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Quelques mots sur la documentation utilisée: cartographie, Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), atlas routier et touristique Michelin France 2004, carte Michelin 61 Paris-Chaumont (1941), carte Michelin 62 Chaumont-Strasbourg (n. datée), carte Michelin 57 Verdun-Wissembourg (rév. 1939), documentation, Guide du Routard Alsace-Vosges 2003-2004 (Hachette), le Petit Futé Lorraine-Vosges 2006-2007 (NEU), le Petit Futé Champagne-Ardenne 2002 (NEU).
Localités
et lieux traversés par la N4 (1959):
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Belles
routes de France...
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L'histoire de la route de Paris à Strasbourg est un peu compliquée. Si la moderne N4 fait le trajet de la capitale française à l'Alsace d'un seul coup, cela n'a pas toujours été le cas. Sur de vieilles cartes routières Michelin datant des années 40, la N4 prend son essor à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui en-Champagne) et rejoint le trajet actuel à Vitry-le-François (de nos jours, cette route porte le numéro N44). De Paris à Vitry, la route prend alors successivement l'appellation N304 (Paris-Esternay) et N34 (Esternay-Vitry). Plus en arrière dans le temps encore, de très anciennes plaques de cocher encore visibles attribuent le numéro départementale 8 au trajet allant de Paris à Sézanne… Au sortir de Paris par le bois de Vincennes, la route passe la Marne à Joinville pour rejoindre ensuite Champigny, Chennevières, la Queue-en-Brie… la banlieue égrène ses litanies de maisons grises et de grandes surfaces aux néons criards. En 2007, une portion à quatre voies emmène l'automobiliste de Pontault-Combault à Vaudoy-en-Brie. Dans les années 60, la route passait les bourgs de Tournan-en-Brie, Fontenay-Trésigny, Rozay-en-Brie… Les paysages s'accordent sur un point : la platitude est de mise… De longues rangées d'arbres, héritage des routes royales, prolongent les perspectives… Finalement, rien à dire au passage dans les petits bourgs de Beton-Bazoche, Courtacon, Montceaux-les-Provins, Courgivaux. Peu avant Esternay, la RN4 absorbe la nationale 34 (désormais déclassée en D934).
Treize kilomètre restent à parcourir jusqu'à Sézanne, la première petite cité d'importance croisée sur ce long trajet. On y croise la rivière le Grand-Morin. Le pavé est roi au centre de la ville… L'office du tourisme, toujours à la recherche de la phrase emblématique qui parle aux touristes de passage, évoque une cité médiévale encore "empreinte de son passé", et qui offre de très jolies balades : "C'est la découverte de dix siècles d'histoire, l'église St-Denis, la halle, le cadran solaire, les mails ombragés, les vestiges de tours et de murailles, les ruelles"... et un vieux panneau Michelin "Epernay" posé au coin d'un mur… L'étape, à une petite centaine de kilomètres de Paris, devait avoir un certain charme dans les années 50, 60… Aujourd'hui, l'automobiliste pressé contourne la cité par une déviation quasi autoroutière qui surplombe la petit cuvette dans laquelle Sézanne est blottie. Encore 19 km et voici Fère-Champenoise. Le bourg s'étale au cœur de la plaine. Rien à l'horizon, sinon les hauts silos de l'agriculture extensive… La route nationale de Paris à la Lorraine traverse la ville à partir de 1835 ainsi que le chemin de fer en 1869. En septembre 1914, la cité se trouve au beau milieu de la première bataille de la Marne. Un cimetière militaire, situé en bordure de nationale rappelle ce choc entre les armées alliées et allemande. Plus loin, à Sommesous, la route croise la N77 (aujourd'hui D977) qui relie Châlons à Troyes. L'automobiliste doit lutter pour ne pas s'assoupir sur ces longues lignes droites qui donnent au paysage des airs de Far West. Au bord de la voie, à Soudé, le voyageur croise le relais routier Strasbourg-Paris, surplombé par un château d'eau à la cuvette sommitale marquée d'un imposant SOUDE. Encore quelques kilomètres au compteur et nous voici à Coole (du nom de la rivière), la route passe d'une bosse à l'autre: altitudes moyennes virevoltant entre 170 et 210 m… on n'est pas au pays des montagnes! Quatorze kilomètres à l'est de Coole, Vitry-le-François se blottit en bord de Marne et propose le quadrilatère bien organisé de ses rues au visiteur curieux. Voilà une histoire qui remonte à loin : afin de remplacer l'ancienne cité de Vitry-le-Perthois, brûlée par les soldats de Charles Quint, François 1er décide, par une décision royale du 29 avril 1545, de créer une nouvelle ville et confie le choix du site à un architecte italien, Girolamo Marini. Cette nouvelle cité, bâtie sur l'emplacement du village de Maucourt va se nommer Vitry-le-François. Elle se présente sous la forme d'un carré de 612 mètres de coté dont toutes les rues sont rectilignes et se coupent à angle droit. Quatre portes, avec pont-levis, s'ouvrent aux quatre points cardinaux. En 1745, devenues vétustes, on les remplace et on donne à celle qui se tourne vers Paris un aspect monumental. Cette porte, démontée en 1939, a été réédifiée à la sortie sur Châlons en 1982.
Après Vitry, la route file en direction de Saint-Dizier. Le paysage évolue, les collines s'emparent de l'horizon. La cité des Bragards bénéficie désormais d'une déviation qui détourne le flux automobile de la N4. A noter qu'en 1952, la première ville nouvelle de France, le quartier du Vert-Bois, y est construite. Une grande montée pour sortir de Saint-Dizier et voici l'automobiliste du XXIe siècle qui se retrouve sur une vaste quatre-voies qui l'emmènera jusqu'à Nancy. En consultant les vieilles cartes, on retrace le tracé de la N4 d'antan : Ancerville, la Houpette, Aulnois-en-Perthois, Stainville, Nant-le-Petit, Ligny-en-Barrois… La route nationale est quasiment autoroutière dans cette traversée des monts et collines qui bordent notre périple lorrain… voici Saint-Aubin-sur-Aire, Ménil-la-Horgne, Void-Vacon… à Pagny, la route traverse la Meuse et diverge totalement de la quatre-voies qui évite tous les bourgs. Nous voici donc sur la D36d et la D400 qui traverse Foug pour arriver sous les remparts de Toul. Placée sur l'axe romain Trèves-Lyon qui traverse la ville de part en part, Toul est -comme on dit- une cité chargée d'histoire… C'est en 1648 que la ville devient officiellement française par le traité de Wesphalie. Et, située aux marges du royaume de France, la cité est donc fortifiée par l'omniprésent Vauban en 1700. Puis c'est la forêt de Haye, vaste et vallonnée, qui s'étend aux abords immédiats de Nancy, la première très grande agglomération rencontrée sur ce voyage. La N4 disparaît complètement du paysage : D400 jusqu'à Nancy et au-delà… le flux principal des véhicules en transit étant guidé sur l'A31 et l'A33 (N333). Les origines de la capitale de Lorraine sont multiples : au XIe siècle, la présence d'un gué sur la Meurthe, la proximité de la giboyeuse forêt de Haye, le passage de la voie nord-sud la plus praticable et de l'axe de circulation est-ouest du sel ont certainement décidé le duc Gérard à établir une petite place forte du nom de Nanciacum. Nancy peut alors se développer entre royaume de France et Saint-Empire romain germanique sous la férule des ducs de Lorraine jusqu'au XVe siècle. C'est en 1736 que le roi de France, Louis XV, acquit la Lorraine et y établit son beau-père, Stanislas Leszczynski. Cet ancien roi de Pologne fit de grands aménagement à Nancy, dont la célèbre place Stanislas. En 1871, l'avancée prussienne place la grande cité de Lorraine quasiment aux frontières du pays, et ce jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Mais ce qui pourrait passer pour un terrible coup du sort est en fait une chance pour la ville: La cité des bords de Meurthe s'enrichit de l'arrivée des nombreux Alsaciens ne souhaitant pas devenir Allemands et une frénésie de construction embrase la ville. A la fin du XIXe siècle, l'école de Nancy fait bâtir dans la ville de nombreux bâtiments inspirés par l'Art nouveau. Il ne reste, dans la ville, plus de traces du passage de la nationale 4. Pour imaginer l'itinéraire de 1959, il nous faut toujours suivre la départementale 400 qui traverse les bourgs de Saint-Nicolas-de-Port (St Nicolas est le patron de la Lorraine), Dombasle-sur-Meurthe… et arrive à Lunéville. Le château de la cité, qui domine le centre-ville abrita longtemps Stanislas Leszczynski, roi détrôné de Pologne et beau-père de Louis XV.
La nationale 4 (D400) sort de Lunéville en direction des villages de Marainvillier, Thiébauménil et Bénaménil. La voie rapide qui délaisse le tracé historique tourne autour de Blâmont et croise la nationale peu après. Un site Internet local nous précise que le contournement du bourg était à l'étude dès 1936 et qu'il a fallu -hélas- qu'il y ait de nombreuses victimes d'accidents pour le réaliser. De fait, l'ex-RN4 se fraie un tracé tortueux parmi les maisons anciennes. Il ne devait pas être plaisant de manœuvrer un lourd camion dans ces rues… Encore quelques kilomètres et la route s'approche de Hertzing. La N4 "historique" entrait dans Sarrebourg par Bébing; aujourd'hui, la déviation autoroutière contourne la ville par l'Est. Sarrebourg se trouve sur la route romaine (la Decumane) qui menait de Reims à Strasbourg. En 1661, par le traité de Vincennes, ce qu'il reste de Sarrebourg après la guerre de Trente ans est annexé à la France en même temps qu'une étroite bande de terrain large d'une lieue par où passait la voie royale permettant au Roi de France d'atteindre ses possessions d'Alsace. Il n'y a en effet qu'une petite quinzaine de kilomètres pour atteindre Phalsbourg (fortifications Vauban), puis encore quatre pour se trouver au niveau de la porte de l'Alsace, le col de Saverne, passage naturel dans les Vosges qui permet la jonction entre l'Alsace et la Moselle. Les virages du col (qui n'est pas si élevé que cela : 385 m sur la carte Michelin, 410 m sur le panneau) ont été plusieurs fois remaniés. Ainsi les routes médiévales et de la Renaissance passeraient plus au sud de la voirie actuelle. Une dalle fixée sur un rocher (que je n'ai pas vue) commémorerait la construction de cette dernière sous Guillaume III de Honstein en 1524; une autre dalle sculptée par Hans Faber commémore l'élargissement de la route en 1616 (pas vue non plus). D'après le service régional de l'inventaire alsacien, la route actuelle a été commencée en 1728 sur des plans d'Antoine de Regemorte et mise en service en 1737. D'ailleurs, peu après le passage de la Moselle au Bas-Rhin, le voyageur admire une grande colonne directrice en grès sur laquelle est notamment gravée la direction de Saverne. Le nom de la cité vient du latin (Tres Tabernae), de l'appellation des trois relais situés sur la voie Strasbourg-Metz. La ville peut être fière de receler l'une des plus belles demeures alsaciennes, la maison Katz située sur la Grand-Rue. Amusant détail : le canal de la Marne au Rhin transperce littéralement le centre-ville de Saverne... Le passionné de télécoms notera la présence, à 5 km de la cité, près du château du Haut-Barr, d'une tour de la ligne Paris-Strasbourg de télégraphe Chappe, qui fonctionna entre 1794 et 1852.
On laisse sur notre gauche l'ancienne N421, la route de Brumath pour suivre la voie de Strasbourg. Trois kilomètres après Saverne, voilà Marmoutier et sa magnifique abbatiale du XIIe siècle, puis Wasselonne, l'ancienne place-forte dont il ne reste que quelques vestiges. C'est à Marlenheim que la route entame son ultime saut jusqu'à son terminus. La grande colonne directionnelle de grès rose nous oriente tout naturellement plein est et la plaine d'Alsace qui s'impose nous laisse peu à peu deviner, fondue dans la brume, la haute structure de la magnifique cathédrale de Strasbourg (flèche de 142 m). Il reste moins de vingt-cinq kilomètres à parcourir. Les villages de la plaine, Furdenheim, Ittenheim, se laissent traverser sans peine... A 5 km du centre, l'A351, une autoroute gratuite prend le relais pour nous déposer aux portes du centre (la N4 historique pénétrant Strasbourg par un interminable faubourg). Encore quatre kilomètres, et voici l'objectif atteint : le Rhin coule, massif et ombrageux, devant nos pneus ; nous venons de parcourir 456 km depuis la capitale française. Marc Verney (janvier 2007)
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