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Quelques mots sur la documentation utilisée: cartographie, Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), atlas routier et touristique Michelin France 2007, Carte Michelin n°61 Paris-Chaumont (1941), Guide Bleu de la France Automobile (Hachette, 1954), Guide Bleu des environs de Paris (Hachette, 1928), Guide littéraire de la France (Hachette, (1964).
Localités et lieux traversés par la N19 (1959): Paris-quai d'Ivry Ivry-sur-Seine Alfortville Maisons-Alfort Créteil Bonneuil-sur-Marne Brie-Comte-Robert Guignes Mormant Nangis Provins Sourdun Nogent-sur-Seine Romilly-sur-Seine Troyes Saint-Parres-aux-Tertres Lusigny-sur-Barse Vendeuvre-sur-Barse Magny-Fouchard Bar-sur-Aube Lignol-le-Château Colombey-les-Deux-Eglises Juzennecourt Chaumont Rolampont Langres Fayl-Billot Cintrey Gourgeon Combeaufontaine Port-sur-Saône Vesoul Calmoutier Pomoy Amblans-et-Velotte Lure Ronchamp Frahier-et-Chatebier Châlonvillars Belfort Bessoncourt Foussemagne Retzwiller Dannemarie Ballersdorf Altkirch Wittersdorf Tagsdorf Ranspach-le-Bas Hésingue Saint-Louis Bâle (Basel)
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Belles
routes de France...
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On dispose, dans les pages du Guide Bleu des environs de Paris 1928 d'une description précise des premiers kilomètres de la route: "la route n°19, prolongeant les quais de la rive gauche, part de la porte de la Gare, traverse Ivry, franchit la Seine au pont d'Ivry et croise la route n°5 au carrefour de Maisons-Alfort. Les quais étant généralement en très mauvais état et encombrés de véhicules de charge, il vaut mieux sortir de Paris par la route n°5"... La situation a-t-elle vraiment changé en 80 ans?
Par la suite, le trajet jusqu'à à Provins est décrit dans le guide comme suivant une route "très roulante, ombragée, permettant de grandes vitesses; pavée jusqu'à Marolles-en-Brie. Parcours assez monotone à travers la Brie"... En cette fin 2007, le trajet, effectivement encore ombragé, suit un large boulevard à quatre voies au trafic géré par la présence de nombreux feux de circulation. On atteint Créteil au Km 6,5. C'est là, place de l'Eglise, que la route croise la nationale 186 (quasi) circulaire autour de Paris. On passe rapidement Bonneuil-sur-Marne pour atteindre Boissy-Saint-Léger (côte macadamisée en 1928), petite cité située sur le rebord du plateau de la Brie. On pénètre ensuite dans la forêt de Grosbois. Celle-ci, devenue un centre d'entraînement hippique, recèle le château de Grosbois, édifice en pierre et brique construit dans les premières années du XVIIe siècle. La RN19 laisse sur sa droite Villecresnes pour franchir la vallée du Réveillon (fin du pavé en 1928). La route s'élève un peu pour passer à quelques encablures de Santeny et Servon pour enfin entrer dans Brie-Comte-Robert au km 23. Pas grand-chose à dire sur le petit bourg tranquille, qui héberge de nombreux et lointains banlieusards si ce n'est cette phrase, chipée dans le Guide Bleu 1928: "Une ruelle, à droite de la place du Marché, conduit aux ruines informes, baignées de mares croupissantes, d'un château du XIIe siècle". Là, on remarque le changement avec aujourd'hui...
On traverse Brie-Comte-Robert en suivant la Grande-Rue de Paris. Au km 27, nous fait remarquer le Guide Bleu de 1928, on passe au milieu de la commune de Grisy-Suines, spécialisée dans la culture des roses... A Coubert, la route croise l'ancienne N371 (Melun-Lagny) et descend vers la vallée de l'Yerres. Encore un peu plus loin, voilà Guignes-Rabutin (km 38) où la RN19 croise le chemin de la RN36 Meaux-Melun. Jusqu'à Mormant, nous dit le Guide, "la route forme une superbe avenue". Force est d'avouer pourtant que le voyageur s'ennuie un peu sur ces axes uniformément droits... Nangis (km 57), est la patrie du chroniqueur Guillaume de Nangis. En février 1814, Napoléon y remporta l'une de ses ultimes batailles sur les Autrichiens. La petite cité médiévale de Provins est atteinte au km 79. Et là, cela va tout de suite mieux... La ville s'est bâtie petit à petit autour de l'emplacement d'un poste romain construit sur un promontoire qui domine la vallée de la Voulzie. Provins comprend une ville haute, pittoresque et entourée de remparts du XIIIe siècle, et une ville basse, où se situe l'activité économique. Entre les XIe et les XIIIe siècles, Provins fut la capitale économique de la Champagne: elle était le siège d'une des plus importantes foires françaises (spécialités de draps et de cuirs). On sort des ruelles étroites de la cité par la rue de Changis. Il n'y que 17 kilomètres entre Provins et Nogent-sur-Seine. On passe Sourdun: la N19 coupe rapidement une petite forêt puis descente progressive vers le val de Seine. On déboule dans l'Aube au milieu des champs de colza puis on arrive vers Nogent en franchissant une jolie série de six anciens petits ponts construits pour une nouvelle route de Nogent-sur-Seine à Provins en 1743 (borne indiquant la distance vers Paris en milliers de toises sur le pont le plus proche de Nogent)... Plus loin, on traverse enfin la Seine, qui forme ici deux bras, pour pénétrer le centre de Nogent (km 102).
En 2007, les Parisiens se pressent en masse à Troyes, déversés par l'autoroute A5 sur les gigantesques centres commerciaux qui abritent les "magasins d'usines", ces vastes zones de chalandise où l'impression de faire des affaires subjugue l'homo economicus du monde contemporain... On préfère filer... à l'anglaise en suivant l'ancien tracé de la N19, à Saint-Parres-aux-Tertres, où cette fois -bonne pioche- mon copilote préféré remarque, devant une grande surface d'ameublement le seul panneau Michelin estampillé N19 de notre route... Après Troyes, les paysages on bien évolué au fil du temps. Sur les cartes des années cinquante on ne voit pas les grands lacs qui font désormais la fierté de la région... En 1959, entre Lusigny (km 174) et Vendeuvre (km 190), on entrevoie, à gauche de la route, la vaste forêt du Grand Orient, à peine trouée de quelques rares étangs. En 2007, voilà les gigantesques lacs artificiels d'Orient et du Temple situés au coeur du Parc naturel régional de la forêt d'Orient... Les temps changent. Ces immenses étendues d'eau ont été installées là dans le but de réguler le cours de la Seine... et d'éviter des crues trop importantes dans la capitale française. Plusieurs fois par an, on peut également y admirer le vol de milliers d'oiseaux migrateurs qui ont trouvé là gite et couvert...
Au km 195, à Magny-Fouchard, la route descend lentement vers la rivière Aube. Un peu plus loin, au km 211, la petite cité de Bar-sur-Aube fut, au Moyen-Age, le siège d'une grande foire. Plus loin, la nationale s'élève un peu... oh, ce n'est pas la grimpée de l'Alpe-d'Huez... et atteint un plateau d'aspect sévère et venteux. A Lignol-le-Château, on distingue, au loin dans la brume, une grande croix de lorraine qui domine tout le paysage. Rien à voir avec un culte quelconque (quoique!), c'est là que se trouve la dernière demeure du général de Gaulle, résistant à l'envahisseur allemand et homme politique français, qui inonde encore de sa massive stature la vie du pays. Voilà donc Colombey-les-Deux-Eglises qui s'annonce, entre deux rangées de labours, petit bourg sans charme, coincé au fond d'une légère dépression de terrain... La sépulture du Géant hexagonal est abondamment signalée, un musée se bâtit... On est entré dans la Haute-Marne, pays de plateaux et de cultures extensives, terre de commémorations compassées. Aussi. On aura une brève et intense pensée pour les acquis de l'après-guerre: vote féminin, sécurité sociale pour tous et services publics.
La route de Bâle sort de Chaumont par le sud et suit la vallée de la Marne. Passé le béton autoroutier du sillon moderne et privatisé A31, voilà la cité de Langres (km 288), fièrement campée sur son éperon rocheux... C'est donc par ici, sous ces cieux modestes mais bucoliques, que pointe le doigt du météorologue télévisé à chaque messe cathodique hivernale du vingt heure, l'air grave et emprunté: "Encore une chute des températures sur le plateau de Langres, -15 degrés... attention au verglas"... La N19 historique monte à l'assaut des remparts (refaits au XIXe siècle) qui donnent une folle allure à cette belle oubliée qui mérite bien plus qu'un détour rapide. Notons en conclusion, ces deux mots de Stendhal, de passage en ces parages: "Froid et venteux". On sort de Langres par la porte des Moulins, et la nationale, nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954, "descendant à gauche, franchit la Marne et le canal, remonte doucement jusqu'au faîte du plateau de Langres puis descend sur le versant de la Saône". Ici, au large de Culmont-Chalindrey (localités bien connues des amoureux du chemin de fer), se trouve la ligne de partage des eaux entre Manche-mer du Nord et Méditerranée. La route nationale traverse la Saône au km 349, à Port-sur-Saône, sur un pont du XVIIIe siècle. "T'as voulu voir Vesoul?" chantait Jacques Brel... La ville est "située, nous dit le Guide Bleu 1954, dans un bassin de prairies que domine au nord la colline conique de la Motte (383 m) avec une chapelle de la Vierge", un site désormais protégé au XXIe siècle. La N19 passe à côté de la cité (carrefour avec la N57). Au km 393, dans la vallée de l'Ognon, voici Lure qui annonce l'arrivée de la nationale dans la région de Belfort. Autour de Ronchamp (km 405), la route traverse une région industrieuse et industrialisée en 1959: mines de houille, constructions mécaniques et filatures (belle chapelle construite par Le Corbusier en 1955)... On passe non loin du réservoir du canal de Montbéliard (aujourd'hui bassin de Champagney) avec sa digue de 800 m, haute de 36. A Frahier (km 414), voilà la Lizaine, lieu de la "bataille de la Lizaine" durant laquelle Bourbaki, en janvier 1871, essaya de débloquer la ville de Belfort.
La route entre dans le Territoire-de-Belfort peu après Châlonvillars. La RN19 arrive à Belfort (km 425) très logiquement par le faubourg de Paris. La ville commande le stratégique passage entre les Vosges et le Jura, vaste dépression appelée trouée de Belfort. La cité fut d'abord un poste romain puis un château situé sur l'éperon rocher qui la domine. Belfort a été assiégée cinq fois au XVIIe siècle et encore trois fois au XIXe. Le dernier, le plus fameux est celui de 1870. Denfert-Rochereau ne se rendit aux Prussiens qu'après 103 jours de combats et seulement sur ordre du gouvernement français, battu par les armées du Kaiser. C'est entre 1875 et 1880 que s'édifie le fameux Lion de Belfort (réalisé par l'Alsacien Bartholdi, oui le même que celui de la statue de la Liberté!), qui honore l'héroïque résistance de la ville face aux envahisseurs. On trouve sa réplique, place Denfert-Rochereau, à Paris. Les fanas de la route vont noter qu'une N19B (Belfort-Delle-frontière suisse) s'échappe de la ville par le faubourg de Montbéliard. Quant à elle, la route nationale 19 sort de Belfort par l'avenue du Général-Sarrail. La chaussée, parcourt alors une plaine ondulée jusqu'à Foussemagne, qui marque l'ancienne frontière avec le Reich allemand de 1871 à 1918. Le canal du Rhône au Rhin est franchi à la hauteur de Valdieu.
L'ultime portion de la N19 nous emmène jusqu'à Bourgfelden (km 486), désormais un quartier de la ville frontière de Saint-Louis. De l'autre côté des bureaux de douane (nous sortons de l'Union européenne), voici Bâle, ou plutôt Basel puisque nous pénétrons en zone alémanique. Notre automobile aura roulé 490 km depuis Notre-Dame de Paris... Marc Verney (octobre 2007)
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