Plaque Michelin à Mosnes. La route (Grande Communication n°30) n'avait pas encore été nationalisée (photo: MV, septembre 2023).
Panneau Michelin touristique à Amboise (photo: MV, septembre 2023).
Echelle des crues à Chaumont-sur-Loire (photo: Marc Verney, septembre 2023).
Une route bien tranquille après Orléans (photo: Marc Verney, juillet 2023).

LOCALITES traversées par la R.N.751 (1959):
Saint-Pierre-des-Corps
Montlouis-sur-Loire
Lussault
Amboise
Chargé
Mosnes
Rilly-sur-Loire
Chaumont-sur-Loire
Candé-sur-Beuvron
Villelouet
Chailles
Blois (N157)
Saint-Dyé-sur-Loire
Muides
Nouan-sur-Loire
Saint-Laurent-des-Eaux
Les Trois-Cheminées
Lailly-en-Val
Cléry
Mareau-aux-Prés
Saint-Hilaire-Saint-Mesmin
Sait-Pryvé
Orléans (N20)
Sandillon
Chaudy
Jargeau
Tigy
Sully-sur-Loire (N448)
Saint-Aignan-le-Jaillard
Lion-en-Sullias
Saint-Gondon
Poilly
Gien (N140)
Saint-Firmin-sur-Loire
Châtillon-sur-Loire
Beaulieu-sur-Loire
Maimbray
Belleville
Sury
Léré
Les Fouchards (N455)

D'AUTRES RESSOURCES autour de la nationale 751 historique:
-la page Wikipédia consacrée à cette route (lire).
-la page Wikisara (lire).

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A VOIR, A FAIRE
Amboise: pas moins de trois châteaux construits à la Renaissance dans la ville... Voilà tout d'abord le château royal d’Amboise, surplombant majestueusement la Loire, puis le domaine royal de Château-Gaillard, affleurant son coteau boisé, et enfin les sept hectares du parc du château du Clos-Lucé, la dernière demeure de Léonard de Vinci. Ce parc -très agréable aux beaux jours- est d'ailleurs un véritable musée interactif à ciel ouvert avec des dizaines de maquettes grandeur nature dessinées par le génial Italien et qui n’attendent que d’être mises en mouvement... Le musée d'Art et d'Histoire d'Amboise (MAHA) est installé dans un hôtel particulier bâti au début du XVIème siècle. Au sud d'Amboise, voilà la Pagode de Chanteloup, véritable «folie» du XVIIIe siècle, dernier témoignage du château du duc de Choiseul, détruit en 1823. Elle offre du haut de ses 44 mètres, un panorama grandiose sur la forêt d’Amboise et la vallée de la Loire. Agréable promenade sur la levée protégeant la cité des crues de la Loire (sculptures contemporaines).
Chaumont-sur-Loire: véritable belvédère sur la Loire, le château de Chaumont offre une des plus belles vues sur le fleuve royal. Le domaine, qui s'étend sur 32 hectares, accueille plus de 500.000 visiteurs par an. Il réunit le château (XVe-XIXe), ses écuries, son parc paysager et ses arbres centenaires ainsi que le somptueux Festival international des jardins.
Blois: le château, demeure des rois et reines de France, offre un panorama sur l’histoire de France, marqué par ses quatre styles architecturaux, du médiéval à la grandeur de la Renaissance... Au pied du château, voilà l’église Saint-Nicolas, de style roman. A proximité, on trouve la fontaine de la Place Louis XII. Un peu plus loin, l’escalier Denis-Papin propose une vue imprenable sur la ville. A voir aussi, la cathédrale Saint-Louis, au style gothique tardif, aux vitraux éblouissants. Face au château, se trouve la maison de la Magie Robert-Houdin, joyau incontesté des passionnés de l’art mystérieux de la prestidigitation...
Saint-Dyé-sur-Loire: Petite cité de caractère agréable à visiter, la localité possède, dans un ancien relais de poste du XVIIe siècle, sur la rue principale, un espace de visite dédié au fleuve. Et puis à quelques kilomètres, le fabuleux château de Chambord...
Lailly-en-Val: de l’autre côté de la Loire par la D19, voici Beaugency. Le château de la cité est construit au XIe siècle, sous l’impulsion des seigneurs de Beaugency pour contrôler l’accès au pont qui traverse la Loire. La cité médiévale, ancienne ville johannique, est dominée par son donjon du XIe siècle. Elle était protégée autrefois par trois enceintes dont on peutencore admirer quelques vestiges: la tour du diable, la tour de l’Horloge abritant encore l’horloge municipale ainsi que l’impressionnante tour de César du XIe siècle.
Orléans: Malgré la destruction de 17 ha de son centre-ville durant la Seconde Guerre mondiale, la ville conserve un indéniable pouvoir d’attraction. Une balade dans la vieille ville permettra de découvrir de nombreuses maisons anciennes et hôtels particuliers. Le voyageur pourra admirer la cathédrale Sainte-Croix et les vitraux consacrés à l’épopée de Jeanne d’Arc, le musée des Beaux-Arts, le musée historique et archéologique (hôtel Cabu), l’église Saint-Aignan et sa crypte (visite guidée); près de la cathédrale, voilà l’hôtel Groslot, réalisé au XVIe siècle; il ne faut pas manquer d’arpenter la place du Martroi, véritable cœur de la ville… A voir aussi, la maison de Jeanne d’Arc à pans de bois, la rue Royale et ses commerces. L’amateur de paysages pourra se promener le long de la Loire et sur le pont George V. De l’autre côté du fleuve, il ne faut pas rater le parc floral de La Source d’où jaillit le bouillonnant Loiret.
Jargeau: sur les bords du fleuve, on peut remarquer, au fil de la route, de nombreux bateaux traditionnels de la marine de Loire: gabares, toues et fûtreaux... A Châteauneuf-sur-Loire (sur l'autre rive, à l'est), voilà le musée de la Marine de Loire qui retrace la vie et le labeur des mariniers.
Tigy: le musée de l'Artisanat rural ancien propose la visite de douze salles, d'émouvantes reconstitutions (forge, ateliers du sabotier, du tonnelier et du menuisier, épicerie de village, intérieur rural...) et des centaines d'objets: outils utilisés et produits fabriqués par les artisans de la Sologne et du Val-de-Loire.
Sully-sur-Loire: bâti au XIVe siècle, entouré par les eaux, le château surplombe la Loire et la ville. Cette forteresse médiévale est l’un des monuments les plus visités du Loiret. Au fil de la visite, on découvre le tombeau de Sully, l’impressionnante salle d’honneur, la chambre du Roi, ou encore la chambre de Psyché. Cette dernière abrite la tenture de Psyché, classée monument historique. Fondée au VIIe siècle, située sur la rive droite (accès par la D60), l’abbaye de Fleury qui surmonte le village de Saint-Benoît-sur-Loire, fait partie des sites incontournables du Val-de-Loire.
Gien: édifié à la fin du XVe siècle par Anne de Beaujeu, fille de Louis XI et régente de France, le château de la ville sert d'écrin au musée de la chasse, qui lui seul peut être visité. Dans l’ancienne cave à pâte du XIXe siècle, le musée de la Faïencerie raconte l’histoire d’une manufacture d’exception. Le parcours met en lumière le savoir-faire unique de Gien et l’art de la table à travers les siècles. L'église Sainte-Jeanne-d'Arc surplombe la ville de Gien. Seul le clocher a résisté aux bombardements de juin 1940.
Saint-Firmin-sur-Loire: avec ses 662 mètres, le pont-canal de Briare est le plus long pont-canal de France. Construit entre 1890 et 1896, ce géant de pierre et de métal surplombe la Loire, offrant une traversée spectaculaire aux promeneurs.
Châtillon-sur-Loire: le musée municipal de Préhistoire et d'Histoire est organisé en deux salles: la première salle est consacrée à la Préhistoire et au Gallo-Romain de la région. Dans la seconde salle, l’évolution de la ville de Châtillon-sur-Loire jusqu’à nos jours.
Beaulieu-sur-Loire: construite sur un coteau surplombant la Loire, à la limite du Cher et de la Nièvre, la cité a su conserver de son passé une configuration moyenâgeuse.
Léré: la collégiale Saint-Martin (XIe). Un circuit découverte permet de faire le tour de la ville.
Ancienne borne hectométrique à Beaulieu-sur-Loire (photo: MV, juillet 2023).

SOURCES ET DOCUMENTS: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°64 Angers-Orléans, Michelin (1962); carte n°65 Auxerre-Dijon, Michelin (1955); Annales des Ponts et Chaussées, chez Carilian-Goeury, libraire-éditeur (1833, 1836); «Blois–Avenue du Président-Wilson», Sylvia Jouanneau-Bigot (Inrap), ADLFI, Archéologie de la France-Informations (janvier 2021); Bulletin des lois de l'Empire français, partie principale, Imprimerie Impériale (1869); Guide Rouge, Michelin (1959); Histoire de Blois, Louis-Catherine Bergevin, Alexandre Dupré, chez E. Dezairs éditeur (1846); Histoire de Cléry et de l'église collégiale et chapelle royale de Notre-Dame de Cléry, Louis Jarry, librairie R. Houzé (1899); Histoire du château de Chaumont, Jacques de Broglie, éditions Balzac (1944); La Guide des chemins de France, chez Charles Estienne, imprimeur du roi (1552); «Le pont Saint-Nicolas sur le Loiret à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin», Jean Mesqui, mesqui.net; «Levées et dispositifs techniques de contrôle des crues: les choix stratégiques depuis les grandes crues du milieu du XIXe siècle en Loire moyenne», Bruno Marmiroli, Pierre d'Angle, revue de l'Association nationale des architectes des bâtiments de France (juillet 2021); L'Intendance d'Orléans à la fin du XVIIe siècle. Edition critique du mémoire «pour l'instruction du duc de Bourgogne», Jean Boissière et Claude Michaud, Dix-Huitième Siècle, éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques (1992); Souvenirs historiques de la ville et du canton de Jargeau, par l'abbé E. Duchâteau, Séjourné, libraire-éditeur (1874); beaulieu-de-france.com; bloiscapitale.com; blois.fr; chatillon-sur-loire.com; domaine-chaumont.fr; gien-tourisme.fr; orleans-metropole.fr; patrimoine.centre-valdeloire.fr; petitescitesdecaractere.com; pop.culture.gouv.fr; saintjeanleblanc.com; tigy.fr; tourismeloiret.com; tourisme-montlouis-vouvray.fr; valdesully.fr; ville-amboise.fr; vnf.frWikipédia, Wikisara, Gallica. Merci à l’aide précieuse fournie par l’IGN avec le Géoportail!





Ces belles routes de France...
R.N.751: CHAUSSEE SUR LOIRE (II)
Le deuxième volet de notre voyage sur la route nationale 751 de 1959 nous emmène de Tours jusqu'aux abords de Cosne-Cours-sur-Loire. Après la région tourangelle, elle aborde Amboise, Chaumont-sur-Loire, puis Blois, trois étapes éminemment touristiques… Mais le «festival» n’est pas achevé, car cette balade au fil de Loire nous réserve de nombreuses surprises! Après être passée au large du château de Chambord, nous longeons toute la Sologne pour atteindre Orléans. De là, le voyage se fait toujours plus bucolique: depuis les digues, levées et quais, les coups d'oeil sur le fleuve capricieux ravissent le regard; la circulation, plutôt faible, autorise les arrêts photo! Après le fameux pont-canal de Briare, notre voie côtoie le canal latéral à la Loire jusqu’à son terminus au lieu-dit les Fouchards, en face de Cosne-Cours-sur-Loire où l'on peut rejoindre la fameuse «nationale 7». Nous aurons –au total-  parcouru un peu plus de 450 kilomètres. Une deuxième partie de parcours effectuée en juillet et septembre 2023.

La R.N.751 de 1959 après Saint-Firmin-sur-Loire (photo: Marc Verney, juillet 2023). En cliquant sur l'image, vous revenez à la page principale.

La deuxième partie de la R.N.751 part donc de Tours. Plus exactement de l’avenue André-Malraux, venue du pont Wilson, prolongée par le quai de Loire, à Saint-Pierre-des-Corps. Situés rive gauche, depuis la gare du canal jusqu'au pont Napoléon, sur environ 2,4 kilomètres de long, les quais de Tours sur lesquels se trouve la R.N.751 de 1959, indique patrimoine.centre-valdeloire.fr, isolent la ville du fleuve au moyen d'un mur d'environ 5,5 mètres de haut. Leur construction, sur fonds d'Etat, est liée à l'établissement du nouveau pont sur la Loire entre 1765 et 1778. Ce sont d'abord des surélévations maçonnées côté fleuve. En 1825, on y rajoute des banquettes (parapets, en terre probablement). Mais cela ne suffit pas. Face au danger des crues, différents projets se succèdent sans aboutir. Enfin, la loi du 28 mai 1858 relative à la réalisation de travaux destinés à mettre les centres de population à l'abri des inondations dégage des crédits importants pour Tours. Un nouveau projet est alors approuvé par décision ministérielle le 28 janvier 1859: des murs de quai seront établis entre la gare du canal (aujourd'hui submergée sous le béton autoroutier) et le quartier de la Cavalerie (à l'ouest). Au XIXe siècle, c’est un peu plus loin que notre chaussée de bord de fleuve enjambait la gare du canal de jonction du Cher à la Loire (2,4 kilomètres), creusé entre 1824 et 1828. Désaffecté suite aux dommages causés par les bombardements de 1940, l'ouvrage, qui se comble petit à petit, sera remplacé par l'autoroute A10 dès 1971. Notre route, qui longe Saint-Pierre-des-Corps, reste sur la levée de Loire qui se poursuit jusqu’à Montlouis. Aménagée dès le Moyen Age (XIVe siècle), cette digue est rehaussée au fil des siècle mais ne reçoit les derniers travaux de protection, qui consistaient à «rehausser la banquette de quatre-vingt centimètres», qu'en 1959, lit-on dans Pierre d'Angle, la revue de l'ANABF. On approche de Montlouis, qui fait face à la région viticole de Vouvray. Ancien port, «la petite cité est citée pour la première fois au VIe siècle par l’historien Grégoire de Tours sous le nom de Mons Laudium», découvre-t-on dans un dépliant publié sur le site tourisme-montlouis-vouvray.fr. Depuis la place Courtemanche, voit-on encore dans le document, «des descentes pavées sur le quai servaient d’accès aux lavandières et aux pêcheurs. Utilisée pour la navigation et combinée à la viticulture, la Loire fut à l'origine du développement commercial de la ville. à l'aller, on débarquait les poissons de Nantes, la laine d'Espagne, les ardoises de Trélazé (49) et le sel ; au retour, bois et charbon d'Auvergne, forges et fontes de Vierzon, blé de Beauce et vins de Touraine»... A noter qu'un bac permettait de rejoindre le relais de poste aux chevaux de La Frillière à Vouvray. Il s'agissait du seul passage sur la Loire entre Tours et Amboise (à 13 km) avant la construction du pont ferroviaire en 1846. Après Lussault, notre chaussée arrive à Amboise par l’avenue de Tours.

Une vue d'Amboise depuis le pont de la ville (photo: Marc Verney, septembre 2023).

Au croisement de la Loire –navigable- et de plusieurs chemins d'importance (voie Orléans-Tours, route d'Espagne avant la fin du XVIIIe siècle) Amboise se développe «grâce à l'installation de ports commerciaux», mentionne patrimoine.centre-valdeloire.fr. En outre, l'implantation d'un pont y est rendue facile par l'île d'Or et l'île Saint-Jean (à présent rassemblées) et par la largeur de la Loire (700 m aujourd'hui) qui se réduit au niveau d'Amboise. Dès 1115, la cité s'avère suffisamment prospère pour que dès 1115, Hugues Ier d'Amboise fasse remplacer les vieux ponts par un pont de pierre. Puis Amboise devient ville royale en 1434. Durant plus d'un siècle, l'évolution de la ville est étroitement liée à celle du château et des rois qui y demeurent, soit totalement ou partiellement, comme Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier... Sous le règne de ce dernier, «le château d’Amboise devient un lieu de rayonnement pour la Cour de France», écrit le site chateau-amboise.com. Les plus grands artistes de l’époque y séjournent, faisant foisonner l’esprit de la Renaissance; c’est d'ailleurs à l'invitation de François Ier que Léonard de Vinci s’installe à Amboise, en 1516. Mais, en 1560, ce qui est appelé la conjuration d'Amboise est le prélude aux guerres de Religion; les conciliabules pour la déjouer se tiennent au domaine royal de Château-Gaillard (Wikipédia). Après la Renaissance, il faut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour qu’Amboise connaisse un nouvel essor, «avec l’arrivée du duc de Choiseul, l’implantation des premières manufactures et le développement du commerce sur la Loire», écrit ville-amboise.fr. Après le pont du Maréchal-Leclerc, on emprunte le quai Charles-Guinot en direction de Chargé. C'est là, écrit le site patrimoine.centre-valdeloire.fr, que la rive gauche du bord de Loire connaît à Amboise de grands changements au cours des XVe et XVIe siècles: «Elle va voir se mettre en place conjointement, la fortification de la ville, la levée de turcies pour protéger la ville du fleuve et l'émergence de trois ports» pour accueillir le trafic commercial. Auparavant dénommé quai des Violettes, ce lieu n'était pas particulièrement soigné par la ville. La route de Blois par la rive gauche de la Loire étant sujette aux inondations, la circulation se répartissait alors entre le coteau et le bord de Loire, raconte encore le site du patrimoine régional. Jusqu’à Chargé et au-delà, la route D751 suit de près le fleuve. Fin mars 1836, lit-on dans les Annales des Ponts et Chaussées, on classe «parmi les routes départementales d'Indre-et-Loire, le chemin d'Amboise à la limite du département du Loir-et-Cher, en prolongement de la route départementale n°3, qui prendra désormais la dénomination de route de Tours à Orléans par Amboise». Peu après Mosnes, la route entre dans le département du Loir-et-Cher. Voilà Rilly-sur-Loire, traversé avec la «rue Nationale». Nous ne sommes plus qu’à quatre kilomètres de l’une des merveilles de notre parcours, le château de Chaumont-sur-Loire, son village, son parc et ses jardins. C’est par la rue de Bellevue que nous entrons dans le bourg, qui s’allonge le long de la levée de la Loire.

La borne de limites départementales entre l'Indre-et-Loire et le Loir-et-Cher porte les marques des grandes crues du fleuve royal (photo: Marc Verney, septembre 2023).
Plaque de cocher à Chaumont-sur-Loire (photo: Marc Verney, septembre 2023).

Bien évidemment, tout le monde n'a ici d'yeux que pour l'imposant château qui domine la Loire... L'origine de la belle forteresse, raconte Jacques de Broglie, dans l'Histoire du château de Chaumont, est à chercher dans la rivalité entre les comtes de Blois et d'Anjou. Au Xe siècle, pour contrer les «ambitions belliqueuses» du terrible Faucon Noir d'Anjou, Foulques Nerra, Eudes Ier de Blois «établit une sorte de poste avancé sur la falaise de Chaumont, partie d'une lignes d'élévations qui forment une sorte de défense naturelle, protégeant vers le nord l'entrée du Blésois». Le chevalier normand Gelduin reçoit Chaumont et fait consolider la forteresse, détruite par la suite en 1465 par Louis XI pour punir Pierre Ier d’Amboise, impliqué dans la «Ligue de Bien Public» (complot contre le souverain), signale le site domaine-chaumont.fr. Le bâtiment sera relevé entre 1468 et 1481 puis de 1498 à 1511. Et c'est Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II, qui achète le Château en 1550. On est en présence d’un domaine très rentable avec le péage sur la Loire et de nombreuses terres agricoles. A la mort d’Henri II en 1559, son ancienne favorite, Diane de Poitiers, hérite de Chaumont. C'est elle, indique domaine-chaumont.fr, qui donne à la demeure «l’essentiel de sa physionomie actuelle». L’aile nord, qui donne sur la Loire est détruite en 1750 et remplacée par une vaste terrasse. Puis, en 1833, le comte d’Aramon, en possession des lieux, crée le parc. Mais c'est en 1884, que l’architecte paysagiste Henri Duchêne réalise le parc paysagiste que l'on connaît aujourd'hui. Chaque année désormais (depuis 1992), le très attrayant «festival des Jardins» y attire des visiteurs de la France entière... Nous devons, à regret, prendre la route en direction de Blois. La «route de Blois» traverse le village de Candé-sur-Beuvron. Le pont, qui s’y trouve à gauche de la nouvelle chaussée, et qui sert désormais à la circulation piétonne, doit avoir une grande ancienneté, puisqu'il est cité dans l'ouvrage L'intendance d'Orléans à la fin du XVIIe siècle. Quant au village de Candé, il est rapidement traversé par la route, qui file quasiment en ligne droite vers le carrefour de Tivoli, où l’on rencontre la «route de Montrichard à Blois» (l’ancienne R.N.764). On tourne à gauche en direction de Villelouet et de Chailles. Là, la route n°751 de 1959 passe le Cosson et se dirige vers la levée de la Loire, qu'elle suivra jusqu'aux premières maisons de Blois. Cette chaussée, (la levée de Chailles), est aménagée pour la «route de Loches à Blois» entre les années 1820 et 1840, écrit Wikipédia. C’est par le quai Aristide-Briand que l’on arrive dans le faubourg de Vienne, indépendant de Blois jusqu’en 1606. Jadis, la Loire était ici divisée en deux bras qui isolaient Vienne. Il y avait le bras principal qui passe sous le pont Jacques-Gabriel et un second passant sous les ponts Chartrains et les ponts Saint Michel qui furent pendant des années les seuls accès au quartier de Vienne depuis le sud. L’endroit «était autrefois un lieu de passage et de commerce, grâce à sa proximité avec la Loire. Les mariniers jouaient un rôle crucial dans le développement du quartier, transportant marchandises, vins, et idées», écrit le site bloiscapitale.com. Le passage de la Loire a eu très tôt ici une grande importance: dès le Ier siècle, un premier pont de bois est construit (dit pont antique), «dont les fondations sont visibles de nos jours, lorsque la Loire est à l’étiage», précise Wikipédia. L'ouvrage médiéval (XIe siècle) rompt en février 1716, emporté par la débâcle des eaux du fleuve. Treize arches sur vingt sont détruites, ainsi que les édifices qui y étaient bâtis. Dès le mois de novembre de la même année, le régent Philippe d’Orléans autorise la réalisation d'un nouveau pont, qui sera le premier ouvrage réalisé par le corps des Ponts et Chaussées. Jacques Gabriel, architecte des bâtiments du roi, en assura la conception. Les travaux, lancés en avril 1717, furent exécutés sous la surveillance de l’ingénieur Jean-Baptiste de Régemortes. Près d’un millier d’hommes furent liés au chantier, parmi lesquels 600 soldats du régiment de Piémont, ce qui a permis la fin des travaux sept ans seulement après leur lancement. «Au final, écrit blois.fr, c’est le premier des grands ponts modernes sur la Loire mais aussi le dernier en forme de dos d’âne prononcé. L’ouvrage comprend onze arches, mesure 283 mètres de long et est surmonté en son centre d’une obélisque, haute de 14,60 mètres». Plusieurs de ses arches sont détruites: en 1793, pour s’opposer au franchissement de la Loire par les Chouans, en 1870, pour retarder l’invasion prussienne, en juin 1940, pour retarder celle de l’armée allemande et le 16 août 1944, par les soldats nazis en déroute. Après ce pont, croisant la R.N.751 au niveau de la place Colonel-Henri-Rol-Tanguy, et coupant tout le quartier de Vienne, l’avenue du Président-Wilson a été percée en 1770 et ouverte à la circulation en 1776. Elle forme une levée surélevée destinée à protéger le quartier de Vienne des crues ordinaires et permet ainsi une circulation constante sur la route de Romorantin, écrit Sylvia Jouanneau-Bigot, de l'Inrap. Quand à la ville de Blois, située majoritairement sur la rive droite, c'est à l’aube de la Renaissance, en 1498, que le roi Louis XII y établit sa cour et en fait sa résidence royale. «Saccagée pendant la Révolution, qui détruit les emblèmes de la royauté, indique le site bloischambord.com, la ville se réveille sous l’impulsion du siècle de l’industrie: le chemin de fer, développé à partir de la machine à vapeur inventée par le Blésois Denis Papin, et les chocolats Poulain, fondés par un confiseur local, lui donnent un nouvel essor».

Une vue de Blois depuis les quais de la cité (photo: Marc Verney, septembre 2023).

En quittant Blois, on suit le quai Henri-Chavigny. Cette route d'Orléans -par la rive gauche- «faisait autrefois partie de l'ancienne route postale de Paris à Bordeaux, lit-on dans l'Histoire de Blois (1846). De Blois à Saint-Dyé, on suivait le val par le chemin bas qui commence à la métairie de la Bouillie, d'où il se dirige sur Saint-Claude et Montlivault. Les crues l'interceptaient souvent; mais à une époque où les communications étaient peu actives, on pouvait se contenter de cette voie incommode. Cette route fut peu fréquentée après l'établissement de celle de la rive droite par Beaugency et Menars (vers 1773). La route actuelle, établie sur la levée de Blois à Saint-Dyé, est préservée des crues, mais elle a l'inconvénient de ne point desservir les bourgs de Saint-Claude et de Montlivault que traversait l'ancien chemin». Cette ancienne voie est d’ailleurs bien dessinée sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée sur le Géoportail de l'IGN. Voici maintenant Saint-Dyé, petit bourg situé entre Loire et Sologne, à quelques kilomètres de l’incroyable château de Chambord dont il fut, au XVIe siècle, le port, par où débarquaient les matériaux pour le chantier. «L’afflux d’ouvriers, de mariniers et de gens de cour transforme la cité. Des demeures et des auberges apparaissent tandis que la vie s’organise en lien avec le fleuve», découvre-t-on sur le dépliant touristique et historique du village  publié sur le site petitescitesdecaractere.com. On traverse aujourd’hui les lieux avec la rue Nationale. Quatre kilomètres plus loin, voici Muides. On y trouve un impressionnant pont à poutre en béton sur la Loire. Long de 330 m, l'ouvrage, commencé en 1928, a été achevé en 1932. La «route d'Orléans» nous emmène maintenant à Nouan-sur-Loire puis à Saint-Laurent-des-Eaux, deux communes désormais fusionnées. Le nom de Saint-Laurent-des-Eaux, précise le site tourisme-saintlaurentnouan.fr, pourrait provenir «de la déformation de l'appellation Saint-Laurent-des-Aireaux, Aireaux signifiant ici petites terres, petites places, soit en raison des petites carrières qui commençaient à se créer autour du village suite au défrichement de la forêt, soit qu'il y eut une place pour battre le blé». On y a aussi déniché des restes d'un «vieux chemin Romy» en partie à l'emplacement de la route actuelle et au bord du coteau. Sous l'Ancien Régime, c'est à Nouan qu'il y avait un relais de poste après celui de Saint-Dyé. Beaucoup plus récemment, c’est à Saint-Laurent-des-Eaux que l’Etat français a construit à la fin des années soixante une centrale nucléaire de la filière uranium naturel graphite gaz dont les deux réacteurs ont été mis en service en 1969 et 1971 et arrêtés définitivement en avril 1990 et mai 1992.

Une route bien tranquille vers Nouan-sur-Loire (photo: Marc Verney, septembre 2023).

On prend désormais la direction de Lailly-en-Val (Loiret). Au lieu-dit la Croix-Blanche, notre R.N.751 historique (D951) croise la voie de Beaugency à la Sologne. En direction d’Orléans, voici un autre lieu-dit dénommé le «Chemin Rémy»… Cela mérite quelques explications: concernant le bourg de Cléry, à sept kilomètres au nord, un ouvrage de Louis Jarry relatant l'histoire de ce village mentionne «un ancien grand chemin appelé en 1389 le chemin Remy qui va d'Orléans à Blois». Ce qui semble bien être, poursuit l'Histoire de Cléry et de l'église collégiale et chapelle royale de Notre-Dame de Cléry, l'ancienne voie romaine d'Orléans à Tours. Cet itinéraire est aussi désigné comme «grand chemin de Paris à Tours et en Bretagne» dans La Guide des chemins de France de 1552. Une chaussée, écrit encore Louis Jarry, «qui passait au nord de la route actuelle construite au milieu du XVIIIe siècle par ordre du roi».  Après Mareau-aux-Prés, nous entrons dans le bourg de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, à moins de cinq kilomètres d’Orléans. C’est là que notre D951 franchit le Loiret non loin de Saint-Nicolas. Le pont a une longue histoire, découvre-t-on sur la page Wikipédia qui lui est consacrée. «Les documents historiques, signale l'encyclopédie en ligne, n’attestent de la présence d’un pont qu’à partir de l’extrême fin du XVe siècle, mais l’importance du chemin et la présence d’une maladrerie en haut de la côte de Saint-Hilaire dès le XIIe siècle peut laisser supposer que le pont existait dès cette époque». Long de 128 m, l'ouvrage actuel est constitué de huit arches d'ouverture de six à treize mètres (mesqui.net). On peut dire qu'il est l'héritier «en droite ligne» du pont originel tout en ayant subi -au fil des siècles- de nombreuses réparations en raisons des crues, des débâcles et des guerres... De 1861 à 1864, le pont est fortement restauré et élargi; sa largeur minimale passe à 7,80 m. A trois kilomètres, nous voilà à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, dernière localité avant l’agglomération orléanaise. Une «pointe marécageuse formée par la confluence de la Loire et du Loiret», tel était Saint-Pryvé Saint-Mesmin lorsque le roi Clovis en fit don au VIe siècle à son ami Euspice, archiprêtre de Verdun, écrit le site orleans-metropole.fr. L’avenue de Saint-Mesmin se prolonge jusqu’au quai de Prague, le long de la Loire, à Saint-Jean-de-Blanc, peu avant le pont George V, qui coupe le fleuve en direction d’Orléans-centre (on y croisait en 1959, la R.N.20). «La création de Saint-Jean-le-Blanc, raconte saintjeanleblanc.com, remonte à plus d’un millénaire. Il n'y avait, à l'époque, que quelques habitations mais les premières fondations de la ville datent de l'occupation romaine. D'authentiques dalles (pavés) ont été retrouvées au lieu-dit du "Pavé Romain", dit encore le site municipal. Ces vestiges composaient une route reliant les villes de Genabum (Orléans) et Gortona (Sancerre)». Enfin, Saint-Jean-le-Blanc fut un lieu déterminant dans l’opposition entre les armées anglaise et française durant la guerre de Cent Ans. Occupé par l'ennemi d'outre-Manche, Jeanne d'Arc dut y combattre avant de pouvoir libérer Orléans en mai 1429. Le quai de Prague, ancien «quai Neuf», sur lequel se trouve le tracé de la R.N.751 de 1959, a été rehaussé au courant du XIXe siècle à l’aide de matériaux tirés du lit de la Loire. Il est prolongé par le quai des Augustins et la rue du Général-de-Gaulle qui s’oriente vers Sandillon.

R.N.20: LIMOUSINES EN PYRENEES...
La N20 de 1959 relie Paris à l'Espagne en passant par... Orléans, Vierzon, Limoges, Toulouse... une route qui coupe la France en deux du nord au sud. Une belle chevauchée... (lire)

Plaque de cocher aux Trois-Cheminées (photo: Marc Verney, septembre 2023).

Le bourg de Sandillon se trouve à 12,5 km de Saint-Jean-de-Blanc. La carte d’état-major du XIXe siècle (1820-1866) publiée par le Géoportail de l'IGN montre une «route d'Orléans à Gien» qui recoupe le tracé actuel de la D951. «L'oeuvre la plus importante qui signala parmi nous les règnes de Louis XVIII et de Charles X fut la construction de la route départementale si heureusement substituée à l'ancien chemin d'Orléans à Gien», raconte d’ailleurs l'abbé E. Duchâteau dans son ouvrage Souvenirs historiques de la ville et du canton de Jargeau (1874). On approche de Jargeau. Le site du bourg, appelé à l'époque gallo-romaine Gargogilum, écrit Wikipédia, «se situait au nord d'une boucle de la Loire, aujourd'hui disparue, comme l'atteste la présence de turcies» (les anciennes digues). Une importante bataille de la guerre de Cent Ans s'y déroule. Alors que les troupes anglaises occupent la ville depuis novembre 1428, les soldats français, menés par Jeanne d'Arc, qui est chargée de sécuriser la route que le dauphin va suivre jusqu'à Reims, lieu de son sacre, vont attaquer la localité en juin 1429. La «pucelle d'Orléans» y est blessée à la tête mais les Français seront vainqueurs. D'autres victoire s'ensuivront, à Meung-sur-Loire- Beaugency et Patay, ce qui permettra le couronnement de Charles VII… Vers Tigy, la carte de Cassini (XVIIIe) ne montre pas de route en direction de Gien. On note néanmoins, que, le 22 avril 1833, est classé parmi les routes départementales du Loiret, «le chemin d'Orléans à Sancerre par Jargeau, Sully, Gien et Beaulieu», indiquent les Annales des Ponts et Chaussées de cette année-là. On entre dans Tigy par la rue du Val. Situé sur la route d’Orléans à Gien, ce bourg, situé entre Val-de-Loire et Sologne, comptait jadis plusieurs auberges, écrit le site du village tigy.fr. Sully est à quatorze kilomètres. On se rapproche à nouveau au plus près de la Loire au hameau de Bouteille. Situé sur la levée, au bord du fleuve, raconte tourismeloiret.com, l'endroit a conservé «ses aménagements portuaires des XVIIIe et XIXe siècles. On peut surtout y admirer l’ancienne tuilerie et son four daté de 1869, rare témoignage d’une industrie traditionnelle solognote». C'est aussi ici, dit loiretbalades.fr, que commence la levée construite au XVIe siècle sur une longueur de 42 kilomètres jusqu'à Orléans et qui devait prévenir tout détournement des eaux en crue mais qui n'a pas pu éviter les funestes inondations de 1846, 1856 et 1866... La D951 nous emmène maintenant vers Sully-sur-Loire, localité que l'on aborde par le faubourg Saint-Germain. La petite cité s’épanouit au pied de son beau château, mentionné dès 1102, qui contrôlait un premier pont sur la Loire qui a disparu dès le XIVe siècle. C'est en 1602 que Maximilien de Béthune entre en possession du château en achetant à Claude de La Trémoille la baronnie de Sully-sur-Loire. Celle-ci est érigée en sa faveur en duché-pairie en 1606, faisant du futur grand Sully le premier duc du nom (Wikipédia). L'homme a à son actif l'ouverture de grandes voies de communication. Il fait creuser plusieurs canaux, notamment le canal de Briare qui relie la Seine à la Loire, commencé en 1604 et achevé en 1642. Pour favoriser la marine, il fait aussi planter des milliers d'ormes au bord des routes (les fameux ormes de Sully). En 1959, notre R.N.751 y croise la route nationale 448 entre Villeneuve-Saint-Georges et Argent-sur-Sauldre par Malesherbes.

A Lion-en-Sullias, cette borne marque l'exact milieu du trajet de la Loire (photo: Marc Verney, juillet 2023).
Encore une belle plaque de cocher à Lion-en-Sullias (photo: Marc Verney, juillet 2023).

Passée la Cité Jeudy, la D951 met le cap sur Saint-Aignan-le-Jaillard, petit bourg situé à 23 km de Gien. La «rue Nationale» y traverse la Sange, la petite rivière qui sert à abonder en eau les fossés du château de Sully. Les paysages sont apaisés, bucoliques… On se rapproche à nouveau de la Loire à Lion-en-Sullias, où l'on remarque une «Vieille Route» sur les cartes IGN contemporaines… En effet, la chaussée ancienne, qui passait au ras du château du Puy, traversait les Grands-Bois pour s'achever au coeur du village à la Maison-Haute. L’actuelle «route de Sully» passant plus au nord. On a retrouvé les traces d'un décret impérial d’août 1868 qui porte sur les travaux de rectification de la route départementale n°2 du Loiret, d'Orléans à Sancerre, dans la partie dite des «côtes du Puits», sur le territoire de la commune de Lion-en-Sullias. C'est aussi dans ce bourg qu'a été installé «une borne symbolique de la distance à mi-parcours de la Loire de sa source à son embouchure (462 km)», signale le site valdesully.fr. Un peu plus loin, notre route croise le tumulus dit de «la Butte aux Druides», un vestige artificiel de l'Antiquité de 20 mètres de hauteur et de 70 mètres de diamètre; «il servait de sépulture princière, mais aussi de borne-frontière quand, à l’époque gauloise, se côtoyaient les Carnutes et les Bituriges», explique le site internet de la communauté de communes du Val de Sully. Et, sur la gauche de la chaussée, voilà le domaine de la Ronce, une bâtisse qui est célèbre pour y avoir accueilli Voltaire lorsqu’il avait besoin de se faire oublier de Paris, invité par la famille De Corsembleu de Sully... A cinq kilomètres, voilà Saint-Gondon, traversé par la Quiaulne, un «village de caractère» fortifié au XVe siècle et qui possède un riche patrimoine architectural, dominé par les ruines de son donjon du XIe siècle (tourismeloiret.com). La «route de Gien» s’en échappe pour atteindre Poilly-lez-Gien. «A l'époque gallo-romaine, relate Wikipédia, une chaussée élevée aurait protégé le village contre les crues de la Loire et placé la voie Orléans-Sancerre à l’abri du flot». Le gentilé (nom des habitants) est mignon : les Pollissons. Il est aussi intéressant de noter que la route de Sully à Gien s'interrompt à la hauteur de Poilly-lez-Gien sur la carte de Cassini (XVIIIe) publiée sur le site de l'IGN et que les voies vers Bourges et Châtillon partant de Gien y sont mentionnées en pointillés (projet, travaux...). A Gien, on croise la R.N.140 de 1959 (route de Bourges) à la hauteur de la place Foch dans le faubourg du Berry (rattaché à Gien en 1857). En 1246, un premier pont de pierre est construit sur la Loire entre ce faubourg du Berry et le centre-ville; le pont actuel du XVIIIe siècle en inclut encore certaines parties, signale Wikipédia. Incorporée au royaume de France en 1199, Gien va alors prospérer, et atteindre son apogée au XVe siècle sous le mécénat d’Anne de Beaujeu, rapporte le site gien-tourisme.fr. Mais la cité ligérienne ne cesse de souffrir des affrontements (Armagnacs contre Bourguignons, la Fronde…) et des méfaits des guerres (Guerre de Cent Ans, guerres de religion, Seconde Guerre mondiale…). Lors de ce dernier conflit, le bombardement du centre-ville entre le 15 et le 18 juin 1940 par les Allemands sera particulièrement dévastateur. A la Libération, après les frappes alliées cette fois, «ce ne sont pas moins de 422 immeubles qui sont déclarés totalement détruits et 921 partiellement endommagés» (pop.culture.gouv.fr). Voulue dès l’été 1940 par le nouveau régime de Vichy, la reconstruction de la cité (un plan existe dès novembre 1940), placée sous la responsabilité d’André Laborie, va s'accélérer dès le 10 novembre 1945 avec l'adoption du projet. l’objectif du responsable des travaux est clair: «Faire de Gien une ville moderne tout en conservant son cachet de ville touristique». Ainsi, explique pop.culture.gouv.fr, «un certain nombre d’éléments essentiels –paysages, décors, matériaux– sont identifiés, ils définissent une esthétique "val de Loire" qui doit donc se retrouver dans les bâtiments reconstruits».

R.N.140: ROULEZ VERT!
Jusqu'à Figeac, par Bourges, Guéret, Tulle... la route nationale 140 historique fait un sacré bout de chemin en travers de l'Hexagone! L'occasion de se promener au milieu des plus beaux paysages! (lire)

L'arrivée à Gien (photo: Marc Verney, juillet 2023).
Jolie plaque émaillée à Châtillon-sur-Loire (photo: Marc Verney, juillet 2023).

La dernière partie de la R.N.751 (D951), la «plus longue» des nationales secondaires historiques, nous emmène en direction de Sancerre et Cosne-Cours-sur-Loire. On passe tout d’abord au large de Saint-Martin-sur-Ocre puis de Saint-Brisson-sur-Loire. Mais c’est à Saint-Firmin-sur-Loire que notre chemin rencontre une des merveilles de l’ingénierie française, le pont-canal de Briare. Construit entre 1890 et 1894 sous la direction de l’ingénieur des Ponts et Chaussées Léonse-Abel Mazoyer, l'ouvrage permet de relier le canal latéral à la Loire (1838) au canal de Briare (1642), tout en enjambant le grand fleuve français, dit le site vnf.fr. Long de 662 mètres, c'est le plus grand pont-canal métallique de France. Les fondations et structures maçonnées sont réalisées par l’entreprise Eiffel, précisent les Voies navigables de France. A l’origine, la Loire était traversée par l’écluse de Mantelot, à Châtillon-sur-Loire en rive gauche, et par l’écluse des Combles, entre Briare et Ousson, en rive droite, une opération périlleuse en temps de crue et par basses eaux. Très vite, voici Châtillon-sur-Loire où notre chaussée D951 franchit le canal latéral à la Loire. Territoire de forte implantation protestante, la ville souffre après l’interdiction de ce culte, en février 1684. En majorité des vignerons et artisans, les protestants de Châtillon fuient en grand nombre «en Suisse, en Allemagne ou en Hollande», écrit le site chatillon-sur-loire.com. On y suit la Grande-Rue, puis la rue de Sancerre qui nous emmène en direction de Beaulieu-sur-Loire. Ancienne bourgade fortifiée, celle-ci garde de nombreux vestiges de son passé, comme une partie des remparts encore visible le long du ruisseau des Cézains (beaulieu-de-france.com). Puis, par Maimbray, notre route s’approche de Belleville (Cher). De là, la R.N.751 historique reste au plus près du canal latéral à la Loire jusqu’à son aboutissement au lieu-dit les Fouchards face à Cosne-Cours-sur-Loire. Léré, dernier bourg d’importance avant la fin du voyage, protégé par les fortifications qui datent de Philippe Auguste, est devenu autonome par décision de Philippe VI de France, précise l'encyclopédie Wikipédia. De Léré au carrefour avec la R.N.455 historique, il y a 7 km. Il ne reste plus que la Loire à traverser sur un pont suspendu de 1959 pour rejoindre Cosne (Nièvre) et la fameuse N7!

Plaque de cocher à Saint-Firmin (photo: Marc Verney, juillet 2023).
Rare panneau Michelin Stop en bord de D951 (photo: Marc Verney, juillet 2023).
Plaque Michelin de la R.N.726 à Beaulieu (photo: Marc Verney, juillet 2023).

Marc Verney, Sur ma route, mars 2026

R.N.7: LES MILLE BORNES
La N7 est sans doute la plus connue de nos nationales historiques. Voilà la plus sympathique des balades vers la Côte... (lire)

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