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Après
avoir passé la frontière franco-suisse à Bourgfelden, nous prenons
la direction de Hésingue. C'est après ce village que l'on trouve
l'embranchement d'où part, à droite, l'ex-N19
pour Belfort, et, à gauche, la RN73 historique (D473) vers Ferrette
et Porrentruy. On entre ici dans la région du Sundgau (littéralement
"Comté du sud" en dialecte germanique). Ce petit massif montagneux,
également surnommé "le Jura alsacien" se caractérise par un paysage
de modestes monts entourés de forêts et d'étangs où prolifèrent
de nombreuses carpes, devenues l'emblème culinaire de cette modeste
région qui fut longtemps aux mains des Habsbourg, d'où son troisième
petit nom: "l'Autriche antérieure"...
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RN19:
par
ici, l'Helvétie!
En 1959, il faut parcourir 490 kilomètre pour joindre
Paris à Bâle, en Suisse, en passant par la belle cité
de Troyes, Chaumont, Langres, Belfort et Saint-Louis, non loin
de Mulhouse... (lire) |
Le
Sundgau a eu aussi le privilège d'être une des régions de France
parmi les plus prolifiques en anciennes signalisations Michelin.
En 2010, ce n'est plus trop le cas: ici, comme ailleurs, les services
départementaux ont "sévi" et ôté de vénérables bornes de béton jalonnant
les anciennes nationales désormais retombées dans un oubli quasi
total... Heureusement, l'auteur de ces lignes y est passé par une
belle nuit d'avril 2007 et y a fixé quelques bonnes vieilles signalisations
sur pellicule (argentique!)... Bref, nous voilà en route pour Folgensbourg,
la montée, très progressive, nous laisse apercevoir -dans la journée-
dans le rétro quelques belles vues sur la plaine du Rhin, Bâle et
la Forêt-Noire.
A Werentzhouse, on croise la vallée de l'Ill, rivière qui
parcourt toute la plaine alsacienne pour aller se jeter dans le
Rhin à la hauteur de Strasbourg. Ferrette, croquignolet bourg
fondé au XIIe siècle et dont les maisons s'accrochent sur les flancs
de la vallée est dominé par les ruines d'un château détruit au XVIIe
siècle, durant la guerre de Trente Ans. De là, belle vue sur tout
le Jura proche, la Forêt-Noire, le Kaiserstuhl...
A VOIR, A FAIRE
La rue du Château et l'hôtel de ville de Ferrette, qui est l'une
des plus belles demeures du village (petit musée local). Les ruines
du château sont accessibles depuis Ferrette. Le chemin qui y mène
a encore des traces de son pavage de la Renaissance. Le musée des
Amoureux et du Patrimoine sundgauvien (rue de Ferrette, à Werentzhouse):
30 000 (!) cartes postales et 17 000 photos anciennes...
Il faut maintenant prendre la direction de Vieux-Ferrette. Là,
la route tourne à gauche en direction de Koestlach et Moernach.
On est ici sur l'une des parties les plus oubliées de la défunte
N73. La chaussée, sur les cartes modernes de 2010, n'a même pas
le statut d'une route départementale de quelque importance... A
Durlingsdorf, il restait (en 2007) un panneau Michelin de la N73.
C'est là que l'on sort du "Jura alsacien" pour filer en direction
de Courtavon (douanes françaises). Il me semble bien que la RN73
historique est l'une des seules routes nationales de l'Hexagone
à traverser un morceau de pays étranger pour réapparaître par la
suite sous son même numéro...
Nous voilà donc en Suisse à Miécourt. Notre trajet helvétique
nous mène jusqu'à Porrentruy (qui fut, avant 1815, le chef-lieu
du département français du Mont-Terrible, ceci explique sans doute
cela...) puis à Chevenez, Rocourt, Reclère (grottes) et Damvant.
Retour en territoire français à Villars-lès-Blamont. Là, en région
Franche-Comté (département du Doubs), la nationale déclassée
est devenue la départementale 73. C'est après Pierrefontaine-lès-Blamont
(embranchement pour une route pittoresque en direction du fort du
Lomont) que la route entame sa descente en direction de Pont-de-Roide
et de la vallée du Doubs.
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| Gros
plan sur une plaque indicatrice de la RN73 à Anteuil.
Photo: Marc Verney, novembre 2007. |
La
ville, industrielle, est dominée par le rebord d'un plateau
qui marque la fin du parcours montagneux du -très- sinueux Doubs.
Après avoir croisé l'ancienne RN437 Saint-Laurent-en-Grandvaux-Audincourt,
la route Bâle-Moulins escalade le vallon de la Rançeuse. Le premier
village traversé, Vermondans, a fortement souffert lors des durs
combats pour la libération de la France en septembre 1944. Sur la
gauche, voilà la chaîne du Lomont (jolies vues après Dambelin),
qui culmine à 840 m d'altitude. Il faut faire environ 18 km de route
virevoltante pour rejoindre à nouveau le Doubs à Clerval (cluse).
C'est dans ce petit bourg que la N73 interrompait, en 1959, le trajet
de la N83 Lyon-Strasbourg jusqu'à Besançon. En une quinzaine de
kilomètres, nous voici à Baume-les-Dames, qui tire son nom
d'une abbaye de dames chanoinesses fondée en 763.
A VOIR, A FAIRE
A proximité du pont sur le Doubs (huit arches), on peut voir un
monument érigé en 1884 à la mémoire du marquis de Jouffroy d'Abbans.
L'homme a été rendu célèbre par les essais de navigation à vapeur
qu'il a mené sur le Doubs en 1776. L'abbaye et de belles demeures
dans le centre, dont la maison à tourelle et la maison-musée des
Sires de Neufchâtel-Urtière.
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| Entre
Clerval et Besançon, les trajets des N83 et N73 historiques
se confondent. Photo: Marc Verney, octobre 2006. |
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Strasbourg,
Lyon,
par la RN83
Voilà
une route qui sillonne l'Est de la France à flanc
de collines: Jura, Doubs, Vosges... On n'oubliera pas non plus
les vignobles qui s'étalent de part et d'autre du bitume...
Une route de gourmet? Cliquez sur la ville que vous voulez aller
visiter... |
La
route de Besançon suit de près le Doubs. L'occasion de belles
échappées visuelles sur une rivière au cours étonnament capricieux
(il fait de gigantesques boucles avant de réussir à s'échapper des
monts jurassiens...). De Roulans à La Malmaison, la route s'écarte
un peu de la vallée car elle en est séparée par la crète boisée
de la montagne de Notre-Dame d'Aigremont. Il reste à traverser Novillars
et Roche-lez-Beaupré pour atteindre Besançon, la capitale
de la Franche-Comté. Il est possible de contourner la ville (circulation
difficile) par un boulevard à quatre voies (suivre Dole). La visite
de la principale cité comtoise est cependant fortement conseillée
(entrée par la rue de Belfort). On peut affirmer que la situation
de Besançon, située dans une boucle du Doubs et surplombée par un
rocher de 118 m de haut est véritablement étonnante. C'est une ville
militaire stratégique, donc entourée de superbes remparts et dominée
par une somptueuse citadelle imaginée par Vauban (of course!).
L'emplacement est déjà décrit par César dans ses Commentaires sur
la guerre des Gaules. Victorieux des Séquanes, il y installe une
garnison en 58 av. JC. Vesontio devient l'une des grandes cités
gallo-romaines de l'époque. Plus tard, du XIe au XVIIe siècle, Besançon
est une ville libre dépendant (de loin) du Saint-Empire. C'est au
XVIe siècle que la prospérité bisontine est au plus haut, avec la
présence, à la cour de Charles-Quint du chancelier Perrenot de Granvelle
(né à Ornans en 1486). Louis XIV s'empare une première fois de la
ville en 1668, la perd, puis la reprend en 1674 après de tragiques
combats. Le traité de Nimègue, en 1678, donne définitivement Besançon
au royaume de France. Dès lors, nouvel essor: sous les deux règnes
de Louis XV et de Louis XVI, la ville se reconstruit rapidement:
palais, hôtels particuliers, bâtiments publics forment la base du
décor urbain bisontin que l'on connaît encore aujourd'hui malgré
de lourds bombardements en juillet 1943... Personnage illustre et
grand voyageur originaire de Besançon: évidemment l'immense Victor
Hugo (1802-1885).
A VOIR, A FAIRE
De l'axe du pont de Battant (il y avait là un ancien pont romain)
on peut voir la Grande-Rue, voilà ensuite le palais Granvelle (XVIe
siècle) et le musée du Temps (on est au pays de l'horlogerie...),
la cathédrale Saint-Jean et son horloge astronomique, la porte Noire
(dernier vestige romain de la ville), le musée des Beaux-Arts (1,
place de la Révolution): dans une ancienne halle aux grains du XIXe,
il s'agit de l'un des plus anciens musées de France. La Citadelle,
qui surplombe la cité, possède plusieurs musées, espace Vauban,
musée Comtois, musée de la Résistance, Muséum... A 15 km à l'est
de la ville, à Nancray, magnifique musée de plein air des Maisons
comtoises.
On sort de Besançon par la rue de Dole. L'une des principales
villes du département du Jura ne se trouve qu'à 46 km de l'actuelle
capitale franc-comtoise. C'est peu de dire que les deux cités ont
été souvent opposées!! Dole se fait piquer par Besançon le Parlement
comtois en 1676 et l'Université en 1691... Mais avant de revenir
sur ces détails -piquants- de l'histoire de France, l'ancienne RN73
aura retrouvé le cours du Doubs un peu après Saint-Vit (passage
dans le département du Jura) et longé la vaste forêt de Chaux, 20
000 ha, la deuxième plus vaste forêt du pays. On y trouve l'un des
premiers exemples d'indications routières: sur la voie, dite le
"Grand Contour", longue de 23 km, se trouvaient huit colonnes: datant
de 1824 et appelées guidons chacune d'entre-elles donnait la direction
des villages limitrophes (il en reste sept).
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| Vue
sur le centre historique de Dole. Au premier plan, le canal
des Tanneurs. Photo: Marc Verney, janvier 2006. |
L'entrée
dans le Dole historique se fait par la longue rue de Besançon
(attention, le centre-ville, désormais piéton, impose de suivre
les indications de contournement). Voilà encore une fière et belle
cité comtoise, dominée par l'imposant beffroi (1586) de la collégiale
Notre-Dame. La ville se bâtit autour de son pont sur le Doubs ("dol"
= péage). Celui que l'on peut emprunter aujourd'hui date du XVIIIe
siècle. C'est la route blanche Paris-Genève qui y passe. Mais l'histoire
de la ville s'accélère en 1386: la Comté se détache du duché de
Bourgogne et revendique une certaine autonomie. Besançon, administrée
par le Saint-Empire ne peut servir de capitale. C'est donc Dole
qui est choisie par le duc Philippe le Hardi. Et en 1422, l'université
de Comté s'y installe, confirmant l'installation du pouvoir politique
entre ses murs. Mais 1479 est une année tragique, Louis XI attaque
la ville et rase quasiment tous les bâtiments. Heureusement, après
le traité de Senlis en 1493, des jours meilleurs s'annoncent...
Plus tard, Dole est à nouveau attaquée sous Henri IV, Louis XIII
et définitivement rattachée au royaume de France sous Louis XIV.
De ce fait, la cité perd toutes ses institutions, qui sont transférées
à Besançon. Comble de malheur, la ville n'arrive pas à être, en
1790, choisie pour être le chef-lieu du département du Jura... C'est
Lons-le-Saunier, pourtant plus petite, qui héritera de cette distinction!
Bon, fierté de la cité: Louis Pasteur; le grand scientifique y est
né en 1822 avant d'aller habiter à Arbois avec sa famille.
A VOIR, A FAIRE
L'hôtel-Dieu et le quartier du canal des Tanneurs, le monument central
de la ville, la collégiale Notre-Dame (XVIe siècle), la maison natale
de Louis Pasteur (musée), le musée des Beaux-Arts, plusieurs hôtels
particuliers et le palais de justice, ancien couvent des Cordeliers,
créé en 1372. A côté, par la route de Dijon, le mont Roland est
un lieu de pèlerinage fréquenté dès 1636.
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RN5:
la Suisse par monts et par vaux
La N5 Paris-Genève-St-Gingolph croise la N73 à
Dole. Et si on faisait un petit tour sur la route blanche par
les jolis monts jurassiens et le col de la Faucille... (lire) |
La
RN73 historique sortait de la ville par la rue des Arènes. Il
faut faire défiler neuf kilomètres pour atteindre Tavaux (aujourd'hui
déviée). La route aura préalablement passé le canal du Rhône au
Rhin et l'aérodrome de Dole... Il reste une grosse douzaine de kilomètres
à parcourir avant d'atteindre la Saône-et-Loire. Continuer le
voyage (lire)
Marc
Verney, Sur ma route, juin 2010
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