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Quelques mots sur la documentation utilisée: cartographie, Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), atlas routier et touristique Michelin France 2004, le Guide du Routard Week-ends autour de Paris (1999-2000) éditions Hachette, Le Petit Futé Champagne-Ardenne 2002 (Nouvelles éditions de l'université), Le Petit Futé Lorraine-Vosges 2006-2007 (Nouvelles éditions de l'université), l'excellent Guide Lorraine, (Gallimard, 2002).
Localités
traversées par la N3 (1959):
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Belles
routes de France...
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La route nationale 3 s'extirpe de Paris à la porte de Pantin. Tout y "fleure" bon la société automobile "avancée": depuis les embouteillages quasi incessants de l'avenue Jean-Jaurès jusqu'aux imposants piliers de béton gris du périphérique, on a du mal à imaginer autre chose qu'un cauchemar puant pour cette sortie de Paris... Et pourtant, dominant le piéton, sur le bitume défraîchi du trottoir, un vieux panneau Michelin marquant l'entrée dans Pantin démontre bien qu'un autre passé a été ici possible... Très vite, cependant, l'immense région parisienne développe son décor mercantile et utilitaire... de Bobigny à Claye-Souilly, la route longe sans l'apercevoir le canal de l'Ourcq, créé par Napoléon Bonaparte, Premier consul, en 1802. Utilité principale de ce long courant d'eau de 97 km: fournir Paris en eau potable. Logée aux avants-postes de la Brie, à 44 km de Paris, la cité de Meaux fut longtemps un important marché de victuailles approvisionnant la capitale. Aujourd'hui, peu à peu aspirée par l'agglomération parisienne, Meaux devient une cité périphérique accueillant des Franciliens à la recherche de loyers moins élevés... La nationale rejoint les bords de la Marne à Saint-Jean-les-deux-Jumeaux, puis traverse la rivière une première fois à la Ferté-sous-Jouarre. Ce sont là en partie les lieux de combat de la première bataille de la Marne, en septembre 1914, qui verra les Français réussir à stopper l'avancée des troupes allemandes sur Paris grâce notamment à l'assistance -restée fameuse- de plusieurs centaines de taxis parisiens, premier exemple de motorisation d'une unité militaire. A Montreuil-aux-Lions, la route entre dans le département de l'Aisne. Le déclassement a été ici réalisé au plus vite: la route porte désormais le n° D1003 (oct. 2006). Les courbes de la Marne montrent au voyageur leurs plus beaux atours: il faut absolument virevolter entre l'ex-nationale et les D3 et D1 de Château-Thierry à Epernay pour avoir le plaisir de voir le paysage, lentement, intégrer les rangées de vignes du champagne...
A Epernay, une cité créée au Ve siècle par des tanneurs, on remarque désormais aujourd'hui plutôt les belles demeures cossues du XIXe, propriétés des grandes marques de champagne... Sous la ville, 100 km de caves dans lesquelles reposent des millions de bouteilles siglées. On peut dire sans se tromper que la route passe ici dans le berceau de cette boisson finement pétillante qu'est le champagne...!! Quarante kilomètres environ séparent Epernay de Châlons-en-Champagne. La RN3 y a depuis longtemps perdu son caractère national: nous roulons sur la départementale 3. Châlons-en-Champagne, qui s'appelait précédemment Châlons-sur-Marne (on le voit encore sur certains panneaux routiers) possède un important patrimoine religieux. Au XVIIe siècle, la cité avait en effet treize paroisses et on disait de Châlons que c'était "la ville aux belles flèches". Et puis, Châlons-en-Champagne a été, il y a deux mille ans une étape de la voie romaine Agrippa qui reliait la mer du Nord à Rome. A 7 km de la ville, en direction de l'Est, la route fait étape à L'Epine, où, en pleine campagne, la basilique Notre-Dame, bâtie sur le modèle de Reims, est la destination d'un pèlerinage qui existe depuis le XIIIe siècle. On ne peut éviter de citer Victor Hugo, notre grand voyageur favori, qui voit en l'église actuelle, une "splendide fleur de l'art gothique"... C'est vrai que les deux hautes flèches se voient de loin dans la plate plaine champenoise! A noter que la Révolution française avait amputé l'église en 1790 pour y installer un relais du télégraphe Chappe... Une route toute droite se rend jusqu'aux contreforts de l'Argonne. Les villages filent dans le retroviseur: Tilloy-et-Bellay, Auve... nous roulons sur une chaussée de béton solide qui nous amène aux pieds du moulin de Valmy, entre autoroute et nouvelle voie du TGV Est. Là, sur le plateau qui domine la route, le promeneur rencontre un autre lieu chargé d'histoire. Et même un des symboles de notre régime politique actuel. En 1792, les armées françaises, occupant le lieu, y défirent les troupes prussiennes, ce qui amena la proclamation, à Paris, de la République. C'est également à Valmy que la N3 devient une partie de la Voie de la Liberté, cet axe jalonné de hautes bornes qui matérialise la progression des forces alliées en France, durant l'été 44.
A Sainte-Ménehould, à une quarantaine de kilomètres de Châlons nait le moine Dom Pérignon, "l'inventeur" du champagne. Nous voici aux portes de la forêt d'Argonne, un vaste massif boisé qui s'étend de la frontière belge à Bar-le-Duc. La route s'entortille autour des collines et pénètre en Lorraine au niveau du village des Islettes. A une quinzaine de kilomètres au sud se trouve le joli village de Beaulieu-en-Argonne, qui attire de nombreux promeneurs à la belle saison. Au nord, c'est encore un pan de l'histoire de France: à Varennes-sur-Argonne, en juin 1791, le roi Louis XVI, en fuite vers l'étranger, est reconnu et arrêté à l'emplacement de l'actuelle tour de l'Horloge. L'arrivée sur Verdun se fait par Dombasle-en-Argonne, Biercourt, Maison-Rouge. La Voie de la liberté se conjugue avec la Voie Sacrée (la N35), l'axe de ravitaillement essentiel de la ville de Verdun durant les combats de la Première Guerre mondiale. La cité a été décrétée "capitale mondiale de la paix" par l'Unesco en 1987. Il est vrai que le nom de Verdun sera, pour toujours, associé aux terribles combats de 1916 qui verront la mort de centaines de milliers de soldats, tant Français qu'Allemands. Lorsqu'on visite aujourd'hui les alentours paisibles et boisés de la ville, on a du mal à imaginer l'enfer qu'ont pu vivre les combattants des deux bords durant la bataille... et pourtant, une visite sur le site de l'ossuaire de Douaumont remet bien vite les pendules à l'heure: l'émotion monte, impossible à maîtriser, à la vue des 15 000 croix qui s'alignent sur le gazon vert. De Verdun à Metz, la RN3 n'a pas toujours emprunté l'itinéraire actuel par Etain, Conflans-en-Jarnisy et Doncourt-les-Conflans. En 1959, la nationale passe par Manheulles, Mars-la-Tour, Vionville et Razonville. Les deux itinéraires se rejoignent à Gravelotte, site d'une célèbre et meurtrière bataille de la guerre de 1870 (d'où l'expression "ça tombe comme à Gravelotte"). Car les pertes sont lourdes: 12 000 morts ou disparus côté français, 19 000 côté allemand. Cette défaite française marque surtout le début de l'encerclement des troupes de l'armée Bazaine et la rapide déconfiture du Second Empire. Plus loin, les abords de Metz sont particulièrement décevants: voies rapides, banlieues grises... le coeur de ville est beaucoup plus excitant. Entourée d'un écrin de verdure, au bord de la Moselle, la magnifique cathédrale Saint-Etienne, surnommée la "lanterne de dieu" domine une vieille cité de pierre blonde. Mais c'est la présence allemande qui va donner à Metz son cachet unique: la Moselle, annexée en 1870, est marquée à partir de 1900 par une germanisation de l'architecture dans des paysages urbains rénovés. L'architecture officielle entend manifester par des références stylistiques typiquement allemandes, néo-roman, néo-renaissance ou néo-baroque rhénans l'appartenance au IIe Reich. Les casernes, les bâtiments postaux et les gares, dont celle de Metz, construite de 1904 à 1908 par l'architecte berlinois Kröger, est l'exemple le plus achevé, symbolisent plus particulièrement la puissance et le centralisme du jeune Empire allemand...
La route passe ensuit la région des rivières Nied (Française et Allemande) pour atteindre Saint-Avold (d'où part -En 1959- la N3A pour Saarlouis en Allemagne) et Forbach. Autour de Freyming-Merlebach, la frontière avec l'Allemagne est si proche que de l'autre côté du trottoir se succèdent bar louches et discothèques-casinos autorisés outre-Rhin... C'est très laid... Ambiance camionneurs assurée. L'autoroute A320 a complètement phagocyté la nationale qui avance difficilement dans un paysage anéanti par les panneaux publicitaires en tous genres. Une fois encore (merci Schengen!), passé Stiring-Wendel, la frontière n'est plus du tout matérialisée... Restent, du côté allemand, les panneaux jaunes indiquant la direction de Saarbrücken, capitale de la Sarre. Paris est à 390 km. Marc Verney (novembre 2006)
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