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Quelques mots sur la documentation utilisée: cartographie, Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), atlas routier et touristique Michelin France 2007, Guide Bleu de la France Automobile (Hachette, 1954), Guide Bleu des environs de Paris (Hachette, 1928).
Localités et lieux traversés par la N10 (1959): Paris-porte de Saint-Cloud Boulogne-Billancourt Sèvres (D910) Versailles (D10) Trappes Les Essarts-le-Roi Rambouillet (N10) Ablis (D910) Chartres Bonneval Châteaudun Cloyes-s-le-Loir (D35) Vendôme Château-Renault Monnaie (D910) Tours Sainte-Maure-de-Touraine Dangé-Saint-Romain Châtellerault Naintré Poitiers (N10) Vivonne Couhé Ruffec (D911) Manslé Angoulême La Couronne Barbezieux-St-Hilaire (D731) Chevanceaux St-André-de-Cubzac (D911) Cubzac-les-Ponts Carbon-Blanc Lormont Cenon Bordeaux Talence Le Barp Belin-Béliet Liposthey Labouheyre Castets (D10E) Magescq St-Geours-de-Maremne (N10) St-Vincent-de-Tyrosse Bénesse-Maremne Labenne Ondres Tarnos Bayonne Anglet Biarritz Bidart Guéthary St-Jean-de-Luz Ciboure Urrugne Béhobie
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Belles
routes de France...
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Bon... on avance... Boulogne-Billancourt est vite traversé (on y cherchera en vain les traces du passé automobile de la cité tant les bulldozers y sont efficaces). On passe ensuite la Seine sur le pont de Sèvres. La cité de Sèvres est connue, nous indique le Guide Bleu de la France automobile 1954, pour "sa Manufacture nationale de porcelaine et son musée de céramique". De Chaville à Versailles, la RN10 traverse banlieues pavillonnaires et grands ensembles sans trop se faire remarquer... L'arrivée sur Versailles est plus spectaculaire: d'un coup, la route s'élargit et se voit environnée d'une escorte d'arbres tous plus centenaires les uns que les autres... Rue impressionnante que l'avenue de Paris qui débouche sur la place d'Armes, le parvis du château. Louis XIV, le Roi Soleil a fait les choses en grand... Encore aujourd'hui, les automobiles ont du mal à remplir les vastes espaces bitumés qui encerclent les murs ouvragés du palais. C'était, semble-t-il, une autre histoire en 1928: le Guide Bleu des environs de Paris évoque la RN10 en ces termes: "Cette route, mal pavée, suivie constamment par le tramway, souvent encombrée par des voitures de charge, n'est pas à recommander aux automobilistes"... La nationale 10 (D10 en 2007) tourne brutalement à gauche et emprunte la rue de l'Orangerie. A la sortie de Versailles, la route longe la pièce d'eau des Suisses (ainsi appelée parce qu'elle a été creusée par un régiment d'Helvètes au service du roi) et passe, là, à côté d'un ancien panneau Michelin renuméroté. Au km 24, l'agglomération de Saint-Cyr-l'Ecole doit sa notoriété à son école militaire, créée par Napoléon 1er. Hélas, nous rapporte l'édition 54 du Guide Bleu, en 1944, "la ville a été sinistrée à 85%". Quatre kilomètres plus loin, au lieu-dit Les Quatre-Pavés, la RN10 voit, ces années-là son trafic s'augmenter des conducteurs pressés ayant choisi l'autoroute de l'Ouest, minuscule bout de quatre-voies représentant l'une des rares structures autoroutières françaises de l'époque... Un peu plus vers le sud, dixit le Guide Bleu 1954, la traversée de Trappes est "étroite"... Rien à dire jusqu'à Rambouillet (km 52). La route y croise la N306 (D906 aujourd'hui) qui relie la porte de Châtillon (Paris) à Chartres par le Petit-Clamart et Chevreuse. C'est une charmante route nationale -déclassée- qui, tout au long de son périple garde encore de nombreuses plaques et bornes Michelin intactes... Raide comme un I, la N10 file, elle, jusqu'à Ablis où elle tourne brutalement à droite vers Chartres... Tous les kilomètres, les bornes de la Voie de la Liberté nous rappellent que l'itinéraire a été emprunté en 1944 par les chars de l'armée Patton lors de la libération de la France. Malgré le déclassement, ici, de la N10 en D910, les bornes portaient encore fièrement, en août 2007, la couleur rouge des nationales...
Le jeu des perspectives étant ce qu'il est... voilà que nous avons la cathédrale de Chartres exactement en face de nous. La ville est bâtie sur la rive gauche de l'Eure que domine sa cathédrale imposante. Que dit le Guide Bleu en 1954? Et bien que "la ville haute s'étend sur un plateau entourée d'un demi-cercle d'ormes séculaires"... On considère que Notre-Dame de Chartres est l'un des plus grands chef-d'oeuvres de l'art gothique du XIIe siècle. Les nombreux cars de touristes, au XXIe siècle, en témoignent... mais les ormes ne sont plus là!! La Beauce s'avale lentement mais sûrement: la RN10, nous dit le Guide Bleu 54, est là une "route directe, large et très roulante, presque constamment en palier et en longues lignes droites sur les plateaux découverts de la Beauce". Ca donne envie de tracer. Au km 123, on trouve Bonneval (aujourd'hui déviée); au km 137, voilà la ville de Chateaudun, qui surplombe le Loir. La ville a été bâtie sur un plan régulier après un grave incendie en 1723. En 2007, les habitants réclament une déviation qui ne sera sans doute jamais réalisée...
Une route sur un plateau Après Vendôme, la RN10 parcourt les plateaux de la Queue-de-la-Beauce puis celui de la Gâtine tourangelle. Après la traversée de Château-Renault, c'est la ville de Tours, à cheval sur la Loire, qui s'annonce. Après la descente de l'avenue de la Tranchée, nous voici sur le pont Wilson qui enjambe le plus capricieux et le plus étonnant des fleuves français. La ville est, nous dit le Guide Bleu 1954, "le meilleur centre de tourime de la Loire". C'est vrai, malgré les bombardements de 1940 qui ont ravagé les quartiers du centre, autour de la rue Nationale, la cité est avenante, gaie et vivante. Notamment vers la place Plumereau, au coeur des vieux quartiers et autour de la cathédrale Saint-Gatien. La RN10 transperce Tours de part en part puis franchit le Cher pour s'élever jusqu'au plateau de Champeigne. Nouvelle descente pour franchir l'Indre à Montbazon (km 243), bourg dominé par les ruines d'une forteresse datant des XIIe et XVe siècles. la route se retrouve à nouveau sur un plateau, celui de Sainte-Maure-de-Touraine. La nationale, désormais déclassée ici en D910 longe le dolmen de Bommiers et le menhir de la Pierre-Percée (haut de 4 m, nous précise le Guide Bleu 1954).
Au km 272, un grand monument, placé au bord du chemin, nous rappelle le calvaire des 124 habitants du village voisin de Maillé, massacrés par une colonne allemande en 1944. La RN10 des années cinquante traverse la Creuse à Port-de-Pile. C'est là également que la route de Bayonne pénètre dans le département de la Vienne. A Dangé-Saint-Romain (km 285), un vieux panneau Michelin de la N10 nous guide: Chatellerault, 15 km. La sous-préfecture est traversée par la rivière Vienne que la nationale enjambe sur le pont Henri IV. La ville a pour centre le boulevard de Blossac, une promenade le long de laquelle on retrouve la plupart des monuments et bâtiments importants de Chatellerault. En sortant de la cité, la route remonte la vallée du Clain jusqu'à Poitiers. La ville du Futuroscope (au XXIe siècle!), km 333 au compteur depuis Paris, est "une des villes d'art les plus intéressantes de France", nous annonce le Guide Bleu 1954, qui détaille son implantation: "Elle couvre le plateau arrondi et les pentes raides d'un promontoire, haut de 50 m et découpé en presqu'île au confluent du Clain et de la Boivre". L'ancienne Limonum romaine est connue pour la bataille de 732 durant laquelle Charles Martel y stoppa l'invasion arabe venue de la péninsule ibérique.
La N10 sort de Poitiers par la porte de la Tranchée et prend la direction d'Angoulême. Au km 341, la route de Bordeaux laisse sur sa droite la N11, qui desservait, dans les années cinquante, Niort et Rochefort. La route nationale 10 est là, au XXIe siècle, une moderne quatre-voies chargée de camions qui dessert les bourgs de Vivonne, Ruffec, Manslé... Angoulême est atteinte au km 442. Située à une altitude de 96 m, la cité "donne de toutes parts en terrasse autour d'un vaste horizon", nous conte le Guide Bleu. Les gourmands y notent d'ailleurs une intéressante spécialité: le chocolat au cognac. Mais un des principaux attraits de la ville est sa belle balade des remparts. Au milieu du XXe siècle, la RN10 tourne autour du centre par la rue de Bordeaux. Vingt-deux kilomètres après Angoulême, la route atteint Barbezieux-Saint-Hilaire, plantée sur une colline de 104 m. A Chevanceaux (km 495), s'embranche la N10bis (auj. D910bis), qui va rejoindre Libourne par Montguyon et Guîtres. Pont de fer et pont de pierre
Au km 538, voilà le bourg de Cubzac-les-Ponts. La route nationale 10 des années cinquante franchit la Dordogne sur un pont-viaduc de métal d'une longueur de plus de 550 m. L'oeuvre, réalisée par l'ingénieur Gustave Eiffel est grandiose. Pour l'automobiliste, coincé sur la route des vacances, le passage de la rivière était aussi et surtout synonyme de bouchons interminables. Jusqu'à Bordeaux, nous dit le Guide Bleu 1954, la N10 "parcourt l'immense vignoble de l'Entre-deux-mers" situé entre Dordogne et Garonne. Aujourd'hui, la route se perd (et nous avec!) dans un lacis de banlieues résidentielles et de zones commerciales sans âme. Peu avant de franchir la Garonne, la N10 rejoint la nationale 89 en provenance de Clermont-Ferrand au lieu-dit les Quatre-Pavillons. Bordeaux se situe à 558 km de Notre-Dame de Paris. La route y entre par un grand ouvrage jeté sur la Garonne en 1822, le pont de Pierre. La préfecture de la Gironde, nous renseigne le Guide Bleu 1954, est "bâtie en plaine, suivant la courbe du fleuve qui s'étale sur une largeur d'au moins 500 m. (...) Les quartiers du centre sont un des chefs-d'oeuvres de l'architecture française du XVIIIe siècle". Le centre de la ville se dessine en forme de triangle, entre la Garonne, les cours Clemenceau et de Verdun d'une part, et les cours de la Libération, Aristide Briand et de la Marne d'autre part. On s'intéressera au monument des Girondins, situé sur la vaste place des Quinconces. Un édifice construit au XIXe siècle dans un style bien pompier qui rappelle le rôle des députés girondins durant la Révolution française... La sortie de Bordeaux se fait par le cours de l'Argonne. La RN10 va traverser, sur environ 150 km, la vaste forêt des Landes. Que ce soit en 1959 ou en 2007, à deux ou quatre voies, c'est toujours aussi monotone... Le tracé est totalement rectiligne. Le Guide Bleu 1954 rappelle les monstrueux incendies de l'été 1949, qui ont ravagé 150 000 ha de pins autour de Belin et causèrent la mort de plus de 80 sauveteurs.
A Saint-Geours-de-Maremne, la N124, en provenance de Toulouse, rejoint la N10. On trouve peu de traces du passé routier dans ces régions. Encore une longue ligne droite jusqu'à Labenne. Quelques ondulations du paysage plus loin, c'est l'arrivée à Bayonne: "Qu'on vienne de Bordeaux, de Toulouse ou de Pau, on entre à Bayonne par le faubourg Saint-Esprit, puis, nous explique le Guide Bleu 1954, on franchit l'Adour sur le pont Saint-Esprit qui aboutit à la place du Réduit, au confluent même de la Nive". La ville a été longtemps une frontière et le terminus de la route n°10. Le plan de la ville, fortifiée par Vauban, s'en ressent. Entre Bayonne et Biarritz, la RN10 reste bordée de villas, et la circulation, intense, n'aide guère à la recherche du vieux patrimoine routier... Anglet est difficilement passée puis la nationale effleure Biarritz, "cité balnéaire, hivernale et thermale dont la célébrité date du Second Empire. Ses hôtels et ses villas s'égrènent le long d'une côte très pittoresque", écrit le Guide Bleu. Nous n'en verrons rien... La RN10 passe Bidart, Guéthary, arrive à Saint-Jean-de-Luz, au coeur du pays Basque qui fut jadis, selon notre guide de 1954 "un port considérable, dont les marins, réputés pour leur hardiesse, pratiquèrent les premiers la pêche à Terre-Neuve"... Tout à bien changé. En 2007, les voiliers de plaisance supplantent les rudes chalutiers et le tourisme est la ressource principale de la cité. Encore onze km d'efforts et la RN10, après avoir traversé Urrugne, s'élève pour ensuite redescendre vers Béhobie. La frontière avec l'Espagne (pays Basque espagnol) se situe sur la Bidassoa. Là, se termine la RN10 des années cinquante. Malgré la disparition des douaniers, les embouteillages restent redoutables. Mais ce n'est plus pour les mêmes raisons: concurrence frontalière au sein de l'Union européenne oblige, on va faire ses courses chez les uns ou chez les autres au gré des fluctuations monétaires... 771 km pour choisir entre un supermarché ou un supermercado... quel progrès!! Marc Verney (septembre 2007)
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