Borne Michelin le long de la levée de la Divatte en bord de Loire (photo: MV, juin 2025). La photo a été retouchée.
Anciens panneaux Michelin visibles sur la levée de la Divatte (photo: MV, janvier 2013).
Belle vue sur la Loire à Champtoceaux (photo: Marc Verney, juin 2025).
Un monument en hommage à Notre Dame de Lorette, patronne des aviateurs sur la «Corniche angevine» (photo: Marc Verney, juin 2025).

LOCALITES traversées par la R.N.751 (1959):
Pointe-Saint-Gildas
Préfailles
La Plaine-sur-Mer
Sainte-Marie
Pornic
Arthon-en-Retz
Chéméré
Le Pont-Béranger
Port-Saint-Père
Bouaye
Tournebride (N23)
Rézé (N137)
Pont-Rousseau
Saint-Sébastien-sur-Loire
Boire-Courant
La Chebuette
La Varenne
Champtoceaux
Drain
Liré
Bouzillé
Le Marillais
Saint-Florent-le-Vieil
Le Mesnil-en-V.
Montjean
Chalonnes (N161B)
Ardenay
La Haie-Longue
Rochefort-sur-Loire
Denée
Mûrs-Erigné (N161)
Juigné
Saint-Jean-de-Mauvrets
Saint-Saturnin
Coutures
Gennes
Cunault
Chênehutte-les-T.
Saint-Lambert-des-Levées
Saumur (N138, N160)
Montsoreau (N147)
Candes-Saint-Martin
Thizay
Saint-Lazare (N749)
Chinon
Azay-le-Rideau
Ballan
Joué-les-Tours
(N10)

Panneau Michelin non loin de Coutures (photo: MV, juin 2025).

D'AUTRES RESSOURCES autour de la nationale 751 historique:
-la page Wikipédia consacrée à cette route (lire).
-la page Wikisara (lire).

La route après Rochefort-sur-Loire (photo: MV, juin 2025).
La Loire, vers Chênehutte-les-Tuffeaux (photo: MV, juin 2025).
AMI LECTEUR: les textes, photos et dessins de ce site sont soumis au droit d'auteur. Pour toute autre utilisation, contacter l'auteur de Sur ma route. Merci de votre compréhension...
A VOIR, A FAIRE
Pornic: on peut jeter un œil au château, restauré au XIXe et ancienne propriété de Gilles de Rais. Vers l’ouest, la corniche de la Noëveillard et une randonnée en direction de la pointe Saint-gildas. De l’autre côté, la corniche de Gourmalon et le sentier des Douaniers.
Port-Saint-Père: le lac de Grandlieu. classé comme réserve naturelle nationale pour sa plus grande partie, c'est un milieu très favorable pour l'anguille d'Europe. L'endroit, indique Wikipédia, est habité par plusieurs centaines d'espèces animales, dont environ 270 espèces d'oiseaux, ce qui le place au deuxième rang en France en termes de richesse ornithologique, après la Camargue. En raison de son classement en zone protégée, l'accès au lac de Grand-Lieu est très restreint, et, quoi qu'il en soit, bien difficile. On peut s'en approcher à Bouaye au nord, ainsi qu'à Saint-Aignan-Grandlieu au lieu-dit la Pierre Aigüe, et à la maison des pêcheurs de Passay à La Chevrolière à l'est.
Nantes: on ne doit pas rater la visite du château des ducs de Bretagne et son musée d’histoire de la ville… Dans la cité ancienne, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, le quartier du Bouffay. Vers la place Graslin, le passage Pommeraye, symbole de la ville. Le quartier de «l’île» Feydeau, l’allée Turenne et la rue Kervégan. L’île de Nantes et la prairie aux Ducs (site des Machines). Et aussi le musée Jules-Verne, la tour LU, le musée des Beaux-Arts…
Champtoceaux: le bourg, ancienne cité médiévale d’importance, bâti sur un à-pic de 70 mètres au dessus de la Loire, mérite une visite. Belle vue depuis le belvédère.
Liré: le musée Joachim du Bellay. Cinq salles y présentent le voyage du poète, des rives de la Loire angevine à Rome, en Italie. De l’autre côté de la Loire, la petite ville d’Ancenis, son château et, là aussi, un joli point de vue sur le fleuve.
Saint-Florent-le-Vieil: c’est une des villes d’Anjou parmi les plus chargées d’histoire. A l’origine des terribles guerres de Vendée, c’est là que la révolte éclate après le tirage au sort des conscrits appelés à rejoindre l’armée républicaine, en 1793. A voir, l’église abbatiale, le musée d’Histoire locale, la maison de Julien Gracq…
Montjean-sur-Loire: d’impressionnants fours à chaux marquent le paysage. Ainsi, le chevalement du puits de la Tranchée, culminant à 32 mètres de hauteur ne passe pas inaperçu. Cet édifice, inscrit aux monuments historiques depuis 2004, témoigne du passé minier et chaufournier de la commune. De l'autre côté du fleuve, Champtocé-sur-Loire et les ruines du château de «Barbe-Bleue».
Chalonnes-sur-Loire: Oenotourisme et «Corniche angevine». Entre Chalonnes et Rochefort, la route se tortille joliment et surplombe la vallée de la Loire (panoramas). Au niveau de la Haie-Longue, on se souvient des exploits de René Gasnier, un des pionniers de l’aviation, en 1908.
Rochefort-sur-Loire: un circuit balisé (avec guide) permet de faire le tour des lieux.
Mûrs-Erigné: à 8,5 km, au sud-est, le château de Brissac, bâti à la fin du XVe siècle. Au nord, après les Ponts-de-Cé, voilà Angers. on admire son incroyable château aux tours bichromes, construit au début du XIIIe sur ordre de Saint-Louis. La cathédrale Saint-Maurice (XIe-XIIIe). La vieille ville et ses demeures à pan de bois, comme la maison d’Adam (XVe). En traversant la Maine: le musée Jean-Lurçat de la tapisserie, les vieux hôtels particuliers de la Doutre, l’abbaye du Ronceray et l’église de la Trinité.
Coutures: voilà l'atelier-galerie du peintre Richard Rak, un site troglodytique exceptionnel qui domine la grande plaine de ce village. Non loin, se trouve l’Hélice Terrestre de l’Orbière, un village troglodytique creusé et organisé par Jacques Warminski, un artiste local.
Gennes: ancien site religieux gallo-romain (restes de l’amphithéâtre). Perchée sur la colline, voici l’église Saint-Eusèbe (XIe et XIIe siècles). Mémorial des cadets de Saumur, qui opposèrent une farouche résistance à l’envahisseur allemand, en juin 1940.
Cunault: un ravissant village avec la belle église romane Notre-Dame.
Chênehutte-les-Tuffeaux: encore un charmant village.
Saumur: le château (XIe, XVe siècles), représenté sur l’enluminure des Très Riches Heures du duc de Berry. En 1906, il est acheté par la ville de Saumur qui entreprend sa restauration pour abriter le musée municipal. L'église Saint-Pierre, au coer du quartier du même nom (nombreuses demeures anciennes). Les hôtels particuliers du quartier du Temple. Promenade sur le quai Mayaud. Les églises Notre-Dame-des-Ardilliers (ancien pèlerinage) et Notre-Dame-de-Nantilly (tapisseries). l'île d'Offard (vue) et le château-musée Anako de la Reine-de-Sicile. Par ailleurs, situé dans les anciennes écuries du Cadre Noir, le musée de la Cavalerie retrace l’histoire de la cavalerie militaire française, de Charles VII aux chars d’aujourd’hui. Ce qui nous amèbe logiquement au musée des Blindés, qui dispose de 800 véhicules, dont 250 exposés au public. Un lieu amusant: le parc troglodyte Pierre et Lumière où l'on découvre une vingtaine de sculptures représentant les plus beaux monuments du Val-de-Loire taillées dans la pierre de tuffeau.
Montsoreau: à la confluence de la Vienne et de la Loire, le château, construit en 1455, à fière allure. Vieilles demeures dans le charmant village, vues sur la Loire depuis le coteau. A 4,5 km au sud, l’abbaye de Fontevraud (qui fut une prison jusqu’en 1985!).
Candes-Saint-Martin: encore un village de charme! Un petit parcours de quatre kilomètres fait grimper les visiteurs jusqu’à la -bien nommée- rue du panorama. Voir la collégiale Saint-Martin.
Chinon: entourée de la Vienne et de nombreux vignobles, la forteresse royale de Chinon est un témoignage médiéval unique en Val-de-Loire! A visiter aussi, le centre ancien, les quais, la Sainte-Chapelle Radegonde (musée des arts et traditions populaires du Chinonais). Au nord de la ville, le célèbre vignoble de Bourgueil.
Azay-le-Rideau: joyau de la Renaissance française, voilà le fameaux château, édifié sous le patronage de François Ier sur le cours de l'Indre. Promenade de 1,4 km dans les rues du centre à la découverte du patrimoine urbain (guide à l’office du tourisme).
Tours: ville majeure, Tours ne se laisse pas découvrir en un tournemain… Mais il est particulièrement agréable de se promener dans le Vieux Tours, autour de la place Plumereau, où les voies piétonnes sont bordées de très anciennes maisons. On peut aussi visiter le musée des Beaux-Arts, situé dans le palais des Archevêques. La cathédrale Saint-Gatien (XIIIe-XVIe siècle), montre bien toute l'évolution du style gothique au fil des ans. Enfin, vers le pont Wilson, on peut admirer la perspective de la Tranchée et les vieilles demeures restaurées dans le sympathique quartier Saint-Julien.
Panneau Michelin un peu amoché vers Ballan (photo: MV, juin 2025).

SOURCES ET DOCUMENTS: Atlas des grandes routes de France, Michelin (1959); carte n°63 Vannes-Angers, Michelin (1942); carte n°67 Nantes-Poitiers, Michelin (1974); Annales des Ponts et Chaussées, Carilian-Goeury et Victor Dalmont (1852); Chinon et ses monuments, notice historique et archéologique, M.G. de Cougny, imprimerie Neveu et Dehaies (1889); Dictionnaire historique et géographique, Jean Ogée, Vatar, imprimeur (1780-1789); Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, Célestin Port, Lachèse et Dolbeau libraires, Angers (1876, 1878); Géographie historique et descriptive de la Loire-Inférieure, Léon Maître, imprimerie Emile Grimaud et fils (1899); Guide diamant La France, Adolphe Joanne, Hachette (1878); Histoire de Pornic et du château de Barbe-Bleue, A. Bouyer, imprimerie La vague (1951); Itinéraire général de la France, de la Loire à la Garonne, Adolphe Joanne, Hachette et Cie (1881); La Loire historique, pittoresque et biographique, Georges Touchard-Lafosse, Adolphe Delahays, libraire (1856); «Note sur le camp de Turpenay», M.G. Thomas, Bulletin monumental, ou collection de mémoires sur les monuments historiques de France, Société française d'archéologie pour la conservation et la description des monuments nationaux, M. de Cougny, imprimeur Bouserez, Tours (1873); Sainte-Marie du pays de Retz, Pierre Gascoin, Nouvelles éditions latines (1976); anjou-vignoble-villages.com; archives.touraine.fr; azaylerideau.fr; cheille.fr; cheminscreux.wordpress.com; divatte.e-monsite.com (Association intercommunale de défense de la levée de la Divatte); gertrude.paysdelaloire.fr; intramuros.org; les-garennes-sur-loire.fr; mavieenloireatlantique.fr; oreedanjou.fr; osezmauges.fr; ot-saumur.fr; patrimonia.nantes.fr; paysderetzsite.free.fr; petitescitesdecaractere.com; pornic.com; pornic.fr; prefailles.fr; rando.loire-atlantique.fr; rochefortsurloire.fr; shpr.fr; ville-chinon.com; wiki-anjou.fr; Wikipédia, Wikisara. Remerciements: le Géoportail de l’IGN.





Ces belles routes de France...
R.N.751: CHAUSSEE SUR LOIRE (I)
Longue et sinueuse, la route nationale 751 relie, en 1959, la pointe de Saint-Gildas, près de Pornic, à Cosne-Cour-sur-Loire (lieu-dit les Fouchards) dans la Nièvre. C’est un incroyable parcours, majoritairement façonné sur les bords de la Loire, ce fleuve ample et capricieux, tout au long duquel ont été érigées de hautes digues sur lesquelles la chaussée est souvent juchée. Composée en 1933 par la juxtaposition de nombreux chemins de grande communication, de routes départementales… la R.N.751 accumule un joli nombre de kilomètres au compteur, 500 environ, qui lui font traverser les plus aimables paysage de la «douce France». Voilà Pornic et le pays de Retz, Nantes, Angers, Saumur, Tours, Blois, Orléans, Gien et Briare… Promenade touristique par excellence, elle s’abrite à l’ombre des plus beaux châteaux de la Loire, comme Azay-le-Rideau ou Chaumont-sur-Loire... Notre première étape nous emmène de Pornic à Tours. Un parcours effectué au cours du printemps 2025.

La R.N.751 à l'extrémité est de la levée de la Divatte, vers Nantes (photo: Marc Verney, juin 2025). En cliquant sur l'image, vous pourrez bientôt poursuivre le voyage.

Notre route débute à la pointe Saint-Gildas (Loire-Atlantique -anciennement Loire-Inférieure). C’est un petit bout de terre pointé vers l’Atlantique, au sud de la Bretagne, dans le pays de Retz. «Autrefois, lieu de bataille et d'incursions barbares, c'est désormais un endroit hautement touristique avec près d'un demi-million de visiteurs par an», écrit le site pornic.com. Son nom, explique Wikipédia, vient de saint Gildas qui y aurait débarqué au VIe siècle. Elle était anciennement dénommée «pointe de Chevêché» jusqu'en 1750. Les premiers tours de roue nous font longer les anses sablonneuses de la Pointe et de la Hutte avant d’aborder le village de Préfailles, qui a d’abord «tenu sa prospérité de sa source ferrugineuse à Port-Meleu», indique prefailles.fr. «Entre 1880 et 1910, continue le site municipal, l’afflux des touristes avait pris une telle importance qu’une demi-douzaine d’hôtels suffisait à peine à les accueillir». Dans la région, le tourisme connaît son essor grâce à l'amélioration des transports. Ainsi, «le "petit train de Pornic à Paimboeuf" desservait le littoral du Pays de Retz. Inaugurée le 20 août 1906, la ligne sera désaffectée en juin 1938 pour être remplacée par l'autocar», signale pornic.com. Sur les cartes publiées par le Géoportail de l’IGN, nulle trace du tracé de la route sur celle du XIXe siècle, même au-delà de Pornic, en direction d’Arthon-en-Retz… Après la Plaine-sur-Mer, la R.N.751 de 1959, qui n’est aujourd’hui qu’une toute petite voie de campagne, se dirige vers Sainte-Marie-sur-Mer par le Portmain et le Porteau. L'ouvrage Sainte-Marie du pays de Retz de Pierre Gascoin mentionne «d'importants travaux de déblaiement entrepris entre le bourg et les Vallées» pour l'établissement au milieu du XIXe siècle d'une route côtière reliant Sainte-Marie à Pornic. Puis on entre dans Pornic par la rue de la Noëveillard. «Le site de Pornic est occupé depuis des millénaires», écrit le site officiel de la ville, pornic.fr. Les premiers siècles de notre ère sont marqués par de nombreuses invasions: «Le pays de Retz, signale encore le site municipal, attire les convoitises des Romains, Sarrasins, Vikings. Ces derniers, notamment, le pillent et l’occupent en partie du VIIIe siècle jusqu’au milieu du Xe siècle». Face à ces raids vikings, une forteresse, dont il ne subsiste rien, est d'ailleurs érigée au Xe siècle par le duc de Bretagne, Alain Barbetorte. C'est en 1083 que le nom de Pornic apparaît pour la première fois dans les archives. «En 1438, Gilles de Laval, baron de Retz, dit "Barbe-Bleue", maréchal de France, est possesseur du château. A sa mort, il appartint aux ducs de Bretagne», lit-on dans l'Histoire de Pornic et du château de Barbe-Bleue. Si le petit port est très disputé au fil des siècles entre Anglais, Bretons, Français, c'est depuis le XVIIe siècle, que les lieux sont un important port de pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve au Canada et deviennent parallèlement un important port marchand, raconte le site pornic.com. Les chantiers navals se développent fortement. Peu d’informations sur les routes locales à l’époque, on lit cependant dans l'Histoire de Pornic et du château de Barbe-Bleue qu’en 1756, «on répare, par corvée, les grands chemins de la paroisse sous la conduite d'un piqueur et grand voyeur nommés par la province». Après la Révolution française, les fidèles à la royauté restent nombreux, notamment en Vendée voisine. Et, le 23 mars 1793, Pornic est attaquée par les insurgés vendéens. Quatre jours plus tard, ils mettent le feu à la ville, plutôt favorable aux idées républicaines. Le XIXe siècle voit la cité devenir prospère: les bains de mer s’organisent, les quais du port sont bâtis au milieu du siècle, plus de mille navires fréquentent les eaux de Pornic en 1835, signale pornic.com. Quarante ans plus tard, le petit port est à la mode, des peintres, des écrivains y viennent en villégiature grâce à la liaison ferroviaire de Nantes à Pornic opérée par la Compagnie des chemins de fer nantais (CFN). «Le tracé reprend celui de l'ancienne diligence, et passe donc par Pont-Rousseau, Sainte-Pazanne, Saint-Hilaire-de-Chaléons, les Moutiers, La Bernerie et Le Clion», précise patrimoine-archives.reze.fr. Avant la voie ferrée, les touristes de l’époque se rendaient donc à Pornic par Paimboeuf ou Bourgneuf, écrit l'Histoire de Pornic et du château de Barbe-Bleue: «Dans le premier cas, ils descendaient la Loire jusqu'à cette ville par le bateau à vapeur correspondant avec une diligence attelée de quatre chevaux». La Seconde Guerre mondiale apporte son lot de douleurs: Pornic sera l’une des dernières villes libérées de France, le 11 mai 1945… En effet, les troupes allemandes y ont tenu, d’août 1944 à mai 1945 la «poche de Saint-Nazaire» qui englobait une vaste partie du pays de Retz.

Une vue du port de Pornic (photo: Marc Verney, juin 2025).

On quitte Pornic par les rues du Général-de-Gaulle et de Nantes. «Au début du XIXe sècle, le chemin des Loups, boueux l'hiver, fut élargi et prolongé jusqu'à la chaussée des Moulins. Il devint la rue de Nantes» signale l'Histoire de Pornic et du château de Barbe-Bleue. Une longue ligne droite -au sud du canal de Haute-Perche- nous emmène jusqu’à Arthon-en-Retz. En 1878, Adolphe Joanne, dans son Guide diamant La France, évoque «une route de voitures» par Port-Saint-Père s'amorçant au Pont-Rousseau (aux portes de Nantes), et passant par Bouaye, Chéméré et Arthon-en-Retz, où nous entrons par la rue de Pornic. Le village est «mentionné pour la première fois dans le cartulaire de Redon, au XIe siècle», lit-on sur le site rando.loire-atlantique.fr. Deux éléments gallo-romains ont été mis au jour, poursuit ce site: une villa et un aqueduc. Celui-ci, «construit au IIe siècle, servait à acheminer l’eau de la fontaine Bonnet au bourg d’Arthon-en-Retz pour alimenter notamment des thermes». Ce qui indiquerait une localité relativement importante. «Ce territoire est bien cultivé et fertile en grains, et surtout en froment. Il renferme quelques landes que l'on défriche tous, les jours, de bons pâturages, des bois et des marais où l'on voit des prairies abondantes», écrit le Dictionnaire historique et géographique de Jean Ogée (1778-1789). Après avoir passé la rue du Cheval-Blanc, c’est l’avenue Arthus-Prince qui nous emmène en direction de Chéméré, village tout proche, désormais fusionné avec Arthon. A la Révolution, écrit Wikipédia, ce village connaît des heures difficiles: «Situé dans la Vendée militaire, il fut victime de représailles républicaines. Ainsi, l'ensemble du bourg, dont l'église, fut brûlé en 1794». On y trouvait un relais de poste. La carte d’état-major du XIXe siècle (1820-1866) publiée sur le site Géoportail de l’IGN montre une chaussée se juxtaposant avec l’actuelle rue de Nantes. A sept kilomètres de là, voilà le Pont-Béranger, un lieu de passage historique «situé sur la route de Nantes à Pornic», signale paysderetzsite.free.fr. On y trouvait autrefois un ancien pont médiéval sur la rivière Blanche. Le nom de ce pont, poursuit le site, viendrait d'un comte breton de Rennes: Juhel Bérenger. Au Xe siècle, celui-ci chassa les Normands qui occupaient la région à cette époque, période de réouverture de nouvelles voies de communication. «Au début du XIXe siècle, l'ouvrage est devenu obsolète. Un deuxième pont est construit, à proximité», écrit encore paysderetzsite.free.fr. Aujourd’hui, un échangeur routier d’importance recouvre les lieux. Encore sept kilomètres et voici Port-Saint-Père. «La première mention écrite de Port-Saint-Père date du XIIe siècle», mentionne le site shpr.fr de la Société des historiens du pays de Retz. La commune, relate tout d'abord bretagne-decouverte.com, est «un lieu de passage important entre Nantes et l’Atlantique sur la route du sel (de Bourgneuf à Nantes), comprenant des relais de diligences et des auberges». Au XIXe siècle, l'essor économique du bourg de Port-Saint-Père permet aux infrastructures de la commune de se renouveler, rapporte le site shpr.fr. «Tout d’abord, le pont de pierre (sur l'Acheneau, ndlr) est construit vers 1830. Ensuite, le réseau routier s’étend énormément entre 1843 et 1861, période durant laquelle on compte dix-huit kilomètres de chemins vicinaux supplémentaires».

La traversée du pays de Retz est un tantinet monotone par la chaussée actuelle (photo: Marc Verney, juin 2025).

En 1959, la R.N.751 rejoint Bouaye, à cinq kilomètres de Saint-Léger-les-Vignes. Au Moyen Age, raconte le site shpr.fr, les moines de Buzay accordent des droits de pêche sur le lac de Grand-Lieu au seigneur de Machecoul. Grâce à l’Etier (non loin du lac), Bouaye reste un lieu de pêche jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Puis les habitants se lancent dans la production de céréales, de foin et de vin. Au XIXe siècle, c'est après ce village que la R.N.23, venue de Paimboeuf, se superpose un temps à la nationale 751 ainsi que le montre une carte de 1850 reproduite sur le site de la Société des historiens du pays de Retz. Pour aller vers Nantes, les choses se compliquent après la construction de l’aérodrome de Nantes-Château-Bougon (aujourd’hui Nantes-Atlantique). En effet, sur la carte d’état-major du XIXe (1820-1866) publiée par l’IGN, la chaussée file sans encombre en direction de Pont-Rousseau. «L'ancien chemin de Nantes au pays de Raiz (Retz auj.), après avoir franchi le pont Rousseau, pont connu dès le XIe siècle, traversait Rezé à la Haussaie, s'approchait du Chaffaut sur Bouguenais et passait sur les landes de la Cassetterie (Bouaye) où les défricheurs l'ont rencontré en 1771», écrit d’ailleurs Léon Maître dans la Géographie historique et descriptive de la Loire-Inférieure (1899). Mais tout change après la mise en place de la plate-forme aéroportuaire. En 1928, signale Wikipédia, un premier camp d'aviation militaire est créé sur un terrain de 50 hectares au bord de la route de Nantes à Paimboeuf près du château de Bougon. Puis, en 1934-1935, c'est une usine Bréguet, avec un raccordement au terrain d'aviation, qui s'installe sur le site. Quatre années plus tard, il est équipé d’une piste bétonnée, mentionne patrimonia.nantes.fr. Après guerre, Nantes-Château-Bougon perd tout usage militaire et voit se développer le trafic civil. A partir de 1954, il est décidé d'allonger la piste et une rectification de la route est réalisée en 1956 à l'ouest de l'aérodrome, dit Wikisara. En 1963, raconte encore cette encyclopédie des routes, le croisement avec la R.N.23 est repoussé plus au nord, et la R.N.751 récupère «un tronçon de 4,7 km» à l’ouest de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique. Notre nationale 751 de 1959 ne fait qu’effleurer la grande métropole des bords de Loire et nous retrouvons sa trace au-delà de Saint-Sébastien-sur-Loire, ancienne capitale maraîchère de la région (on y trouve encore l’usine Cassegrain!). Mais difficile de musarder sur l’actuelle N844, qui fait office de boulevard périphérique nantais… Ce n’est qu’après un vaste échangeur situé au lieu-dit la Croix-Rouge que l’on circule sur une D751 beaucoup plus calme et avec vue sur la belle Loire. Nous roulons dorénavant sur la levée de la Divatte. Après une forte crue en 1843, le besoin d’une protection pérenne se fait sentir et le roi Louis-Philippe signera en 1846 deux ordonnances qui seront le véritable acte de naissance de «la levée insubmersible sur la rive gauche de la Loire depuis la rivière Divatte jusqu’aux coteaux de saint Sébastien». Bâti à la hauteur de la crue de 1843 (+ 50 cm) le coeur de l’ouvrage n’est en fait qu’un tas de sable et de remblais pris le plus souvent dans des excavations d’emprunts situées dans la vallée. Sa largeur en tête est de 5,5 m à 6,3 m et en pied de 12 à 14 m. Longue de plus de 15 km, la digue, réalisée de 1847 à 1856, «est protégée côté Loire par un perré de moellons jointés à la chaux», raconte l’Association intercommunale de défense de la levée de la Divatte. Cette levée terminée, chacun a bien sûr voulu l’utiliser. Mais, «construite dans un but uniquement de protection contre les débordements du fleuve, dit encore l'association de défense de l'ouvrage, elle ne devait supporter aucun transbordage, ni circulation. Il fallut petit à petit adapter la digue à la vie quotidienne des villageois de ce secteur»… Ainsi, pour mieux relier la Loire-Inférieure (Loire-Atlantique) au Maine-et-Loire, une route située sur l’ouvrage est projetée. Réalisée de 1868 à 1870 -aux frais de l’Etat- elle est dénommée GC85 puis classée R.N.751 au début du XXe siècle.

R.N.23: 24 HEURES SUR L'ATLANTIQUE
La RN23 de 1959 relie Chartres à Paimboeuf en passant par Le Mans, Angers et Nantes. On file vers l'Atlantique pour une virée où l'on rencontre l'histoire à chaque pas... (lire)

La levée, après Nantes, offre de jolis points de vue sur la Loire (photo: Marc Verney, juin 2025).
Panneau Michelin rescapé de la R.N.751 peu avant le pont de Mauves (photo: Marc Verney, janvier 2013).

De Port-Moron, situé à l’extrémité de la digue, notre chaussée traverse la Divatte et remonte vers le village de la Varenne, une localité qui «existe dès le XIe siècle», indique le wiki-anjou.fr. La position de localité carrefour de ce village est confirmée par le nom des des voies : «route de Bretagne», côté Nantes, et «route d’Anjou», côté Angers. Vers Champtoceaux, on remarque une route signalée en travaux sur la carte d’état-major du XIXe siècle (1820-1866) publiée sur le Géoportail de l’IGN. Peu avant ce bourg, voilà le lieu-dit du Cul-du-Moulin, où l’on trouve un pont sur la Loire (1890, suspendu, puis 1976) et un péage sur le fleuve (VIIe-XVIIe siècle). Il y avait aussi un étonnant moulin «pendu» qui montait et descendait selon la marée (mavieenloireatlantique.fr). Champtoceaux, ou plutôt Châteauceaux au Moyen Age, écrit osezmauges.fr, «a été une place forte des marches de Bretagne. Cette immense citadelle (deux fois et demie plus grande que celle de Carcassonne!) construite sur le promontoire était un point stratégique entre l’Anjou et la Bretagne». Tout au long du Moyen Age, précise de son côté oreedanjou.fr, «Châteauceaux va se développer au rythme des sièges et des escarmouches liées aux problèmes de succession et de vassalité, avant d’être rattachée au royaume de France. L’épisode fatal se déroule en 1420: Marguerite de Clisson fait prisonnier le duc de Bretagne Jean V; libéré, il ordonne par vengeance "d’araser Châteauceaux jusqu’à pleine terre" avec interdiction de reconstruire à l’intérieur des remparts». La charmante montée en corniche vers le centre-ville (Haute-Rive) est partiellement visible sur la carte d’état-major du XIXe (1820-1866) publiée par le Géoportail de l’IGN. Le bourg est traversé par la route départementale n°14 de Saumur à Nantes «de l'est à l'ouest sur une longueur de 4,5 km par une série de sinueux replis», indique le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire de 1878. On quitte les lieux par la rue du Docteur-Giffard en direction de Liré. Tout autour, les vignobles se font nombreux… amis du muscadet, c’est votre paradis qui commence ici! On passe le village de Drain, Liré n’est plus qu’à 3,5 km. On y rentre par la rue de la Pléiade… Petite explication : Joachim du Bellay, l’un des poètes de la Pléiade, ce groupe d’érudits amoureux de la langue française, est né non loin de Liré, sans doute vers 1522. Sur la gauche, une longue levée mène au pont suspendu Bretagne-Anjou (construit en 1950-53) et à la ville d’Ancenis. Il a remplacé un ouvrage précédent de 1839, dynamité le 19 juin 1940 devant l’avancée allemande. Nous prenons la direction de Bouzillé, toujours environnés de vignobles… Puis voilà le Marillais et Saint-Florent-le-Vieil. Classée «Petite cité de caractère», dit le site osezmauges.fr, «la ville offre un dédale de petite ruelles escarpées, dont les chemins mènent tous au sommet du Mont-Glonne». C'est ici, explique encore ce site, «qu'au IVe siècle, des moines, sous l'impulsion de l'ermite Saint Florent, décidèrent de bâtir une abbaye. Véritable chef d'oeuvre architectural, elle constitue un joyau d'élégance et de sobriété pour la ville». C'est une des premières communes à prendre les armes le 12 mars 1793, lors de l'insurrection de la Vendée. Durement touchée, elle deviendra un haut-lieu de cette guerre (Wikipédia). Nous voici maintenant sur la «route d’Angers».

Vers Liré (photo: Marc Verney, juin 2025).

A douze kilomètres, se trouve Montjean. Notre R.N.751 de 1959 se dirige tout d’abord vers le Mesnil-en-Vallée puis s’oriente en direction de Montjean qu’elle va aborder par le lieu-dit le Bourg-aux-Moines. La paroisse semble s'être constituée dès la fin du Xe siècle, après les invasions des Vikings qui ont pillé l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil et les territoires alentours. «L'activité chaufournière est attestée à Montjean dès le début du XVe siècle: un four à chaux est mentionné au Croissement en 1411», écrit le site de l'Inventaire général des Pays de la Loire (gertrude.paysdelaloire.fr). L'exploitation du sillon houiller du bassin de la Basse-Loire est attestée, quant à elle, au moins dès le XVIe siècle pour des usages domestiques, puis se développe fortement durant le XVIIIe siècle, en raison de la rareté du bois, une ressource alors difficile d'accès et coûteuse. De plus, signale encore gertrude.paysdelaloire.fr, le bourg «se situe dans le périmètre interdisant l'exploitation du bois dans un rayon de douze lieues autour de la ville d'Angers, celle-ci s'en réservant l'usage pour le chauffage». Enfin, continue le site, le XIXe siècle illustre l'essor du commerce de la chaux via la marine de Loire. Ce sont 40.000 tonnes annuelles de chaux qui sont produites entre 1850 et 1900, dont 20.000 allaient en Bretagne et en pays nantais. La marine montjeannaise se composait de 100 bateaux environ, pouvant supporter 120 tonnes de chaux. La carte d’état-major du XIXe siècle (1820-1866) montre -enfin- une chaussée qui quitte Montjean en direction de Chalonnes; c’est l’actuelle rue Nationale. Après de tranquilles paysages (vignes), voici donc Chalonnes. Pour y entrer dans les «règles 1959» de Sur ma route, il faut suivre les rues Saint-Vincent, Thiers et Félix-Faure. Les traces de peuplement remontent à la Préhistoire, signale le Wiki-Anjou. La petite cité est florissante et animée dès l'époque gallo-romaine. Elle est mentionnée au VIe siècle sous le non de Vicus Calonna. L’activité fluviale fut importante dans cette cité, raconte le site chalonnes-sur-loire.fr: «La Loire a pendant longtemps été une voie de transport stratégique. Des ports ont été construits pour pouvoir accueillir de plus en plus de bateaux. Après l’ouverture du canal du Layon en 1778, les quais devinrent le point de chargement des vins du Layon que venaient acheter les Hollandais. On y trouvait aussi de la chaux et du charbon». Les quais actuels sur la Loire, qui s’étendent sur 600 mètres, furent construits en 1857 par l’ingénieur Bareteau. Ils laissent visibles les traces des anciens ports de la ville où les mariniers embarquaient et déchargeaient les marchandises (cheminscreux.wordpress.com). Des mines de charbon y étaient exploitées depuis le XVe siècle. En 1601, elles produisaient 76.000 boisseaux de houille. En 1750, les 36 puits existants appartenaient à une vingtaine de propriétaires différents. Elles furent ensuite administrées par les comtes de Las Cases. Les mines ont fermé en 1964, indique un dépliant touristique de la ville de Chalonnes. C'est au milieu du XIXe siècle que se réalise à Chalonnes une voie est-ouest qui correspond aux rues Adolphe-Thiers, Félix-Faure, Carnot et du Vieux-Pont (soit le tracé de la R.N.751 de 1959) qui aura des conséquences sur toute l’économie de la cité, explique encore ce document municipal. Dès lors, après avoir traversé le Layon, la route emprunte la «Corniche angevine», un itinéraire particulièrement pittoresque qui nous emmène jusqu’à Rochefort-sur-Loire, qui domine le Louet, un bras de la Loire.

La route serpente au milieu des vignobles sur la «Corniche angevine» (photo: Marc Verney, juin 2025).
Belle table d'orientation à la Haie-Longue, sur la «Corniche angevine» (photo: Marc Verney, juin 2025).

Si l’on roule ici au XXIe siècle sur la D751, en 1959, sur la R.N.751, au XIXe siècle, nous étions bien sur le tracé d’une autre route départementale: un décret du 3 mai 1852 paru dans les Annales des Ponts et Chaussées «classe les chemins vicinaux n°3 des Ponts-de-Cé à Saumur et n°18, de la Varenne à Chalonnes parmi les routes départementales du Maine-et-Loire, comme prolongement de la route n°14, qui prendra désormais la dénomination de route de Saumur à la Varenne, par la rive gauche de la Loire». Géographiquement, la «Corniche angevine» est une zone très resserrée de l’Anjou, située entre Chalonnes-sur-Loire et Rochefort-sur-Loire. Placée sur le sillon houiller de Basse-Loire, elle fut le siège d’une importante exploitation du charbon pendant près de six siècles puisqu'elle conserve les restes des plus anciennes forêts tropicales du carbonifère qui poussaient là entre 320 et 325 millions d’années. Tout va très vite dans ces beaux paysages, et nous voilà déjà, quelques virages plus loin, à Rochefort-sur-Loire. Ce bourg a été créé par Foulques Nerra et rattaché au comté d'Anjou au XIe siècle, raconte le site municipal rochefortsurloire.fr. Rochefort est situé dans l'aire d’appellation coteaux-du-layon, on y trouve un vin blanc moelleux réputé, le Quarts-de-Chaume. Un hippodrome, situé entre la Loire et le Louet, y a été fondé en 1889. Un peu plus loin, à 4,5 km, perché sur un éperon rocheux, Denée est une ancienne ville fortifiée devenue aujourd'hui «Petite cité de caractère». Au cours du XIXe siècle, le percement de la route de Nantes coupe la localité en deux. Voilà les rues du Huit-Mai et de la Reine-Fabiola. Jusqu'en 1852, c'était la rue Borée qui faisait office de voie principale vers Angers, indique le dépliant touristique de la cité visible sur anjou-vignoble-villages.com. Peu avant la commune de Mûrs-Erigné, notre route franchit l’Aubance. En ces lieux, écrit Célestin Port dans le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, «la route départementale n°14 (la R.N.751 de 1959) dessert le bourg, passe à quelques mètres sous l'église d'Erigné emprunte un instant la route nationale (R.N.161, des Sables à Angers) et poursuit de nouveau vers l'Est». On roule dès lors au sud des Ponts-de-Cé et d’Angers. Tout d’abord sur une portion de la R.N.748 de 1959 (D748 aujourd’hui) puis on retrouve la trace de la D751 peu après le vaste échangeur de l’A87N. Cette nouvelle portion de chaussée nous amène tout d’abord à Juigné-sur-Loire que l’on traverse avec la Grand-Rue. «A l’époque gallo-romaine, on y utilisait le schiste ardoisier dans la construction, le dallage, et autres usages. La proximité de la Loire et des ports de la commune permettait l’embarquement de l’ardoise. La Loire apporte aussi du sable qui sera extrait jusqu’en 1993», lit-on sur le site les-garennes-sur-loire.fr (nom de la nouvelle commune). Vers l'est de Juigné, écrit d’ailleurs Célestin Port dans le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire (1876), «la route est bordée, à droite et à gauche de hauts talus inégaux, formés des débris d'anciennes exploitations du schiste ardoisier, qui se prolonge sous la Loire. Elles y existaient en pleine activité au XVe siècle et envahissaient le bourg. Elles fournirent en 1474-1475 à toutes les réparations des Ponts-de-Cé». Plus loin, on passe Saint-Jean-des-Mauvrets puis Saint-Saturnin… Le long de la route, vignobles, cultures et bois font bon ménage, la Loire coule à quelques kilomètres au nord.

Plaque de cocher à Rochefort-sur-Loire (photo: Marc Verney, juin 2025).
Une autre plaque de cocher à Mûrs. Celle-ci a été bien retapée (photo: Marc Verney, juin 2025).

Aux limites de l’Anjou Noir (sols de schiste, de gneiss et de granite) et de l’Anjou Blanc au sol crayeux, voilà le village de Coutures, «dont le nom est issu du latin culturae signifiant "cultures", appellation donnée à des terres fertiles», découvre-t-on sur le site ot-saumur.fr. La voirie actuelle de la localité reprend des tracés anciens. La voirie gauloise qui y a été identifiée est caractérisée par des chemins sinueux mais respectueux des champs, prés et bois alors qu'une voirie romaine rectiligne y a également été remarquée, signale aussi ot-saumur.fr. Enfin, Coutures compte de nombreux sites troglodytes, raconte encore le site de l'office du tourisme de Saumur-Val-de-Loire: «Ces cavités semblent avoir été propices à l’installation de repaires de brigands. On dit que les brigands du hameau les Touches attaquaient les diligences et voyageurs isolés». Une dizaine de kilomètres plus loin, voilà le bourg de Gennes. La localité est placée sur un des points de franchissement de la Loire, à la jonction de deux anciennes voies romaines, l'une venant de Chênehutte et se dirigeant vers Brissac, et l'autre se dirigeant vers Doué. «C'est alors une importante agglomération gallo-romaine», écrit wiki-anjou.fr. D’ailleurs, «plusieurs vestiges considérables de constructions romaines y subsistent», écrit Georges Touchard-Lafosse en 1856 dans l'ouvrage La Loire historique, pittoresque et biographique. La traversée du fleuve a ici une grande importance: jusqu’en 1842, c’est un bac qui assure le service, puis deux ponts suspendus avec tablier en bois sont mis en service; ils s’appuient sur l’île de Gennes, située au milieu des eaux. Les ponts actuels datent de 1948, leurs prédécesseurs ayant été détruits durant la bataille héroïque des «cadets» de l’école de Saumur face aux fantassins et blindés allemands, les 19 et 20 juin 1940. On quitte le bourg par la rue de Saumur et la route de la Roche-Froissard. Les cartes anciennes publiées par le Géoportail de l’IGN ne montrent aucune chaussée viable jusqu’à Saumur. Difficile de dénicher des infos: Adolphe Joanne, dans son Itinéraire général de la France, de la Loire à la Garonne, mentionne, en 1881, la «route de Saumur», longeant le fleuve. La commune de Chênehutte-Trèves-Cunault que l'on traverse désormais possède un joli patrimoine bâti. Ce ft aussi un des hauts lieux de l'extraction du tuffeau. Le village de Trèves a été un important port de commerce pour cette pierre emblématique d’Anjou, écrit le site ot-saumur.fr. En arrivant à Saint-Hilaire-Saint-Florent, la route départementale n°14 (D751 aujourd’hui), écrit Célestin Port, dans le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire (1878), «longe le Thouet, près la Loire, traversant le bourg et rasant le pied du coteau». S'en détache un peu plus loin, «un pont avec levée, communiquant directement à l'Ecole de cavalerie de Saumur, affranchi de péage depuis le 14 juin 1877». On arrive dans Saumur par la rue Mabileau qui s’achève sur la R.N.138 (1959); celle-ci pénètre dans le centre-ville par le pont Fouchard sur le Thouet. Un ouvrage réalisé entre 1774 et 1778. La R.N.751 s’interrompt provisoirement à Saumur. Il faut rouler le long de la Loire jusqu’à Montsoreau sur l’ancienne R.N.147 pour retrouver notre nationale des bords de fleuve…

Belles plaques Michelin 4 km avant Gennes (photo: Marc Verney, juin 2025).
Encore une chouette plaque de cocher de la D14 (ancêtre de la R.N.751) à Chênehutte-les-Tuffeaux (photo: Marc Verney, juin 2025).
Peu avant Saumur (photo: Marc Verney, juin 2025).

Nous voici à la confluence Loire-Vienne. «C'est une étape incontournable du Val-de-Loire. On y trouve deux des "Plus beaux villages de France", Montsoreau et Candes-Saint-Martin», écrit le site parc-loire-anjou-touraine.fr. Et c’est vrai que l’endroit est chouette… Voici Montsoreau et son château qui se mire dans les eaux de la Loire. La situation géographique de la petite cité en fait un carrefour économique important aux portes de l’Anjou, écrit le dépliant touristique de la localité (petitescitesdecaractere.com). Il y a le vin et le tuffeau, l'incontournable pierre régionale qui figure parmi les marchandises les plus transportées par les mariniers. «Dès le IXe siècle, des sources mentionnent un aménagement pour abriter les bateaux et le terme "port" est clairement employé en 1089. Jusqu’à la Révolution, deux ports fonctionnent parallèlement: l’un était contrôlé par les abbesses de Fontevraud, qui géraient également un bac pour traverser la Loire, l’autre, possession des seigneurs de Montsoreau, s’est principalement développé à partir du XVIe siècle». Le début du XIXe siècle change l'apparence du bourg avec la construction en bordure du fleuve, de la route de Saumur à Candes-Saint-Martin (intramuros.org). Le projet de 1827 détruit les anciens ports de la cité et établi le long de la rive «une voie sur une levée constituée d'un long talus empierré qui, côté Loire, donne accès à de nouvelles cales établies quelques mètres plus au nord en empiétant sur le lit du fleuve», raconte le site gertrude.paysdelaloire.fr du patrimoine régional. A la sortie de la petite cité, on remarque, sur la gauche, une «rue des diligences», très vraisemblablement l’amorce de l’ancienne traverse de Montsoreau. Tout à côté, nous atteignons Candes-Saint-Martin (Indre-et-Loire), là encore un des «Plus beaux villages de France». Fortifiée au XVe siècle, la cité est la patrie de Saint Martin, l'évêque de Tours, qui y trouve la mort en 397, à l’emplacement même de l’actuelle collégiale. Au fil des siècles, «la position particulière de Candes-Saint-Martin, au confluent d'une Loire navigable sur une grande partie de son cours et d'une Vienne que les bateaux peuvent remonter jusqu'à Châtellerault, fait du village un port important de la navigation fluviale», dit Wikipédia. Transitent par Candes des denrées comme le vin et d'autres produits agricoles produits localement comme les poires tapées ou les pruneaux de Tours, la pierre de taille extraite des coteaux de la Loire ou l'ardoise angevine, le sel de Guérande et les poissons bretons, les céréales poitevines... La route s’éloigne de la Loire pour côtoyer, cette fois, son affluent, la Vienne, que l’on va suivre jusqu’à Chinon. Il y a seize kilomètres à parcourir jusqu’à l’intersection avec la R.N.749. Cette fois, un tracé existe, aussi bien sur la carte de Cassini (XVIIIe) que sur celle d’état-major (1820-1866) publiées par l’IGN sur son Géoportail. On passe Saint-Germain-sur-Vienne, la Chaussée ou encore Thizay. En arrivant au lieu-dit Saint-Lazare, notre R.N.751 de 1959 se fond, une fois de plus, dans une autre route nationale. Oh, pas longtemps, juste le temps de traverser la Vienne sur un beau pont de pierre (fin XIIe, réparé en 1682, 1853… refait en 1950) et de longer le quai en direction d’Avoine sur quelques mètres… En face de nous, voilà Chinon. Le site est exceptionnel: il a favorisé l’implantation de la ville grâce «à la présence, à côté de la Vienne, voie d’eau importante, d’un coteau calcaire aux pentes abruptes sur lequel il était facile d’implanter une enceinte naturellement fortifiée», écrit ville-chinon.com. Enjeu de longs combats entre les comtes de Blois et les comtes d’Anjou, puis entre les Plantagenêts et la couronne de France, la ville intègre le domaine royal en 1205. Plus tard, Au XVe siècle, en pleine guerre de Cent Ans, Chinon est un des refuges privilégié du roi Charles VII. C'est là que Jeanne d’Arc vient le rencontrer pour la première fois en 1429. Au cours des XIXe et XXe siècles, la cité se métamorphose, s’extirpant de son écrin médiéval, écrit encore le site municipal: création des quais à l’emplacement des fortifications, construction de bâtiments publics. Les espaces de promenade sont aménagés par la plantation d’arbres et l’implantation de statues rendant hommage aux grands personnages de son histoire: Rabelais, Jeanne d’Arc... L’arrivée du chemin de fer à Chinon (1875) entraîne le déclin du commerce fluvial, jusqu’alors florissant. L’installation de la gare entraîne aussi l’extension de la ville vers l’est. En 1958, la première centrale nucléaire française est construite non loin, vers le village d'Avoine.

Le niveau des crues de la Loire est inscrit sur le muret du quai de Candes-Saint-Martin (photo: Marc Verney, juin 2025).
Magnifique plaque Michelin à Saint-Germain (la Chaussée). Photo: Marc Verney, juin 2025.
Le pont sur la Vienne à Chinon (photo: Marc Verney, juin 2025).

On quitte Chinon en escaladant le coteau par l’avenue François-Mitterrand qui contourne le château par l’ouest. C’est là que nous retrouvons la route nationale 751 historique (D751). Présente sur la carte d’état-major du XIXe (1820-1866) publiée par le Géoportail de l’IGN, la chaussée de «Chinon à Tours» est également visible sur la carte de Cassini (XVIIIe) présente sur le même site. Passant par Azay-le-Rideau, le chemin moderne pourrait dater de la fin du XVIIIe siècle, voit-on dans l’ouvrage Chinon et ses monuments, notice historique et archéologique. C’est une longue ligne droite qui traverse la vaste forêt de Chinon (5141 hectares). D'abord appelée forêt de Teillay (du mot tilleul, dit Wikipédia), elle fut un vaste terrain de chasse royal à partir du règne de Louis XI. Dans sa «Note sur le camp de Turpenay» (Bulletin monumental de 1873), M.G. Thomas évoque l'un des plus anciens chemins de cette forêt. «Complètement abandonné depuis l'ouverture des allées forestières, ce chemin de Tours à Chinon», qui «n'était pas une voie romaine», mais dont l'antiquité n'était «pas moins évidente», passait au bourg de Saint-Benoît puis auprès du «camp» de Turpenay; traversant l'Indre au Port-Huault il rejoignait la voie -très ancienne également- qui, «se dirigeait sur Tours en passant par Lignières, Villandry et le ruau Saint-Anne». «Sur plusieurs points de son parcours, ce chemin se rapproche de l'ancien chemin de Chinon à Tours, très fréquenté au XVIIe siècle, et se confond même avec lui en plusieurs endroits», écrit encore M.G. Thomas. Devenue forêt domaniale, elle a hébergé, à partir de 1951, et durant seize années, un dépôt de matériel de l’Otan et un camp américain (le Chinon Engineer Depot) aux abords du carrefour de la Pucelle. Juste avant Azay-le-Rideau, si l’on «oublie» la déviation de 1977 (Wikisara), voilà la Chapelle-Saint-Blaise, un village qui s’est développé en tant que faubourg de son plus important voisin, bâti sur les rives de l’Indre (cheille.fr). Dès la sortie de la Chapelle-Saint-Blaise, une belle levée de pierre contourne le magnifique château Renaissance d’Azay-le-Rideau, bien caché derrière une épaisse couronne d’arbres. Les archives de Touraine (archives.touraine.fr) montrent un plan datant de juillet 1830 détaillant cette chaussée «à travers le vallon de l’Indre» et concernant (à l’époque), «la route départementale n°1 de Tours à Saumur et Loudun par Chinon». De la Chapelle-Saint-Blaise à l’Indre, la voie est surélevée, comporte différents petit ponts et est bordée de robustes parapets de pierre. Au XIIe siècle, signale azaylerideau.fr, la cité est une forteresse protégeant la route de Tours à Chinon. «Les seigneurs de ce lieu s’appellent Ridel. Ridel s’étant vocalisé en Rideau la petite ville s’est appelée Azay-le-Rideau», précise encore le site municipal. C’est la «rue Nationale» qui traverse toute la petite cité pour remonter le flanc du coteau en direction de Tours, qui n’est plus qu’à 25 km. Voici à nouveau une longue ligne droite à travers la forêt de Villandry. Après le lieu-dit du Bois-Tireau (auberge signalée au XIXe siècle), une chaussée à quatre voies nous détourne de notre horizon historique… C’est vers la Maison-Blanche que l’on retrouve la D751c qui nous conduit à Ballan-Miré. Depuis toujours, dit mairie-ballan-mire.fr, le nom de la localité est associée aux «axes de communication qui traversent la région, ce qui en fait l’un des plus vieux bourgs de la Touraine». Et l'on évoque tout d’abord, raconte encore le site municipal, «les nombreux chemins gaulois qui sillonnent le territoire dont l’un reliait Tours à Chinon jusqu’en 1750». Les boulevards Jean-Jaurès et des Bretonnières nous emmènent jusqu’à Joué-lès-Tours, commune qui marque la fin de notre première étape sur la R.N.751 de 1959.

Marc Verney, Sur ma route, février 2026

Le bourg d'Azay-le-Rideau (photo: Marc Verney, juin 2025).
A Joué-lès-Tours (photo: Marc Verney, juin 2025).

R.N.10: AUX BASQUES DE LA GIRONDE...
Au compteur de la 4CV, le trajet Paris-Hendaye, ça fait "à l'aise" plus de 750 km km depuis la porte de Saint-Cloud. Une sacrée promenade... (lire)

R.N.751: CHAUSSEE SUR LOIRE (II)
La route nationale n°751 de 1959 se poursuit après Tours jusqu'aux portes de la Bourgogne. Un tracé très touristique qui reste fidèle aux bords de Loire...(lire)

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