargeau. Le lieu a vu la sanglante victoire
(le 22 mai 1429) de la Pucelle et de ses compagnons d'armes sur
les Anglais. La jeune femme y fut d'ailleurs grièvement blessée...
Aujourd'hui, Jargeau se montre fière de son... andouille (foire
la 3e dimanche de juin). A 29 kilomètres d'Orléans, voilà Châteauneuf-sur-Loire.
On l'a dit plus haut, c'est ici que débutait la N60 historique de
1959. Le château du bourg domine la Loire. On pourra donc jeter
un ultime coup d'oeil au fleuve en empruntant une allée jusqu'au
bord de l'eau... Une dizaine de kilomètres à l'est par la départmentale
60, l'automobiliste en promenade pourra aller visiter l'abbaye de
Fleury (XIe, XIIe siècle) à Saint-Benoît-sur-Loire. On y retrouve
une tête connue: c'est là que Jeanne s'y est reposée de ses multiples
combats contre l'Anglais...
On prend maintenant la direction de Bellegarde. La route
nationale historique entame la traversée d'une portion de la vaste
forêt d'Orléans. Avec ses 40 000 ha, c'est l'une des plus importantes
forêts de France. Au petit village de Combreux, blotti sur les rives
du canal d'Orléans, on peut s'intéresser à un étonnant château (XVIe
siècle). Après le Pont-des-Besniers, il ne faut pas emprunter la
route moderne qui file directement sur Montargis mais suivre la
direction de Bellegarde-du-Loiret. Après y avoir admiré le château
de pierre et de brique, l'automobiliste se trouve face à plusieurs
kilomètres d'antique macadam national, passant par Ladon, Saint-Maurice-sur-Fessard
et Villemandeur. A la hauteur de ce dernier bourg, il faut bien
prendre garde à ne pas se laisser entraîner par la moderne quatre-voies...
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| Collection
de plaques indicatrices de la RN60. En haut à Piney (Aube),
à gauche et au centre, à Montargis (Loiret), à
droite, à Villeneuve-l'Archevêque (Yonne). Photos:
Marc Verney, mai 2008, janvier 2009 et janvier 2010. |
On
entre dans Montargis par l'ancienne voie nationale. La petite
ville porte le surnom de "Venise du Gâtinais" en raison des 128
ponts qui enjambent ses canaux et le Loing. C'est en effet au coeur
de la cité, célèbre pour ses praslines, que se rejoignent canal
du Loing et de Briare. Pour les amateurs de la chose routière, c'est
à Montargis que la N60 croise la N7 Paris-Menton. Au carrefour,
on peut encore voir (en levant la tête) les plaques de cocher de
ces deux antiques nationales.
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RN7:
la route des mille bornes
La N7 est sans doute la plus connue de nos nationales
historiques. Voilà la plus sympathique des balades
vers la Côte d'Azur. A déguster depuis Montargis...
(lire) |
Aussitôt
sortis de la cité, nous voici, roulants en direction de Courtenay,
au milieu des arbres de la forêt de Montargis. Puis c'est la campagne
ondulante jusqu'à Courtenay (aujourd'hui déviée), qui fut, nous
raconte le Guide Bleu de la France automobile (1954), le
siège d'une seigneurie, dont "trois titulaires furent, au XIIIe
siècle, empereurs de Constantinople"... Bigre! La chaussée passe
en Bourgogne et franchit l'autouroute A6 peu avant Les Dornets.
Peu à voir pendant les 23 kilomètres qui nous séparent de Sens...
La route entre dans la capitale du Sénonais après avoir longé l'Yonne
sur deux km. La rivière est traversée sur deux ponts. On se trouve
alors face à l'ancienne cité, entourée de boulevards qui reprennent
le tracé de l'enceinte romaine. Sens est connue pour sa cathédrale
Saint-Etienne (XIe siècle), qui a inauguré (en quelque sorte!) le
style gothique en France mais aussi pour son palais synodal (ce
fut l'archevêché de Paris quand même!). Cette grande histoire a
laissé de nombreuses traces au fil des rues: on peut notamment aller
voir la maison "d'Abraham", (XVIe siècle) située sur la rue de la
République, qui matérialise à Sens, la route Paris-Lyon.
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RN6:
la voie des Alpes
La N6 Sens-Lyon-le Mont-Cenis part à l'asaut de
nos plus belles montagnes avant de s'évanouir vers l'Italie.
Quel beau songe à saisir depuis la capitale du Sénonais...
(lire) |
On
sort de la ville en suivant la route de Troyes (D660). C'est,
sur huit km environ, un trajet commun avec la route blanche
Paris-Genève. Là encore, la vie moderne a bouleversé les paysages:
la belle allée d'arbres qui emmenait le voyageur jusqu'à Malay-le-Petit
a été coupée par le ballast de la voie du TGV Paris-Lyon... On quitte
l'ancienne RN5 (D905 aujourd'hui) à la hauteur du carrefour du Petit-Villiers.
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RN5:
la Suisse par monts et par vaux
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph se lance, après
Sens, à l'assaut du pays d'Othe, ambiances rurales et
coins sauvages... La route se perd un peu dans les sous-bois!!!
(lire) |
Le
bitume suit désormais la vallée de la Vanne, une petite rivière
bien connue des Parisiens puisqu'elle leur fournit une eau abondante
et fraîche par le biais d'un formidable aqueduc de 136 km de long...
Souvent en sous-sol, celui-ci est cependant parfois visible depuis
la route!
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| L'aqueduc
de la Vanne depuis la RN60 historique. Photo: EF, janvier 2010). |
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| La
RN60, le long de la vallée de la Vanne: une succession
de petits bourgs pittoresques. Photos: MV, janvier 2010. |
A
24 km de Sens, voilà le modeste bourg de Villeneuve-l'Archevêque.
C'est pourtant ici que Saint-Louis reçut des Vénitiens en 1239 la
fameuse couronne d'épines pour laquelle il construira la magnifique
Sainte-Chapelle de Paris. Plus loin, à Villemaur-sur-Vanne, un arrêt
se justifie pour aller voir une mignonne église avec cloché et jubé
en bois datant des XIIIe et XVIe siècles. Fontvannes, comme son
nom l'indique, se trouve près des sources de la Vanne.
Après avoir escaladé une petite colline, la route dégringole
en ligne droite vers Troyes, qui s'étend sur tout l'horizon. L'industrieuse
capitale de l'Aube est entourée de vastes faubourgs sans grand intérêt.
C'est après Sainte-Savine que l'on entre réellement dans l'une des
plus belles cités de l'Hexagone. Voilà, dans un secteur central,
qui prend la forme d'un bouchon de... champagne (ça pétille!) une
incroyable concentration (unique en France) de maisons à pans de
bois... nous emmenant à chaque pas au coeur du Moyen-Age!! A voir
absolument, dans cette ville -épargnée par Attila au Ve siècle et
enrichie par les comtes de Champagne- la cathédrale Saint-Pierre,
la basilique Saint-Urbain ou encore l'église Sainte-Madeleine et
toutes les rues autour de la ruelle des Chats (voir notamment la
splendide cour du Mortier-d'Or). Un extrait de l'histoire de la
cité nous ramène à Jeanne d'Arc: c'est ici que fut signé le 4 mai
1420 le traité qui livrait la France à l'Angleterre... C'est encore
là que la jeune femme a fait étape, le 9 juillet 1429, sur la route
du couronnement de Charles VII à Reims...
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| Deux
belles vues du centre moyenâgeux de Troyes, un ensemble
unique en France (photos: EF, MV, janvier 2010). |
Carrefour
important, Troyes voit passer en 1959 dans ses rues le trajet
des RN19 (Paris-Bâle), RN60 (Orléans-Toul), RN71 (route de Dijon)
et RN77 (Sedan-Nevers). Depuis, toutes ces routes ont été déclassées
dans le réseau départemental, hormis la N77 (route d'Auxerre).
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RN19:
par
ici, l'Helvétie!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre
Paris à Bâle, en Suisse, en passant par la belle cité
de Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin
de Mulhouse... (lire) |
On
quitte (à regrets) Troyes par la route de Piney. Une vaste plaine
-la Champagne Pouilleuse- s'offre à nos regards... Un peu sur la
droite du trajet, voilà les grands lacs du parc régional de la forêt
d'Orient. Ceux-ci, entre Marne et Seine, servent à "piéger" l'excédent
liquide, évitant à la région parisienne d'être trop souvent sous
les eaux... Ce sont aussi, désormais, de belles étapes pour les
oiseaux migrateurs (et pour les promeneurs du dimanche)... On retrouve
d'ailleurs la Maison du Parc à Piney. Il faut parcourir 19 km pour
atteindre Brienne-le-Château. Fierté de la petite cité, maintes
fois envahie (Alamans, Normands, Anglais, Prussiens...): le passage
du jeune Napoléon Bonaparte dans son école militaire, entre 1779
et 1784. La nationale 60 historique (D960) prend dès lors la direction
de Soulaines-Duys, la "Venise verte" de l'Aube. Au coeur du village
(bien préservé -regarder les jolies plaques de rues), la petite
rivière Laine, qui coule entre deux quais de pierre dorée.
En haut de la ligne droite, la route Orléans-Toul entre dans
le département de la Haute-Marne. On roule, dès la panneau de limites
passé, sur la départementale 60. Après les villages de Trémilly
et de Nully, voilà Doulevant-le-Château. Il faut encore parcourir
23 km (par Nomécourt) pour atteindre Joinville. Détruite en 1544
par les soldats de Charles-Quint, la cité, au bord de la Marne,
a encore de nombreux beaux restes, dont son château Renaissance,
bâti au XVIe siècle par Claude de Lorraine. Détail amusant, le dernier
prince de Joinville, le fils de Louis-Philippe fit bâtir Joinville-le-Pont
aux portes de Paris et donna son nom à... Joinville au Brésil...
On passe la Marne en suivant la direction de Vaucouleurs.
Sur la droite, peu avant Montreuil-sur-Thonnance, une petite route
nous emmène aux lacets de Mélaire. La région, très accidentée, a
été surnommée "la petite Suisse" par les habitants du cru... C'est
quand même un peu exagéré, mais bien agréable en été! Après Saudron,
la route entre dans la département de la Meuse. Nous voici à la
hauteur du village de Bure, bien connu des détracteurs de l'industrie
nucléaire: c'est là que se trouve le laboratoire de recherche souterrain
sur le stockage des déchets fortement radioactifs. Lorsque l'on
sait que certains de ces éléments peuvent avoir une durée de nuisances
graves se comptant en dizaines de milliers d'années, on frémit...
L'avenir énergétique de notre pays ne se trouverait-il pas plutôt
(en partie) dans ces éoliennes qui tournent gracieusement dans le
paysage?
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| Autour
de Toul, on retrouve les trace d'un vignoble de caractère:
les côtes-de-toul, vers Mont-le-Vignoble ou Charmes-la-Côte
(photo: Marc Verney, janvier 2010). |
La
route nationale 60 historique, après avoir traversé la N66 (auj.
D966) à Houdelaincourt, rejoint Vaucouleurs après avoir traversé
la forêt du même nom. Nous sommes là au coeur de l'histoire de Jeanne:
en 1429, alors qu’elle est enclavée entre le duché de Lorraine (dépendant
du Saint-Empire) et celui de Bourgogne, soumis aux Anglais, la ville
de Vaucouleurs est restée fidèle à Charles VII et à la France. C'est
pour cette raison, que, faisant le trajet depuis Domrémy, Jeanne
d'Arc s'est dirigée vers Vaucouleurs. Dans le bourg, un escalier
mène aux restes du château de Baudricourt et à la porte de France
par laquelle la jeune héroïne partit vivre le 23 février 1429 son
épopée. Il faut encore parcourir un peu plus de 20 km jusqu'à Toul.
La chaussée se glisse entre les bois sombres et les petits villages
meusiens. En Meurthe-et-Moselle, voilà Blénod-les-Toul. Les petits
vignobles des côtes-de-toul dominent la route. Au bout d'une longue
ligne droite, voilà enfin Toul, ses remparts Vauban et sa cathédrale
Saint-Etienne...
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| La
maison de Jeanne d'Arc, à Domrémy dans les Vosges,
se trouve à une cinquantaine de kilomètres au
sud de Toul. Une bonne idée pour prolonger la promenade
de la nationale 60 dans l'est de la France Photo: EF, janvier
2010. |
Marc Verney, Sur ma route, janvier 2010
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