Voilà une plaque Michelin qui a été difficile à découvrir... Cachée derrière un feu à Aigueperse, elle est l'une des rares de ce type vue sur notre parcours à mentionner la N9 (photo: MV, août 2007).

Documentation utilisée: Atlas Michelin des grandes routes (France 1959), Atlas routier Michelin (France 2007), Guide Bleu 1954 de la France automobile (Hachette), Guide littéraire de la France (Hachette 1964), Guide du Routard Auvergne-Limousin (Hachette 2008).

Aigueperse est un bourg riche en ancienne signalisation. On retrouve ce type de belle plaque émaillée au nord et au sud de la cité sur le trajet de la nationale "historique" (photo: MV, août 2007).

Villes et villages traversés par la N9 (1959):
Moulins
Bressoles
Saint-Pourçain-sur-Sioule
Le Mayet-d'Ecole
Gannat
Aigueperse
Le Cheix
Riom
Montferrand
Clermont-Ferrand
Pérignat-les-Sarliève
Coudes
Issoire
Saint-Germain-Lembron
Lempdes-sur-Allagnon
Le Babory-de-Blesle
Grenier-Montgon
Massiac
La Fageole
Saint-Flour
(Viaduc de Garabit)
Loubaresse
Saint-Chely-d'Apcher
Aumont-Aubrac
Le Moulinet
Marvejols
Chirac
Le Monastier-Pin-Moriès
Les Ajustons
La Mothe
Séverac-le-Château
Aguessac
Millau
La Cavalerie
L'Hospitalet-du-Larzac
La Pezade
Le Caylar
(Pas de l'Escalette)
Lodève
Clermont-l'Hérault
Paulhan
Lézignan-la-Cèbe
Pézenas
Valros
Béziers
Nissan-lez-Eserune
Coursan
Narbonne
Rochegrise
Sigean
Les Cabanes-de-Fitou
Salses-le-Château
Perpignan
Pollestres
Le Boulou
Saint-Martin-de-Fenollar
Les Cluses
Le Perthus
(Frontière espagnole)

Indication touristique d'origine Michelin dans les rues de Riom. De tels ensembles sont encore fréquents sur les routes de France (photo: MV, août 2007).

NOTE IMPORTANTE: toutes les photos de ce site sont soumises au droit d'auteur. Aucune utilisation de ces images hors de ces pages n'est permise sans l'autorisation de l'auteur de Sur ma route. Merci d'en tenir compte.

Panneau Michelin situé à l'entrée de Saint-Chely-d'Apcher, lorsque l'on vient de Saint-Flour. La Lozère est riche en anciennes signalisation (photo: MV, avril 2008).









 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Belles routes de France...
RN9 : en passant par la Limagne...
Il faut, en 1959, 591 kilomètres de bitume tortueux pour relier Moulins au Perthus, à la frontière espagnole. La nationale 9 se mérite... Mais voilà, de l'Allier aux Pyrénées-Orientales en passant par le Puy-de-Dôme, la Lozère, le Cantal, l'Hérault, c'est une route faite pour la poésie des sens éperdus, à gorges plongées, allongée, lascive et belle le long des causses terrassés de vent.

Emprunter la route nationale 9 "historique" est aujourd'hui un vrai bonheur, à la découverte de paysages sauvages et somptueux (photo: Marc Verney, avril 2008). Pour retourner sur la page index, cliquez ici.


Moulins. Après 286 km de N7 depuis Paris, voici le pont de Regemortes qui enjambe l'Allier. Là-bas, de l'autre côté des flots placides, voilà l'embranchement qui inaugure la nationale 9. La chaussée s'extrait rapidement de la cité après avoir longé un dépôt de la Direction départementale des routes signalé, en juillet 2007, par une pimpante borne rouge, un peu incongrue au milieu de ce décor grisâtre...

La nationale, large et moderne, "remonte la vallée de l'Allier puis celle de la Sioule", nous indique, dans un premier temps, le Guide Bleu de la France automobile 1954, qui sera, une fois encore, l'un de nos compagnons de voyage avec le Guide littéraire de la France 1964...

A gauche, les premiers hectomètres de la RN9, devant les locaux de la DDE de Moulins. A droite, anciennes signalisations au nord de Saint-Pourçain-sur-Sioule. (photos: Marc Verney, août 2007).

Celui-ci s'intéresse
d'ailleurs à l'une des premières localités traversées, Saint-Pourçain-sur-Sioule, patrie d'un certain Guillaume Durand (1272-1332); celui-ci, "plus connu sous le nom de Durand de Saint-Pourçain", vit sa réputation philosophique lui valoir le titre de "docteur très résolu"... Force est d'avouer que l'on s'intéresse plus, dans ces paysages vallonnés et doux, aux panneaux publicitaires vantant le vignoble régional (600 ha) qui date du temps des Phéniciens. Le vin de Saint-Pourçain (aujourd'hui du gamay pour les rouges et du sacy pour les blancs) fut servi sur les tables royales de Saint-Louis ou d'Henri IV...

Au sortir du bourg, la route s'élève progressivement. Au loin, voici la chaîne des Dômes qui s'installe dans notre champ de vision. Gannat s'annonce après une longue ligne droite. C'est peu après ce gros bourg que la chaussée de la RN9 entre dans le département du Puy-de-Dôme. Aigueperse, ville d'origine de Michel de l'Hospital, chancelier de Catherine de Médicis, traversée par la nationale historique (déviée en 2008), se révèle riche en ancienne signalisation. Pour les "rats de bibliothèque", le Guide littéraire de la France nous signale que l'on "découvre une description très exacte d'Aigueperse dans Juliette au pays des hommes de Jean Giraudoux".

Lovée au pied de la chaîne des Dômes voilà maintenant Riom. Belle ville d'art et d'histoire à la robe un peu triste, la cité, perchée sur un éperon rocheux fut l'ancienne capitale de l'Auvergne. Détail intéressant: donnée en 1360 à Alphonse de Poitiers, Riom est rebâtie sur le modèle des bastides du Sud-Ouest. Aujourd'hui, des boulevards circulaires ont remplacé les murailles, et la N9 se faufile entre les façades sombres.

Il reste une quinzaine de kilomètres
à parcourir avant d'arriver à Clermont-Ferrand, "encadrée, nous précise le Guide Bleu 1954, à gauche par le puy de Dôme et à droite par le plateau de Gergovie". La ville (bâtie entre 380 et 410 m d'altitude), placée à l'extrémité sud-ouest de la plaine de la Limagne, est, en été, "le principal carrefour touristique du centre de la France". Théophile Gauthier, qui passa par Clermont en 1867, en fit cette description (Guide littéraire de la France): "une vieille ville moyen âge, noire comme de l'encre, d'une saleté horrible, mais pleine d'architectures bizarres, d'ogives, de colonnettes, d'escaliers en spirales, de gargouilles et de mascarons à demi noyés dans des pierrailles et des raccommodements d'Auvergnats... Le puy de Dôme n'est pas une farce, il existe et on l'aperçoit à chaque bout de rue"... Particularité de la ville: une quarantaine de fontaines publiques.

Autre particularité: la cité est le coeur de la galaxie Michelin. C'est avant la Première Guerre Mondiale que André et Edouard Michelin y inventent le pneumatique démontable. Pour le vélo d'abord, puis pour la voiture. C'est à partir de cette fantastique invention que Michelin allait durablement marquer le domaine routier de son empreinte: cartes, guides, panneaux en ciment, bornes, signalétique en tous genres... et maintenant site internet!

La route nationale 9 sort de la ville par le boulevard Lafayette et "descend dans la plaine". Au bout de 8 km, nous précise encore le Guide Bleu 1954, "montée au cours de laquelle la route est dominée à droite par les fameux plateau de Gergovie. Fortes ondulations"... Gergovie, la seule victoire gauloise de la guerre des Gaules... Jusqu'à Issoire, la N9 "historique" semble quasiment totalement "avalée" par le tracé de l'autoroute A75. Dommage: le Guide Bleu nous promettait, de Coudes à Issoire, un "délicieux paysage de rivière: gorge verdoyante à l'issue de laquelle on débouche dans la Limagne d'Issoire".

La ville possède un bijou architectural: son église romane du XIIe siècle, l'abbatiale St-Austremoine, richement peinte à l'intérieur (la déco date de 1859). Notez les douze signes du zodiac, à l'extérieur, au dessus des fenêtres des chapelles... La route contourne le centre par des boulevards de ceinture, qui, comme à Riom, ont remplacé l'ancienne enceinte fortifiée. Il y a là, déjà, comme une douce atmosphère de Sud...

Encore une belle plaque émaillée de la RN9 à Saint-Germain-Lembron. (photo: Marc Verney, avril 2008).

Maintenant, la route file dans la direction de St-Germain-Lembron et de Lempdes en remontant le long de l'Allier. La vision embrasse, quasiment à 360° le spectacle des monts d'Auvergne. A Lempdes (une halle bien curieuse...), la N9 de 1959 croise la N102, la route de Brioude et du Puy. A la sortie du bourg, la chaussée entre dans les gorges de l'Alagnon. La route est sinueuse à souhait, et le bitume chante sous les roues.

A gauche, rescapée d'une ancienne station-service de Massiac, cette plaque met en garde l'automobiliste qui s'apprête à escalader les hauteurs du Cantal. Un peu auparavant, à droite, voici la borne de limites départementales entre Haute-Loire et Cantal. On peut y décrypter la mention "route n°9 de Paris à Perpignan" (photos: Marc Verney, avril 2008).

A Massiac, où arrive la route d'Aurillac, la route nationale quitte la vallée de l'Alagnon pour s'élever vers le plateau de la Margeride. L'oeil est attiré de toutes parts par de splendides paysages. C'est bientôt le col de la Fageole (1107 m sur notre guide 1954) où l'on débute notre descente vers Saint-Flour. La route aboutit au pied du plateau qui supporte de belle manière la ville haute de St-Flour. La cité est en effet perchée sur, nous indique précisément le Guide Bleu, "un promontoire dont les escarpements basaltiques dominent de 100 m à pic la vallée du Lander" (la carte Michelin de 2007 indique l'Ander).

Portion totalement délaissée de la N9 "historique" autour du col de la Fageolle. (photo: Marc Verney, avril 2008).

La RN9 quitte Saint-Flour par un long faubourg situé au pied de la vieille ville. Peu après, la route debouche juste au dessus des gorges de la Truyère. La nationale franchit la rivière un peu en contrebas d'un magnifique viaduc de chemin de fer (de Garabit) réalisé par l'ingénieur Gustave Eiffel (celui de la Tour) entre 1882 et 1884. Peint depuis plusieurs années avec une magnifique mais bien étrange couleur rose, il comporte une arche centrale en métal de 165 m située à 122 m au dessus des flots. L'endroit est, bien évidemment, très touristique en été.

L'ancienne place forte de Saint-Chely d'Apcher
est la première cité de Lozère que nous traversons. C'est aussi là que nous rencontrons une première "vraie fournée" d'anciennes signalisations Michelin. On est sur le plateau du Gévaudan (brr...), à environ 1000 m d'altitude. C'est peu de dire que le fond de l'air y est frais... en ce mois d'avril 2008, quelques flocons y ont même blanchi les prés alentours...

Onze kilomètres au sud d'Aumont-Aubrac
, nous tombons sur une section totalement préservée de l'ancienne N9 historique. Entre Combettes, le Moulinet et la Rouvière, le long du vallon de l'Enfer, voilà quasiment quatre à cinq kilomètres de vieux bitume, bien illustré par une floraison Michelin qui ne peut que réjouir les amateurs (voir page spéciale).

A gauche, le viaduc de Garabit. En médaillon, une borne de pierre située à côté du Pirou indique "Garaby". Les lettres, les chiffres et symboles ont été repeints de la même couleur que le viaduc... A droite, cette signalisation imposante se retrouve dans une rue de Saint-Chely-d'Apcher (photos: Marc Verney, avril 2008).

Marvejols, un peu plus loin, se visite en quelques minutes. L'ancienne place forte conserve, de son enceinte fortifiée, de belles portes du XIVe siècle. Puis la route de Millau descend la vallée de la Colagne: voilà Chirac (rien à voir avec Jacques...), le Monastier-en-Gévaudan... Un peu plus loin, aux Ajustons (N88 vers Mende), c'est le confluent du Lot et de la Colagne. La RN9 "historique" franchit d'ailleurs le Lot à la Mothe. On se trouve au niveau du croisement avec la partie sud de la N88 "historique" (auj. D988) filant vers Rodez. Dans un paysage splendide, la RN9 poursuit son chemin vers Séverac-le-Château.

Plaque située à 8 km au nord de Séverac. (Photo: EF/avril 2008)

De beaux lacets font monter brusquement le bitume sur le causse de Séverac. Une longue descente fait revenir la route à Séverac (725 m d'altitude). Le lieu, dominé par un vaste château du Moyen-Age a été bien remodelé par de récents travaux routiers. L'autoroute A75, qui poursuit sa percée vers le Sud s'y voit rejoindre par la nouvelle N88 (anc. N595) transformée ici en voie rapide à quatre voies. Dix kilomètres plus au sud, la route entame sa descente vers le Tarn. Là aussi, les aménagements routiers successifs ont profondément changé la configuration des lieux: tout d'abord l'autoroute A 75, qui a poursuivi la condamnation de la nationale, puis la construction du gigantesque viaduc qui a relégué dans l'oubli les derniers hectomètres de la N9 autour de la sous-préfecture de l'Aveyron...

En 1959, la nationale "historique" rejoint Millau par Aguessac. Voilà donc Millau, au milieu d'un bassin, sur la rive gauche du Tarn "que dominent, nous décrit le Guide Bleu 1954, les grandes falaises du causse du Larzac et du causse Noir". Rien à dire, le spectacle est saisissant. Pour s'extraire de la vallée du Tarn, il faut escalader le rebord du causse du Larzac. Voilà encore de multiples lacets qui ont dû, dans les années cinquante, faire bien du mal aux mécaniques déjà surmenées depuis Clermont-Ferrand...

Le Larzac est, avec une superficie de 1030 km2, le plus grand des causses français. Le lieu est également connu depuis les années 70 pour avoir été le théâtre d'une contestation politique violente contre l'extension d'un terrain militaire. Après le village du Caylar, la nationale aborde le pas de l'Escalette (616 m) où l'on atteint très brusquement l'extrémité sud du causse. Là encore, les travaux de percement de l'autoroute A75 ont complètement bouleversé le paysage... Le nom vient du fait que l'on devait jadis franchir ce passage au moyen d'échelles...

Dans les années cinquante, nous dit le Guide Bleu de la France automobile, "la route descend en écharpe dans la vallée du Lergue: vignes, oliviers, mûriers. Le paysage prend subitement l'aspect méditerranéen". La voie se met à longer la rivière et passe au pied du sommet rocher qui "porte" Lodève.
C'est un peu au nord de Clermont-l'Hérault que s'embranchait en 1959, la N109, la route de Montpellier. Mais voilà, nous raconte le Guide Bleu 1954, que "s'étend la plaine, couverte de vignes, environnée de garrigues où coule l'Hérault dont on suit maintenant la vallée".

A Pézenas, ville natale du géographe Vidal de la Blache, la N9 commence à partager son bitume avec la route N113 Marseille-Bordeaux. Peu à peu, la chaussée remonte en direction du plateau où se situe Béziers. On entre dans la cité par l'avenue Clemenceau. La ville surplombe une boucle de la rivière Orb. Pour suivre la route de Narbonne, il faut passer l'eau sur le Pont-Neuf. A Béziers, c'est aussi la rencontre de la route avec le beau canal du Midi, qui fait les délices des plaisanciers, l'été venu, entre Atlantique et Méditerranée... Voir la suite d'écluses à Fonserannes (Fonséranes sur la carte Michelin 2007).

Encore près de 25 km supplémentaires au compteur et voilà Narbonne. La ville est un important carrefour routier, puisque c'est ici que les chaussées de la N9 et de la N113 se séparent, l'une vers Perpignan, l'autre vers Toulouse et Bordeaux... Autrefois ville portuaire, Narbonne fut la capitale de la Province romaine. La RN9 traverse la ville par le boulevard Frédéric-Mistral. On sort de Narbonne par la place des Pyrénées. Le macadam contourne l'étang de Sigean par l'ouest.

La RN9 pénètre dans les Pyrénées-Orientales
au niveau de l'étang de Leucate. A Salses, on peut jeter un oeil sur le fort, curieux château à demi-enterré, représentant bien une architecture militaire soucieuse de s'adapter aux progrès de l'artillerie. L'entrée dans Perpignan se fait sur une superbe quatre-voies départementale d'où toute trace de l'ancienne N9 a été chassée.

En 1954, écrit le Guide Bleu, "quand on arrive de Narbonne, la N.9, ayant franchi le Têt, traverse le faubourg Notre-Dame et abouti sur les quais de la Basse, petit affluent de la Têt, devant le Castillet, belle porte fortifiée, reste de l'enceinte de la ville". Puis on s'extrait de la cité par l'avenue d'Espagne. Après un peu plus d'une vingtaine de kilomètres en plaine, face au Pyrénées, et juste aux côtés de l'autoroute A9, voilà le Boulou. Ici, la nationale sort du bourg, nous raconte le Guide Bleu 54, "par un pont suspendu sur le Tech (belle vue)".

Pour son sprint final vers l'Espagne, la route s'enfonce désormais dans le défilé où coule le Rome. Pour le Guide Bleu 54, on y remarque de nombreuses traces du passé: "La route actuelle, tracée plus bas que la voie romaine dont les restes se voient à flanc de montagne, continue à s'élever puis franchit le Rome sur un viaduc; en amont on voit les ruines du pont du XVIIe siècle, le pont du Moyen-Age et l'emplacement du pont romain"... Voilà enfin le Perthus, gros bourg situé de part et d'autre de la frontière franco-espagnole. Pendant longtemps, ce fut un royaume de la détaxe, au milieu des bouchons et de l'odeur de gazole... De l'autre côté, nous entrons sur la NII en direction de Barcelone. Depuis Moulins, nous avons parcouru environ 591 kilomètres (877 km depuis Paris).

Marc Verney (juin 2008)

"Bitume nostalgia": la N9 historique....
Dans ce petit coin de Lozère, voilà toute une portion entière de la route nationale 9 qui a été déviée. Du coup, quand on emprunte l'itinéraire initial, on a un petit choc... Tout est comme avant! (lire)