Situé dans la partie basse de Longwy, ce Michelin se situe sur l'ancien tracé de la N18bis (photo: MV, septembre 2008).
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A Tellancourt, les services de l'équipement ont dédaigné cette plaque kilométrique, camouflée derrière un brin d'herbe (photo: MV, septembre 2008).

Villes et villages traversés ou desservis par la RN18 (1959):
Verdun
Abaucourt
Etain
Spincourt
Nouillonpont
Rouvrois-sur-Othain
Longuyon
Tellancourt
Villers-la-Chèvre
Longwy
Mont-Saint-Martin
Aubange (Belgique)

Ancien panneau à Tellancourt (photo: MV, septembre 2008).
Documentation écrite utilisée: Atlas routier Michelin 2007, Atlas des routes de France (Michelin, 1951-52), Atlas des grandes routes, France (Michelin, 1959), Guide Bleu France Automobile (Hachette, 1954), villes de Verdun, Etain, Longuyon, Longwy, le site codecom-spincourt.fr.


Les belles routes de France...
RN18: l'histoire à fleur de bitume
En 1959, la route nationale 18, relie Verdun à Longwy. Son tracé exact l'emmène jusqu'à la localité d'Aubange, à la frontière belge. Ce petit bout de nationale, qui porte un grand numéro n'a jamais eu finalement qu'une utilité régionale: liaisons entre France, Belgique et Luxembourg voisin. Ce n'est pas une raison pour négliger ses 71 kilomètres de bitume chargés d'histoire...

La route nationale 18 historique , non loin d'Amel-sur-l'Etang: la plaine à perte de vue (Photo: Marc Verney, septembre 2008).


Notre trajet débute à Verdun, sur le trajet de la nationale 3 des années 1970-2000. En effet, le tracé de la N3 historique, qui passait plus au sud n'a pas été conservé. Dans les années 70, le tronçon Verdun-Etain de la N18 a servi à la reconfiguration de la nationale 3. Bon, la ville de Verdun, chargée d'histoire, nous la connaissons d'ailleurs bien... En effet, nous l'avons arpentée lors du voyage Paris-Metz-l'Allemagne (lire). Cette cité, dès ses origines, se confond avec les grands mouvements de civilisation européens. C’est par exemple ici en 843 qu'est signé le traité qui dessine les contours de l’Europe moderne. Le traité de Verdun, paraphé par les petits-fils de l’empereur Charlemagne, consacre la partition de l’Empire en trois états distincts: la Francie, la Lotharingie et la Germanie. Tout cela aura bien des répercussions quelques siècles plus tard, et d'ailleurs au même endroit! Ce n'est pas un hasard: Verdun a toujours été un trait-d'union entre Nord et Sud. Au Moyen-Age, les marchands de la ville étaient connus dans tout le continent. Par le port de Verdun transitaient les marchandises entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud. La vie quotidienne de la cité s’organisait donc le long des canaux et autour des marchés.

Les ravages de la guerre 14-18 n'ont laissé que peu de traces de ce passé pacifique. La bataille de Verdun débute le 21 février 1916 à 7h15. Les troupes allemandes veulent, dans un combat décisif, "saigner" l'armée française et précipiter la fin de la guerre. Une lutte impitoyable va opposer les deux camps et se prolonger pendant plusieurs mois sur cette poche d'à peine quelques kilomètres carrés, causant la perte de 163 000 français et 143 000 allemands tués ou disparus. 216 000 français et 196 000 allemands seront blessés. Une vraie boucherie... Mais les Allemands auront échoué.

La victoire française est arrachée en partie grâce à la route: un incessant ballet de camions est organisé sur l'axe reliant Bar le Duc à Verdun, baptisé par Maurice Barrès «la voie sacrée». Ce qui permet de ravitailler le front et de renouveler les troupes régulièrement. La RN18 ne fait qu'effleurer les principaux champs de bataille à la sortie de Verdun: après avoir escaladé la côte Saint-Michel, la chaussée passe non loin des forts de Souville, Tavannes et Vaux. Une promenade émouvante peut être faite le long de la départementale 913. On y découvrira nombre de reliques de la bataille tout en traversant les villages-fantôme, des localités complètement ravagées durant le conflit mais dont l'Etat français garde pieusement le souvenir. Comment ne pas être sensible à cette horreur? Les routes sont bâties pour rapprocher les hommes, non?

Pas mal de plaques Michelin autour de la RN18: (de g. à dr.), ici à Cons-la-Grandville, Cosnes-et-Romain et Longuyon (Photos: Marc Verney, septembre 2008).

La RN18 de 1959 descend ensuite vers le village de Abaucourt-Hautecourt après avoir longé Eix. Les paysages n'ont rien de singulier. Une vaste plaine s'offre à nos regards, qui se tournent bien vite vers Etain, première étape du trajet. Voilà encore une cité marquée par la chose militaire. En 1912, nous signale le site internet de la ville, Etain est désignée pour recevoir un bataillon d'infanterie. Le 24 août 1914, la guerre débarque, la petite ville est bombardée par les Allemands. Le 26 août, le repli de l'armée française sur le camp retranché de Verdun permet aux allemands de faire leur entrée dans Etain. Ils n'en sortiront qu'à l'armistice, le 11 novembre 1918. La population constate le désastre: une trentaine d'habitations seulement sur 600 sont réparables. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les destructions reprennent: le 10 mai 1940, la base de la RAF d'Etain-Rouvres est bombardée dès les premières heures de l'invasion. Et les Allemands font irruption dans le bourg le 15 juin 1940 pour une nouvelle occupation de quatre ans. Plus tard, la chose militaire réinvestit la région: l'Otan décide en 1953 la construction d'une base militaire sur le terrain d'aviation voisin. En 1954, un groupe de chasse américain s'y installe. C'est ce terrain historique que côtoie la RN18 après avoir effectué un coude vers le nord dans Etain.

Les lignes droites s'alignent, quasiment plein nord. Les mottes de terre qui parsèment les champs sont les seuls reliefs naturels visibles. Au coin d'un pré, entre les arbres qui accompagnent notre périple, le clocher de l'église d'Amel-sur-l'Etang tranche le ciel parsemé de gris. Poésie de septembre, voilà les gouttes d'une averse qui font vibrer le bois, là, au loin d'un horizon tranquillement plat. Nous atteignons Spincourt, puis Nouillonpont. Voilà bien un nom singulier... Pierre Charpentier, sur le site codecom-spincourt.fr nous dévoile les origines du nom: En 1220, le village s'appelait La Nova Longa Villa Pontis, en référence à un nouveau pont sur la rivière Othain. Par la suite, Novi Longa Villa Pontis fut logiquement raccourci en Novillonpont, puis Novellonpont devenu enfin Nouillonpont. La présence du village ici semble ne rien devoir au hasard: il se situerait sur l'axe Paris-Trèves, appelé voie austrasienne.

A gauche, à l'entrée de Longuyon. A droite, panneau indicateur du fort Maginot de Fermont situé dans la banlieue de Longwy (Photos: Marc Verney, septembre 2008).

L'entrée dans le département de Meurthe-et-Moselle se fait peu avant Longuyon. Les paysages changent imperceptiblement: les bois succèdent aux champs, les collines s'allongent et deviennent un peu plus dodues. La commune de Longuyon doit son nom à un "long gué" qui permettait de traverser la Chiers à l'époque romaine. Plus tard, lors du Premier Conflit mondial, voilà encore une ville qui a bien souffert: le 24 août 1914 au matin, un bombardement français s'abat sur la cité occupée par l'armée allemande. Du coup, les troupes germaniques paniquent et commencent à brûler la ville en tirant dans tous les tous sens. Le soir, nous raconte le site officiel de Longuyon la ville est incendiée à 80%, 156 civils ont été assassinés ou brûlés vifs et 213 immeubles sont totalement détruits. La nationale 18 se faufile entre les bâtiments du centre-ville. On y croise la RN47 (en 1959) en provenance de Vouziers, Stenay, Montmédy et la RN381 qui prend la direction de Metz.

Ce vieux panneau très abimé indiquant la direction de Metz se "camoufle" à Longwy, sur une portion de nationale déclassée, juste en face du Michelin montré en haut à gauche de cette page (Photo: Marc Verney, septembre 2008).

Pas loin de là, dans les années 1930, fut construite la ligne Maginot, dont le fort de Fermont se trouve à 5 kilomètres de Longuyon. C'est l'ouvrage puissant le plus occidental de cette "barrière" de béton que les Français ont voulu infranchissable face aux troupes nazies. La ville de Longuyon fut vidée de ses habitants début 1940, car certainement trop près des zones de bataille possibles. Le 15 juin 1940, au matin, les allemands envahissent la France par la route nationale 18, en provenance de Longwy. Très vite, le fort de Fermont ouvre le feu de ses canons, obligeant les Allemands à se retirer et à passer plus à l’ouest. Attaqué plusieurs fois entre le 17 et le 25 juin, la citadelle qui abrite 792 soldats résistera et ne déplorera qu’un seul mort. Mais, après la reddition de l’Etat français, le capitaine Aubert, commandant de l'ouvrage remettra le fort aux Allemands, quelques jours plus tard. Une visite de Fermont est organisée par une association de bénévoles. Pour celui qui cherche à mieux connaître cette période et la vie quotidienne -pénible- des militaires dans ces enceintes bétonnées enfoncées trente mètres sous terre, le détour est chaudement recommnandé!

Spécialité affichée de Longwy: le travail des émaux. Il y a même un musée (Photo: Marc Verney, septembre 2008).

Après avoir franchi la vallée de la Chiers (route touristique, château du XVIe siècle à Cons-la-Grandville), la RN18 prend le chemin de Tellancourt, une petite localité frontière avec la Belgique. Là aussi, pas grand chose à dire sur les paysages, plateaux boisés ou cultivés, qui s'étagent harmonieusement autour du ruban d'asphalte. L'arrivée moderne sur Longwy se déroule dans une ambiance électrique de rond-points, de voies rapides, de hangars marchands... Suivre le fil de la N18 historique n'est pas toujours simple. La route atteint la partie haute de Longwy, cité modelée et fortifiée par Vauban. Il faut encore quelques kilomètres de banlieue pavillonnaire pour approcher le terme de la route nationale 18, la frontière belge à Aubange. La route de Luxembourg, elle, (N18bis) descend en lacets vers le centre-ville pour se diriger ensuite vers Longlaville et la frontière du Grand Duché.

Marc Verney (Sur ma route) novembre 2008

RN3: rejouer les taxis sur la Marne
La route nationale 3 relie Paris à l'Allemagne en passant par Verdun et Metz. Que des terres de batailles! (lire)

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Le site Sur ma route vous fait voyager sur les grandes routes nationales françaises déclassées... Un bout d'histoire à découvrir en ligne (lire)