Beau panneau en ciment Michelin bien conservé à côté de Saint-Rémy-sur-Avre (photo: MV, déc. 2006).

Quelques mots sur la documentation utilisée: carte Michelin Environs de Paris n°96 (1977), Atlas Grandes routes France (Michelin 1959), Atlas routier France (Michelin 2007), Carte Michelin Etat des routes France-Nord (n°98 ER, été 1928), Guide littéraire de la France (Hachette 1964), Guide Bleu de la France automobile (Hachette 1954), Guide du Routard Bretagne Nord 2007-2008 (Hachette), Guide Finistère Nord (Gallimard 1992).

Plaque indicatrice de la RN12 à Saint-Denis-sur-Sarthon, dans l'Orne (photo: MV, déc. 2006).

Localités et lieux traversés par la N12 (1959):
Fourche de Trappes
Jouars-Pontchartrain
La-Queue-lez-Yvelines
Houdan
Goussainville
Marolles
Chérisy
Dreux
Saint-Rémy-sur-Avre
Nonancourt
Tillières-sur-Avre
Verneuil-sur-Avre
Chennebrun
Saint-Maurice-les-Charencey
Autheuil
Mortagne-au-Perche
Boëcé
Le-Mêle-sur-Sarthe
Le-Ménil-Broût
Alençon
Saint-Denis-sur-Sarthon
La Lacelle
Pré-en-Pail
Saint-Cyr-en-Pail
Javron-les-Chapelles
Le Ribay
Mayenne (*)
Saint-Georges-Buttavent
Ernée
La Pellerine
Fleurigné
Beaucé
Fougères
Romagné
La-Chapelle-Saint-Aubert
Saint-Jean-sur-Couesnon
Saint-Aubin-du-Cormier
Gosné
Liffré
Thorigné-Fouillard
Rennes
Pacé
Saint-Gilles
Bédée
Montauban-de-Bretagne
Quédillac
Saint-Jouan-de-l'Isle
Broons
Tramain
Plestan
Noyal
Lamballe
Yffiniac
Langueux
Saint-Brieuc
Châtelaudren
Plouagat
Guingamp
Louargat
Belle-Isle-en-Terre
Plounévez-Moëdec
Plounerin
Le Ponthou
Plouigneau
Morlaix
Saint-Thégonnec
Kermat
Landivisiau
La-Roche-Maurice
Landerneau
Guipavas
Brest


(*) Un itinéraire fluctuant. Il faut noter que jusqu'au début des années 1950, la route nationale 12 passait par Laval et Vitré pour atteindre Rennes. Le tronçon de Mayenne à Fougères appartenait alors à l'ancienne route nationale 155 et celui de Fougères à Rennes à l'ancienne route nationale 177. Vérifié notamment avec la carte Michelin Etat des routes France-Nord (98 ER) de l'été 1928.

Sur le tracé original de la route nationale 12 à Thorigné-Fouillard. Panneau métallique de 1978 (photo: MV, août 2007).
Autour de la nationale 12. En Bretagne et dans beaucoup de régions de l'ouest de la France, il reste encore pas mal de traces du vieux passé automobile de notre pays... (voir)
Plaque de la route n°12 à Bédée (photo: MV, août 2007).
Contrairement à pas mal d'anciennes nationales, la RN12 constitue encore de nos jours un axe majeur de désenclavement des territoires traversés. L’objet du blog ci-après est de donner des infos sur les solutions de tracé envisagées, sur le trafic et sur le planning des opérations d'aménagement de la N12 en voie express. Si Sur ma route avoue son penchant prononcé pour la promenade un brin nostalgique, ce site nous propulse à nouveau dans le XXIe siècle... (lire)
On peut noter l'appellation Côtes-du-Nord sur cette ancienne borne de limites départementales, située pas loin de Quédillac. Le département s'appelle aujourd'hui les Côtes-d'Armor. Plus joli. Plus "authentique". Moins froid (photo: MV, août 2007).
Page de l'encyclopédie des routes Wikisara consacrée à la nationale 12 (lire)
La page de présentation de l'historique et de l'itinéraire de la nationale 12 dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia (lire)
Un drôle de drapeau. Le drapeau breton a été inventé en 1925 par un dénommé Morvan Marchal. Les deux couleurs sont les symboles de la partition linguistique de la région: cinq bandes noires qui figurent les diocèses de langue française et quatre blanches pour ceux de langue bretonne. "Tous les Bretons l'ont adopté, nous indique le Guide de la Bretagne mystérieuse (éd. Tchou Princesse 1976), y compris le Bagad de Lann Bihoué, groupe de sonneurs de la Marine de guerre, qui ne défile jamais sans l'avoir à sa tête".

"Ca va faire du bruit dans le landerneau"... La petite cité de Landerneau, sur les bords de l'Elorn est à l'origine de la célèbre expression. Mais les explications divergent: la première évoque une pièce de théâtre, Les Héritiers, d'Alexandre Duval en 1796. A l'annonce d'un événement important, les personnages jouant dans la pièce s'écrieraient "ça va faire du bruit dans Landerneau"... La deuxième daterait de la fin du XVIIIe siècle. Lors du mariage d'une veuve de la cité, amis et connaissances de la mariée auraient parcouru les rues de Landerneau en sonnant des cloches et en tapant sur des casseroles, histoire d'éloigner l'esprit -jaloux- du défunt mari. Par la suite, les habitants auraient pris l'habitude de dire la célèbre phrase à chaque événement inhabituel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Belles routes de France...
RN12: jusqu'au bout des terres...
Paris-Brest. Voilà un chemin qui ne laisse personne indifférent tant la route de Bretagne recèle de multiples surprises. Effleurant la Normandie, rasant le Perche et les régions centrales du pays, la nationale 12 file vers le pays des abers et des menhirs au rythme du biniou! Un total (en 1959) de 605 kilomètres à franchir jusqu'au Finistère (Penn Ar Bed)... littéralement le bout du monde! Nous avons parcouru le trajet historique en deux fois, à la fin 2006 et en août 2007. Bon voyage...

Sous une pluie battante, cette portion déclassée de la N12 déroule son macadam quasiment d'origine entre Quédillac et Saint-Jouan-de-l'Isle. Le panneau date de 1968 (photo: Marc Verney, août 2007). Pour retourner sur la page index, cliquez ici.


La nationale 12 ne sort pas directement de Paris.
La route de Bretagne entame ses premiers kilomètres de bitume peu après Montigny-le-Bretonneux, quittant là le tracé de la RN10. Difficile de retrouver des traces de ce carrefour au XXIe siècle (dénommé la fourche de Trappes) tant la physionomie de la région a évolué... La N12 historique suit aujourd'hui la route de Dreux, l'avenue Marcel-Dassault et -fort logiquement- l'avenue d'Armorique avant d'entrer dans Jouars-Pontchartrain (km 38) par la route de Paris. Les fouilles archéologiques qui y ont été réalisées à l'occasion du chantier de la déviation de la RN 12 entre 1994 et 1997 autour du bourg mettent en évidence le site antique de Duodorum, occupé dès le premier siècle et construit autour des deux axes, Paris-Dreux et Chartres-Beauvais.

Non loin de là se trouve le bourg pittoresque de Montfort-l'Amaury, villégiature de nombreux poètes et artistes. Six kilomètres après Jouars-Pontchartrain, la nationale atteint La-Queue-lez-Yvelines. C'est ici, sur la butte des Moulins que fut édifié en 1793 la tour de la première ligne de télégraphe Chappe Paris-Brest. Plus tard, en 1844, de gros travaux de voirie ont été effectués dans le bourg avec l'aplanissement de la côte de la rue Nationale non loin de la gendarmerie. L'ascension de cette côte était en effet si difficile pour les équipages que l'on était obligé d'atteler des boeufs pour aider les chevaux.

D'août à novembre 1944, la commune fut un village-relais sur la route du Red Ball Express, le système de convoyage routier des troupes alliées pour alimenter les forces du front au delà de Paris. En 1971, c'est la fin des embouteillages: une déviation autoroutière est mise en place autour du bourg. Après avoir traversé la forêt des Quatre-Piliers (développement de la forêt de Rambouillet), la route atteint Houdan au km 63. Le bourg se trouve au sommet d'une colline située au confluent de la Vesgre et de l'Opton. La renommée de la cité s'est faite jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale avec la poule de Houdan...

La route N12, qui passe un peu plus loin en Eure-et-Loir, arrive à Dreux (km 84) en franchissant l'Eure à Chérisy. Le site de la cité correspond à une cuvette au confluent de la Blaise, de l'Avre et de l'Eure. Entre Normandie, Ile-de-France et Beauce, Dreux s'est affirmée comme un carrefour d'échanges et un lieu de passage. Aujourd'hui, la situation de la ville correspond au carrefour entre un axe national Paris-Alençon et un axe de contournement de la région parisienne Rouen-Chartres-Orléans. Dreux fut la capitale de la tribu gauloise des Durocasses.

Au Moyen-Âge, son château, l'un des plus puissants de toute la région, se dressait, sentinelle avancée du domaine capétien face à la puissance rivale des ducs de Normandie. Dépassant Dreux par le nord, la route nationale 12 prend le chemin de la vallée de l'Avre. Le bitume passe en Normandie, laisse Nonancourt (ancien relais de poste utilisé par Saint-Simon), Tillières-sur-Avre et entre à Verneuil-sur-Avre, ancienne place forte de la guerre de Cent Ans, et qui veillait autrefois à la frontière de la Normandie face à la France.

La RN12 sort de Verneuil par le sud-ouest et arrive dans l'Orne au niveau de Chennebrun. Peu après Saint-Maurice-les-Charencey, l'asphalte respire un peu mieux au niveau de la forêt du Perche. Non loin de là, le bourg de Tourouvre a été au XVIIe siècle le principal foyer de l'émigration percheronne au Canada. D'après le fameux géographe français Elisée Reclus (1830-1905), ce serait même "le lieu d'Europe qui a contribué, pour la plus grande part, au peuplement du Nouveau Monde".

Mât indicateur le long d'une portion déclassée de la N12 entre Mortagne-au-Perche et Alençon (photos: Marc Verney, décembre 2006, montage: MV, novembre 2007).

Au kilomètre 157, voilà Mortagne-au-Perche. Cette petite cité aux origines médiévales est reconnue comme étant la capitale internationale du boudin. Là aussi, de nombreux habitants de la région sont allés peupler le Québec durant le XVIIe siècle. Jusqu'au Mêle-sur-Sarthe, la N12 historique longe la nouvelle quatre-voies. On trouve dans la région de très nombreuses anciennes plaques indicatrices perchées sur de hauts mâts de métal.

L'arrivée sur Alençon se fait par Le-Ménil-Broût et Hauterive. De simple gué sur la Sarthe à l’époque Gallo-Romaine, Alençon (km 195) apparaît comme un bourg fortifié au début du XIe siècle avant d’être érigé en duché deux siècles plus tard. En 1665, Colbert fonde à Alençon la manufacture royale de dentelles dont celle du très célèbre Point d’Alençon, créé à partir du Point de Venise. A l’apogée de son art, la ville employait plus de huit mille dentellières... L'écrivain Balzac se sert de son séjour à Alençon pour écrire deux romans: La vieille fille en 1837 et Le cabinet des Antiques en 1838. Au XIXe siècle, Alençon connaît un renouveau industriel grâce à l’ouverture de plusieurs fabriques. Des réseaux de transports routiers et ferroviaires se développent, mais la décision de faire passer la ligne ferroviaire Paris-Brest par Le Mans condamne la cité à rester dans l'ombre de la capitale sarthoise située une cinquantaine de kilomètres au sud.

La N12 traverse Pacé, Saint-Denis-sur-Sarthon puis La Lacelle avant de pénétrer dans le département de la Mayenne. Au sud-est, le mont des Avaloirs (416,23 m) dans la forêt de Multonne est le point culminant de tout le Grand Ouest... Ne pas s'attendre à voir un remake de l'érection alpine... mais le coin est charmant. La N12 serpente dans le bocage: voilà Saint-Cyr-en-Pail, Javron-les-Chapelles, Le Ribay...

Mayenne est atteinte au kilomètre 256. En 1063, Guillaume le Conquérant attaqua le château de la ville puis l'incendia. Pendant plus de deux siècles, Mayenne fut l'objet de luttes continuelles, d'abord contre les Normands, puis contre les Anglais pendant la guerre de Cent ans. Finalement, les Anglais s'en emparèrent en 1425 et l'occupèrent jusqu'en 1448. La paix revint à Mayenne qui fut rendue à la France. Le XIXe siècle est une période de grands travaux dans la cité: en 1830, voilà l'inauguration de la "nouvelle traverse" de la ville et de son pont (aujourd'hui le pont Mac-Racken). Inauguration également du nouvel hôpital en 1850, de la voie ferrée Laval-Mayenne en 1866, du pont Notre-Dame en 1868. La canalisation de la rivière, commencée en 1852 s'acheva en 1867...

Arrivée sur Fougères (photo: MV, août 2007).
Victor Hugo visita la cité en juin 1836: "C'est une riante et pittoresque ville, posée en travers sur la rivière, avec un beau château, une haute église incrustée de pierres romaines qui ont deux mille ans, des maisons du XVe siècle zébrées de bois et de plâtre, et un vieux pont en ogive. L'ensemble de tout cela forme un bloc ravissant". Plus loin, après Saint-Georges-Buttavent, la route traverse la forêt de Mayenne. Les longues lignes droites s'enchaînent dans un paysage peu varié.

Au kilomètre 280, le bitume arrive à Ernée. Là, Hugo, qui est passé au travers d'une "vraie" carrière de guide touristique, avoue s'y être restauré dans une "horrible auberge"... L'Ille-et-Vilaine est atteinte à La Pellerine, où la route contourne une butte au pied de laquelle se trouve la limite départementale et... un massif panneau Michelin vantant les attraits touristiques de la cité de Fougères.

Bienvenue en Bretagne! Anglais et Français se disputent Fougères jusqu’en 1488. Le château de Fougères est l'un des plus imposants châteaux forts français, occupant une superficie de deux hectares. Les premières habitations sont construites au pied des fortifications permettant à la population de trouver refuge rapidement en cas d’attaque. Le XXe siècle est marqué par le terrible bombardement américano-britannique du 9 juin 1944, qui tue 300 personnes, en blesse deux fois plus, et détruit la plupart des équipements publics et industriels de la cité. Juliette Drouet, comédienne et maîtresse de Victor Hugo est née à Fougères en 1806.

De Fougères, pour suivre la nationale historique jusqu'aux portes de Rennes, il faut aller sur la départementale 812... qui se tortille aux côtés de l'autoroute A84. Voilà les villages de Romagné, Saint-Jean-sur-Couesnon, Saint-Aubin-du-Cormier, Liffré... qui défilent... Au travers de la forêt de Rennes, la nationale n'existe plus, supplantée par le tracé de l'autoroute. On retrouve cependant le tracé original à Thorigné-Fouillard toujours sous le nom D812.

A la sortie de Fougères, cet ancien panneau date de 1953 (photo: Marc Verney, août 2007).

Les premiers faubourgs de Rennes (Roazhon en breton, km 360) apparaissent. En ce mois d'août 2007, une pluie battante nettoie la capitale bretonne: les rideaux de pluie s'acharnent sur les carrosseries. Drôle d'été!! La ville est fondée vers le IIe siècle avant JC par la tribu des Riedones et prend le nom de Condate, ce qui signifie confluent en gaulois. Des remparts sont érigés au IIIe siècle pour protéger la ville des attaques barbares. Puis, au XVIe siècle, après le rattachement du duché de Bretagne au royaume de France en 1532 par l'édit de Vannes, la ville devient le siège du Parlement de Bretagne, et donc capitale provinciale. Un immense incendie détruit les trois-quart de la ville en 1720. En 1943-44, la cité a été sinistrée à 58%.

De Rennes à Brest, la nationale 12 est une route à quatre voies. Il faut, dès lors, zigzaguer entre les déviations, les bretelles d'accès, les départementales adjacentes pour retrouver le tracé historique de la N12... Un "sport" amusant mais fastidieux pour le copilote qui doit jongler avec les cartes -pas toujours précises- et son instinct! On sort de Rennes par le Mail et la rue de Saint-Brieuc. Voilà Bédée, Montauban-de-Bretagne, Quédillac (km 400)... "Belle descente", nous dit le Guide Bleu France automobile de 1954, de la route "dans la vallée de la Rance qu'on franchit à gauche pour monter à Saint-Jouan-de-l'Isle". Le parcours est "assez accidenté". C'est par là, autour de la vieille borne départementale entre l'Ille-et-Vilaine et les Côtes-du-Nord (d'Armor aujourd'hui) que l'on a le plus l'impression de pratiquer l'anachrotourisme... Ancien bitume, panneaux Michelin, amusante nostalgie d'un temps que nous n'avons pas vraiment connu...

Au kilomètre 413, nous arrivons d'ailleurs à Broons et nous y dénichons une jolie plaque Michelin (1937) de la N12 coincée au pied d'un mur, près de l'église du bourg. Au km 439, voilà Lamballe (Lambal), installée sur la rive gauche du Gouessan. La petite ville fut de 1134 à 1420 la capitale du comté de Penthièvre. Plus tard, l'histoire de la cité est rattachée à celle de Mme de Lamballe, qui fut pendant vingt ans la dame d'honneur de Marie-Antoinette. En 1792, Mme de Lamballe fut décapitée, sa tête promenée au bout des piques révolutionnaires restant un des symboles de cette époque troublée.

A gauche, panneau Michelin (1937) à Broons. A droite, vers Saint-Jouan-de-l'Isle (photos: Marc Verney, août 2007).

A Yffiniac (Bernard Hinault est natif du lieu), au kilomètre 452, c'est la première rencontre de la N12 historique avec la mer. Le regard s'échappe vers la baie de Saint-Brieuc, une des trois plus grandes de la côte nord de la Bretagne. A côté, à Langueux, une ancienne briqueterie utilisait les marnes de la baie pour produire tuiles, tommettes et briques. La production de cette usine a alimenté la Bretagne et une grande partie de la région parisienne jusqu'en 1947.

Saint-Brieuc (Sant-Brieg) est atteinte au km 457. Située, nous annonce le Guide Bleu 1954 "à 5 km de la mer, à 89 m d'altitude sur un plateau s'avançant en promontoire entre les deux vallées profondes du Gouët et du Gouëdic". La ville doit son nom à un missionnaire venu d'Angleterre au Ve siècle. A 7 kilomètres au nord de Saint-Brieuc, à la pointe du Roselier, on trouve un antique four du XVIIIe siècle qui servait à chauffer les boulets tirés sur les navires ennemis afin de les incendier. De là nous est parvenu l'expression "tirer à boulets rouges"...

On quitte la cité par la rue de Brest. Là encore, la nationale débaptisée porte le numéro D712. Après Châtelaudren et Plouegat, voici Guinguamp (Gwengamp) au km 491. C'est la "première ville de langue bretonne que l'on rencontre sur la route de Paris à Brest", nous précise le Guide Bleu 1954, indication confirmée dans le Routard Bretagne Nord 2007-2008 qui ne voit pas passer "la frontière entre pays breton et pays gallo" très loin à l'est. La route longe le Menez-Bré ("sommet" isolé de 302 m), passe Louargat et entame une jolie decente à travers bois pour atteindre Belle-Isle-en-Terre (Benac'h) et la vallée du Léguer.

Là, le tracé de l'ancienne nationale Paris-Brest se démarque assez nettement de la quatre-voies contemporaine qui porte le numéro 12. Puis la chaussée remonte vers Plounévez-Moëdec: en cet endroit, "la route offre de très belles vues", nous confie le Guide Bleu 1954 qui indique que l'on "découvre sur la gauche les monts d'Arrée". On entre dans le Finistère à Plouegat-Moysan.

Vers Le Ponthou, la route se fait très sinueuse pour franchir la vallée du Douron. Après une longue ligne droite, Morlaix (Montroulez) est atteinte au kilomètre 545. "Très riche en maisons anciennes, explique le Guide Bleu 1954, Morlaix est située au fond d'un vallon profond que franchit le monumental viaduc du chemin de fer". La construction sépare d'ailleurs encore aujourd'hui la ville du port.

Morlaix et son viaduc, inauguré en 1865. L'ouvrage est haut de 58 m, long de 284 m (photo: Marc Verney, août 2007).

Précision historico-touristique apportée par le Routard 2007-2008 de Bretagne Nord, la cité est la patrie de Fanch Gourvil, un des spécialistes de la langue bretonne et le rédacteur de l'un des premiers Guides Bleus sur la région. La grosse industrie du coin était la Manufacture des tabacs, aujourd'hui fermée. La N12 historique (toujours D712) quitte Morlaix par la rue de Brest et par une longue côte de 6 km.

A Saint-Thégonnec (Sant-Tegoneg), se trouve l'un des enclos paroissiaux parmi les plus importants de Bretagne. Il a fallu deux cents ans pour le construire. L'endroit est d'ailleurs fort touristique. Un peu plus loin à Kermat, carrefour riche (août 2007) en anciennes signalisations Michelin. A 7 km au sud, le visiteur pourra admirer l'enclos paroissial de Guimiliau. La N12 historique, quant à elle, traverse Landivisiau et emprunte la charmante et bucolique vallée de l'Elorn pour aborder par l'est la jolie cité de Landerneau (Landerne) au km 584.

A gauche, panneau Michelin d'informations touristiques à Kermat. A droite, à Landerneau (photos: Marc Verney, août 2007).

Déjà point de passage important à la période romaine, la ville est fière de son pont de Rohan, construit en 1510 sur l'Elorn, et qui est le plus imposant des sept ponts habités existant encore en Europe. C'est là que se croisaient les N12 et N164 (d'Angers à Brest). Encore quelques kilomètres jusqu'à Brest: Guipavas (km 596) précède de peu la capitale finistérienne.

Le panneau Brest est atteint au kilomètre 605. Port de guerre et de commerce, Brest est une cité qui a particulièrement souffert pendant la Deuxième Guerre mondiale. L'ensemble de la ville ancienne a été anéanti durant un siège de 43 jours entre le 7 août et le 18 septembre 1944. Pilonnage des armées alliées et destructions allemandes ont réduit en cendres des centaines d'immeubles et installations portuaires. Parmi les rares bâtiments rescapés et restaurés: le château (XIIIe-XVIIe siècle), situé entre le pont de Recouvrance et le cours Dajot, qui offre un accès au musée national de la Marine.

Brest et son château (photo: Marc Verney, août 2007).

La rue de Siam est la principale artère commerçante de la cité. Châteaubriand y résida en 1783. Dans les Mémoires d'Outre-Tombe, il décrit les évolutions de la flotte, de retour au port: "Les vaisseaux manoeuvraient sous voile, se couvraient de feux, arboraient des pavillons, présentaient la poupe, la proue, le flanc, s'arrêtaient en jetant l'ancre au milieu de leur course, ou continuaient à voltiger sur les flots"...

Marc Verney (novembre 2007)