Ancienne borne Michelin dénichée à Lacanche. (photo: MV, octobre 2008).
Ancienne plaque de la "route impériale n°6" à Arcy-sur-Cure. (photo: MV, juillet 2007).
AVERTISSEMENT: les photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur. Merci de votre compréhension...
Forêts et vallons du Morvan
Par Henri Boland
"Le Morvan, cet extrême éperon granitique par lequel le Massif Central se soude aux Faucilles, avant-monts des Vosges et dont les croupes harmonieuses s'étendent sur une partie des départements de la Nièvre, de l'Yonne, de Saône-et-Loire et de la Côte d'Or, renferme d'admirables stations d'été. C'est la seule portion de France que le déboisement n'ait pas ravagée. D'épaisses forêts, aux essences variées, tapissent le massif tout entier d'une toison opulente et inégalée, emplissant les vallons, couvrant les pentes et les cimes d'un manteau de verdure ininterrompu. (...) Les routes, taillées dans le porphyre, établies sur le granit, sont excellentes, bien entretenues, invitantes au vélocipédiste et au chauffeur; la sécurité est absolue, on se promène à l'aise, dans tout le Morvan, comme dans un immense parc artistement tracé par la bienfaisante Nature."
(Source: En douce France, Henri Boland, Librairie Hachette et Cie, 1910)
Une autre plaque de la "route impériale n°6" à Auxerre. (photo: MV, juillet 2007).
L'entrée dans Avallon au XVe siècle...
Par Ernest Petit, historien local, né à Vausse (Yonne) en 1835.
"Nous sommes en 1480 et nous arrivons de Dijon par la route qui coïncidait alors avec la voie romaine. De loin, ce qui frappe d'abord nos regards, c'est la haute et gracieuse flèche de l'église Saint-Julien, semblable à celle de Saint-Bénigne de Dijon, et qui domine de beaucoup les clochers de Saint-Lazare et de la Tour d'Horloge. Après avoir traversé les faubourgs, qui ne se composaient alors que de quelques maisons éparses dans la campagne, nous nous trouvons devant la grande porte de la ville appelée la Bastille. Deux grosses tours rondes défendent l'entrée obscure et étroite, au-dessus de laquelle se balance une lanterne supportée par une chaîne de fer. Le pont-levis vient d'être refait à neuf ainsi que les barbacanes et les eschiffes. (...) Les rues qui avoisinent Saint-Julien sont celles qui méritent le plus notre attention. Partout on voit ces pignons sur rue dont les bourgeois étaient si fiers. (...) Signalons aussi cette innovation qui n'a encore été adoptée que par quelques grandes villes au commencement du XVe siècle: les rues sont pavées."
Avallon et l'Avallonnais, 2e éd. Auxerre, A. Gallot, 1890. (Source: La Bourgogne vue par les Ecrivains et les Artistes, par Ad. Van Bever, Société des Editions Louis-Michaud)
Ancienne signalisation directionnelle à Cussy-les-Forges (Photo: MV, juill. 2007).
Description géographique de l'élection de Vézelay
Par Sébastien Le Prestre de Vauban, ingénieur militaire et maréchal de France (1633-1707)
"Le pays est partout bossillé, comme nous en avons déjà dit, mais plus en Morvan qu'ailleurs. Les hauts, où sont les plaines, sont spacieux, secs, pierreux et peu fertiles. Les fonds le sont davantage, mais ils sont petits et étroits. Les rampes participent de l'un et de l'autre, selon qu'elles sont plus ou moins raides, et bien ou mal cultivées. Le pays est fort entrecoupé de fontaines, ruisseaux et rivières, mais tous petits , comme étant près de leurs sources. Les deux rivières d'Yonne et de Cure, qui sont les plus grosses, peuvent être considérées comme les nourrices du pays, à cause du flottage des bois. On pourrait même les rendre navigables, l'une jusqu'à Corbigny et l'autre jusqu'à Vézelay: ce qui serait très utile au pays."
(Source: La Bourgogne vue par les Ecrivains et les Artistes, par Ad. Van Bever, Société des Editions Louis-Michaud)
Documentation écrite utilisée: carte Michelin n°61 Paris-Chaumont (1941), carte Michelin Auxerre-Dijon (1955), Atlas Michelin des Grandes Routes de France (1959), Atlas routier Michelin France 2007, Guide Bleu de la France automobile (Hachette, 1954), Guide littéraire de la France (Hachette, 1964, La Bourgogne vue par les Ecrivains et les Artistes, Ad Van Bever (Société des Editions Louis-Michaud), En douce France, Henri Boland (Librairie Hachette et Cie, 1910).


Belles routes de France...
RN6: les Alpes à l'horizon (I)
En 1959, la route nationale 6 ne part pas de Paris, mais de Sens. A l'époque, c'est la N5 qui relie la capitale et la sous-préfecture de l'Yonne. Mais, pour beaucoup de Parisiens et de nombreux camionneurs, la N6 est une partie du grand itinéraire qui traverse l'Hexagone du Nord au Sud... La nationale est donc tout à la fois une route de vacances et un itinéraire économique vital pour le pays... Constamment réaménagée, la N6 (entre Paris et Lyon) sera longtemps la chaussée française idéale... du moins avant la mise en service de l'autoroute du Soleil (A6) qui la supplantera peu à peu dès la fin des années soixante. Voici la première partie du trajet: Sens-Saulieu, dans le Morvan. Où l'on apprend notamment que la route suit en partie le trajet de l'une des plus anciennes routes romaines: la voie d'Agrippa.

Le voyageur de la nationale 6 historique a le privilège de découvrir Auxerre sous cet angle au passage du pont Paul-Bert (Photo: Marc Verney, juillet 2007).


Nous quittons Sens par la rue du Général-de-Gaulle et nous suivons la route nationale qui commence à remonter la vallée de l'Yonne par sa rive droite. On rejoint d'ailleurs la rivière à Rosoy, puis c'est une longue échappée de huit kilomètres jusqu'à Villeneuve-sur-Yonne. "La route nationale, nous indique le Guide Bleu 1954 de la France automobile, traverse la ville en ligne droite; à chaque extrémité de la rue subsiste une belle porte gothique". Ce sont les portes de Sens et de Joigny, les restes d'une enceinte fortifiée bâtie par Louis VII le Jeune au XIIe siècle qui souhaitait établir ici une cité protégeant les approches du (petit) Royaume de France face au comté de Champagne. On visite les lieux d'un bon pas en se souvenant que Chateaubriand y faisait fréquemment halte. Le Guide littéraire de la France (Hachette-1964) évoque même la présence, près des anciens remparts et du relais de poste, du "banc de Chateaubriand"...

Ces anciens panneaux indicateurs de la N6 à St-Aubin ont désormais disparu. Dans le village passe dorénavant la départementale 959 (Photo: Marc Verney, décembre 2005).

On continue à remonter la vallée de l'Yonne. Le bitume évite déjà le village de Villevalier. Après Villecien et Saint-Aubin, la route nationale 6 "plonge" littéralement vers Joigny. Blottie contre la côte Saint-Jacques et proche de la vaste forêt d'Othe, la cité a dû sa prospérité (comme à Villeneuve-sur-Yonne) à l'exploitation du bois et aux vignes, dont le vin était acheminé par bateau jusqu'à la capitale.
Marcel Aymé y est né en 1902. Le romancier, nous indique le site internet de la ville a choisi Joigny et sa Grande-Rue (actuellement rue Gabriel-Cortel) comme cadre de sa pièce Lucienne et le boucher (1948)...

C'était déjà aussi une halte culinaire sur le trajet Paris-Lyon... Gourmand, le Guide Bleu évoque les spécialités d'escargot des restaurants de la ville! Après avoir laissé, à gauche, la N443 (ex-RN5bis), qui file vers Saint-Florentin, on s'extrait de Joigny par le pont sur l'Yonne et l'avenue Gambetta.
La route laisse sur sa gauche la voie ferrée du PLM, traverse Charmoy, évite Bassou et retrouve -un temps- le cours de l'Yonne à Appoigny. Fierté de la petite cité en d'autres temps: être le "jardin" d'Auxerre -ville toute proche- tant ses productions maraîchères étaient réputées...

A l'entrée d'Auxerre, en venant de Paris (Photo: Marc Verney, juillet 2007).

Effectivement, après une ligne droite de 10 km environ, voilà Auxerre, la préfecture de l'Yonne. La cité -fort agréable- doit son existence à sa position, au croisement d'une voie romaine, la voie d'Agrippa (mer du Nord-Méditerranée) et d'une route de foires est-ouest. La vieille ville (placée sur une butte) est située sur la rive droite de l'Yonne. On y remarque immédiatement la silhouette de la cathédrale Saint-Etienne.
Auxerre (prononcer Ausserre) est évoquée dans l'oeuvre de l'écrivain atypique Restif de la Bretonne, natif de Sacy, à côté de Vermenton. On signalera également que le "Cadet Roussel" de la chanson, Me Roussel (1743-1807) a travaillé non loin de l'arcade de la tour de l'Horloge comme huissier.

Après le pont Paul-Bert (autre grand homme de la cité), la RN6 emprunte l'avenue Gambetta et suit la rive droite de l'Yonne jusqu'à Champs, où l'on repasse sur la rive gauche. A Vincelles (bourg situé à côté des vignoble d'Irancy), on remarque les premiers hectomètres du canal du Nivernais. Nouveau passage sur l'Yonne à Cravant (pont du XVIIIe siècle). Ce fut un port très important à la fin du XIVe siècle. Y transitaient "le sel de Franche-Comté, les vins de Bourgogne, les blés des plaines céréalières", mais aussi le bois, qui arrive des forêts morvandelles par flottage, nous indique le site yonne89.net.

Un peu plus loin, la RN6 arrive à Vermenton en entamant la remontée de la pittoresque vallée de la Cure. C'est, dit-on, le "pays des belles collines". Anecdote (source Wikipédia): notre voyageur préféré, Victor Hugo y fut arrêté par des gendarmes zélés... Motif: "port illégal de décorations"... ce que la maréchaussée locale ignorait, c'est que le grand écrivain avait obtenu le ruban rouge de la Légion d'Honneur dès l'âge de 23 ans...

Entre Auxerre et Avallon, le site spectaculaire des grottes d'Arcy (Photo: Marc Verney, juillet 2007).

Le site d'Arcy-sur-Cure est un des lieux français majeurs pour l'étude de la période paléolithique. Onze grottes, creusées par les flots de la Cure se succèdent dans un massif calcaire émergé à la fin du Secondaire. La première de celles-ci, explorée il y a 150 ans a révélé de nombreuses traces de présences humaines. Quelques coups de volant plus loin, un tunnel permet à la route de "couper" un méandre de la Cure.
Après Voutenay, voilà Sermizelles, dont le nom viendrait du peuple des Sarmates, installé vers 275 par les Romains en ces lieux pour défendre la voie d'Agrippa. C'est également l'embranchement avec la N151 historique (auj. D951), qui mène à Vézelay.

Un tantinet plus haut sur la route, voilà Avallon qui apparaît à notre vue après une longue suite de faux-plats. L'endroit s'est lui aussi développé grâce à la présence de la voie romaine Lyon-Boulogne-sur-Mer. Un castrum y aurait été installé et peuplé d'une garnison de vétérans chargés de maintenir la paix alentours. On note d'ailleurs, sur la Table de Peutinger, l'une des premières "cartes routières" à avoir existé, la mention d'une cité appelée Aballo. Ne surtout pas manquer, autour de la ville, la jolie promenade dans le ravin du Cousin qui contourne la cité, perchée sur un éperon rocheux. "On sort d'Avallon par la rue de Lyon", nous précise le Guide Bleu de la France automobile de 1954. C'est, à peu de chose près, le tracé de la voie d'Agrippa, écrit en 2008 le site internet de la cité.

Le bitume traverse un plateau cultivé, peu vallonné. Voilà les villages de Cussy-les-Forges, Sainte-Magnance et Rouvray. Peu après ce dernier bourg, on laisse à gauche l'embranchement pour Dijon (N70, auj. D70) qui rejoint la nationale 5 à Vitteaux. De-ci, de-là, sur la RN6, les vestiges de l'époque glorieuse... stations-services démontées, relais routiers en berne... Mais c'est également la région natale de l'un des plus illustres Français: Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (maison natale à Saint-Léger-Vauban).

La célèbre borne impériale de Saulieu (Photo: MV, juill. 2007).
La route entame la partie la plus sauvage de son trajet en débutant l'escalade du plateau boisé du Morvan. En 2008, il y a peu de circulation sur la chaussée, au tracé largement rectifié. Saulieu est l'une des grandes étapes de la route Paris-Côte d'Azur. A 258 kilomètres de Paris, la petite cité du Morvan (514 m d'altitude) est, nous dit le Guide Bleu de 1954 "une agréable station d'été et un relais gastronomique fameux". L'ouvrage recense déjà sept restaurants et hôtels dignes d'intérêt... Rabelais, lui, nous raconte le Guide littéraire de la France, était déjà un client fidèle des auberges de Saulieu, tout comme la marquise de Sévigné, qui, sur la route de Vichy, avoua s'y être grisée pour la première fois de sa vie... L'arpenteur de la N6 historique aura, de son côté, remarqué l'ancienne borne impériale située non loin de l'office de tourisme de la cité. Un dernier mot sur Saulieu: c'est le lieu de naissance du sculpteur animalier François Pompon et de Claude Courtépée, auteur d'une célèbre Description générale et particulière du duché de Bourgogne.

Marc Verney (Sur ma route) août 2008

Autour de la N6 historique par les petites routes...

Auxerre-Saulieu
Du côté d’Auxerre, la N6 historique entre dans la partie vallonnée de l’Yonne. Les reliefs, tailladés par de charmants cours d’eau, se courbent sous le regard. Une certaine douceur de vivre! (lire)

Meursault-Saulieu-Avallon
Voilà un coin qui nous plait bien! Du paysage bucolique a n'en plus finir et des petites routes qui tournicotent sans arrêt. Des virages et des vieux panneaux entre Beaune et Saulieu (lire)

Saulieu: du vieux nouveau...
De drôles de pancartes envahissent les rues de villages bourguignons voisins de la N6. Thierry Dubois, amateur d'anciennes routes, s'explique pour Sur ma route (lire)