Signalisation Michelin de la nationale 13 non loin de Martragny-Carcagny (photo: MV, mars 2007).

Quelques mots sur la documentation utilisée: cartographie, Atlas des grandes routes de France (Michelin, 1959), atlas routier et touristique Michelin France 2004, Guide Bleu de la France Automobile (Hachette, 1954), Guide littéraire de la France (Hachette, 1964).

Plaque de la N13 située à la sortie ouest de Saint-Germain, en direction de Poissy. La nationale a emprunté un temps la rive droite de la Seine jusqu'à Mantes. (photo: MV, mai 2006).

Localités et lieux traversés par la N13 (1959):
Paris-porte Maillot
Neuillly-sur-Seine
Rueil-Malmaison
Bougival
Saint-Germain-en-Laye
Aubergenville
Mantes-la-Jolie
Bonnières-sur-Seine
Pacy-sur-Eure
Evreux
Sainte-Colombe-la-Commanderie
La Rivière-Thibouville
Lisieux
La Boissière
Crèvecoeur-en-Auge
Croissanville
Moult
Cagny
Caen
Rots
Bretteville-l'Orgueilleuse
Martragny
Saint-Martin-des-Entrées
Bayeux
Tour-en-Bessin
Mosles
Formigny
Longueville
La Cambe
Osmanville
Isigny-sur-Mer
Saint-Hilaire-Petitville
Carentan
Sainte-Mère-Eglise
Montebourg
Valognes
Cherbourg-Octeville

Cette plaque Michelin est située sur l'ancien tracé de la N13, dans les rues de Mézières-sur-Seine. (photo: MV, mars 2007).

Numéro bis. En 1959, la nationale 13 se dédouble à la hauteur de Bonnières-sur-Seine. Une N13bis conduit l'automobiliste à Rouen, puis au Havre par Yvetot et Bolbec (lire).

Plaque de rue de la RN13bis vers Yvetot (photo: MV, janvier 2007).

La route par l'écrit. Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889), écrivain dandy, familier de Baudelaire, est natif de Saint-Sauveur-le-Vicomte, près de Carentan. Le Cotentin lui a fournit l'inspiration de ses plus grandes oeuvres. Voici un extrait des Diaboliques (1874): "J'étais si blasé sur la route que nous faisions là et que j'avais tant de fois faite, que je prenais à peine garde aux objets extérieurs, qui disparaissaient dans le mouvement de la voiture, et qui semblaient courir dans la nuit, en sens opposé à celui dans lequel nous courions. Nous traversâmes plusieurs petites villes, semées, çà et là, sur cette longue route que les postillons appelaient encore: un fier "ruban de queue", en souvenir de la leur, pourtant coupée depuis longtemps. La nuit devint noire comme un four éteint, et, dans cette obscurité, ces villes inconnues par lesquelles nous passions avaient d'étranges physionomies et donnaient l'illusion que nous étions au bout du monde... Ces sortes de sensations que je note ici, comme le souvenir des impressions dernières d'un état de choses disparu et ne reviendront jamais pour personne. A présent, les chemins de fer, avec leurs gares à l'entrée des villes, ne permettent plus au voyageur d'embrasser, en un rapide coup d'oeil, le panorama fuyant de leurs rues, au galop des chevaux d'une diligence qui va, tout à l'heure, relayer pour repartir".

Ancienne plaque indicatrice de la RN13 à Valognes (photo: MV, mars 2007).
Caen, détruite à 73% à l’été 1944 durant la bataille de Normandie, ville martyre de la résistance, méritait un hommage à la mesure de ce désastre. Le Mémorial n'est pas un musée. C'est avant tout un lieu pédagogique qui en dit long sur la folie qui, hélas, parfois, anime l'être humain. Après avoir visité ce lieu, qui pourra encore s'avouer "fana" de la chose militaire???? (lire)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Belles routes de France...
RN13 : débarquement à l'horizon
Dans les années cinquante, la route nationale 13 relie Paris à Cherbourg en passant par Lisieux, Caen, Bayeux... La grande histoire du Débarquement a emprunté ce ruban de macadam jusqu'aux jours heureux de la Libération... Nous, on se contentera de chasser le Michelin sur un axe qui en a encore pas mal... et on se finira en bord d'océan dans les entrailles d'un sous-marin nucléaire. Près de 344 km d'une drôle de route, non?

Longue ligne droite de la RN13 en direction d'Evreux. La borne de limites départementales entre l'Eure et les Yvelines (anc. Seine-et-Oise) est juste à côté. (Photo: Marc Verney, mars 2007). Pour retourner sur la page index, cliquez ici.


Pour s'extirper de Paris par l'Ouest en 2007, mieux vaut se lever de bonne heure!! Les embouteillages frappent dès la sortie de Paris, à la porte Maillot. Là, la RN13 traverse tout droit la ville de Neuilly-sur-Seine. L'avenue longe ici le grand capital. Les sièges sociaux d'entreprises cotées en Bourse s'égrènent aux confins de l'horizon rayé par la masse grise de La Défense...

Rien à voir avec l'ambiance de 1954. Le Guide Bleu de la France automobile de cette année-là évoque un "rond-point de la Défense" qui n'existe plus guère que dans la mémoire des plus anciens habitants de la région... Tout cela n'est pas étonnant si l'on revient au guide: de Paris à Mantes, nous dit-il, "les automobilistes ont intérêt à emprunter l'autoroute de l'Ouest, beaucoup plus rapide"! Nous sommes ici en présence des 22,5 premiers kilomètres d'autoroute que la France a jamais construits... Mais c'est une autre histoire...

Retour à la N13. Au kilomètre 18, après Puteaux et Rueil-Malmaison, voilà Bougival. Nous sommes "sur la rive gauche de la Seine que la N13 longe jusqu'à Port-Marly", nous précise le Guide Bleu de la France automobile. Puis, "la route s'élève par une grande côte". La nationale traverse Saint-Germain-en-Laye tout droit. Mais, en prenant le temps de se promener dans la cité, on trouve encore quelques anciennes traces de la route n°13, dont un célèbre panneau Michelin des années trente situé sur le côté de l'église Saint-Louis.

Saint-Germain-en-Laye est connue pour sa terrasse, tracée par Le Nôtre de 1668 à 1673 et qui domine la vallée de la Seine sur 2400 m. Les rois de France appréciaient le coup d'oeil. Ici, en 2007, passe sous nos pieds le moderne A14 à péage, l'autoroute des classes aisées qui dédaignent de bouchonner de concert avec le petit peuple sur l'autoroute de Normandie... Privilèges, privilèges...

La rive gauche de la Seine est accidentée (*). La route joue aux montagnes russes autour de bourgs vite oubliés: Orgeval, Ecquevilly, Flins (et ses usines automobiles), Aubergenville... Puis, juste avant Epônes, la route franchit la Mauldre. L'ancien tracé louvoie entre les maisons de Mézières-sur-Seine. Ici et là, d'anciennes signalisations Michelin, d'originales plaques émaillées s'accrochent aux derniers murs non encore ravalés... Le temps semble s'être arrêté.

A gauche, signalisation Michelin à Ecquevilly. A droite, à la sortie de Mézières-sur-Seine, en direction de Mantes (Photo: Marc Verney, mars 2007).

Au km 54, voilà Mantes-la-Jolie
. Ce centre "industriel et agricole important", nous dit le Guide Bleu de la France automobile 1954, "est très joliment situé sur la rive gauche de la Seine". "Le quartier central de la ville a été détruit en 1940". Aujourd'hui, au sortir de la ville, en direction de l'ouest, telle une nouvelle ceinture fortifiée, ce sont les cités, bâties dans l'urgence de la reconstruction qui ferment l'horizon. Le béton se mire dans la Seine. Les humains se pressent sur le bitume. La route, indifférente, est déjà loin.

Très vite un autre point de vue: à Rolleboise, l'eau est tout près du ruban de macadam. Les voiture effleurent les flancs de péniches. Comme un ballet bien rodé. Puis la route reprend de la hauteur et coupe un méandre du fleuve. A Bonnières-sur-Seine, il faut dire adieu aux routiers qui filent sur Rouen. C'est la N13bis, qui part sur Vernon, Louviers... La départementalisation a frappé ici dans les années 2005-2006: ne m'appelez plus N182, N13bis, ni N15...

Au km 82, c'est le bourg de Pacy qui nous accueille. Voilà 6 kilomètres que nous sommes entrés dans le département de l'Eure. La ville d'Evreux se profile d'ailleurs au bout de la longue ligne droite. "Située dans la vallée de l'Iton, la préfecture de l'Eure a été sinistrée à 40% en 1940", nous précise le Guide Bleu 1954 qui évoque la cathédrale Notre-Dame, "construite du XIIe au XVIIe siècle". Au-delà de la ville, la N13 parcourt un plateau assez fade jusqu'aux étonnants lacets qui amènent la route dans la vallée de la Risle. Aujourd'hui, la déviation passe au-dessus des habitants de La Rivière-Thibouville.

Au carrefour suivant, qui porte le joli nom de Malbrouck, on croise la route de Bernay à Rouen (N138). Et nous voici déjà, au km 172, aux portes de Lisieux. La sous-préfecture du Calvados "est située dans la verdoyante vallée de la Touques, au confluent de l'Orbiquet et du Cirieux. c'était une ville pittoresque, pleine de maisons du Moyen-Age et de la Renaissance", annonce notre compagnon de route de 1954... Hélas... mille fois hélas, la Deuxième Guerre mondiale est encore passée par là et il ne reste rien du centre-ville, entièrement rasé par les opérations alliées en juin-juillet 44. "Les vieilles maisons de la rue aux Fèvres, de la rue Pont-Mortain, de la place Victor-Hugo, qui formaient le plus bel ensemble de maisons anciennes de Normandie ont été anéanties". Reste aujourd'hui, le pèlerinage au tombeau de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui attire par ici les foules catholiques.

Caen. Vue sur l'abbaye aux Hommes. Cela n'a pas l'air... mais il fait nuit! Merci l'ISO 400 (Photo: Marc Verney, mars 2007).

La RN13 devenue départementale 613 entre en pays d'Auge. "Belle descente dans le plantureux pays d'Auge" nous confirme le Guide Bleu. Et, de fait tout est bucolique dans ces petits paysages normands... Voilà de charmantes fermettes posées sur des champs d'un vert pur... Oxygène du regard, qui virevolte autour de paisibles ruminants noir et blanc...

Kilomètre 221: nous voici à Caen. La préfecture du Calvados (61 334 habitants en 1954) "est située, nous raconte le Guide Bleu, à quatorze kilomètres de la mer, au confluent de l'Orne et de l'Odon, au centre d'une vaste plaine". La ville est avant tout la résidence préférée d'un certain Guillaume, duc de Normandie. L'homme est connu par son surnom: "le Conquérant". Il montera sur le trône d'Angleterre en 1066. Sacrés Normands!

Retour au voyage:
on arrive de Paris en empruntant le pont de Vaucelles sur l'Orne. Ecrite dix ans après les combats de juin 44, la description du guide de 1954 reste terrible: "La rue Saint-Jean conduit en direction du nord au boulevard des Alliés, traversant la zone sinistrée de la ville. A moitié chemin, entre le pont et le boulevard des Alliés, au milieu des ruines, s'élève l'église Saint-Jean, de style gothique flamboyant. Elle a subi de graves dommages: la toiture des bas-côtés est détruite, le portail, le croisillon nord et le choeur sont endommagés"...

De nos jours, vue du haut des murailles du château de Guillaume le Conquérant, la ville est paisible, bourdonnante d'activité commerciale... Avant de partir, on n'oublie pas de jeter un oeil admiratif sur l'abbaye aux Hommes, bel édifice roman du XIe siècle flanqué de deux clochers carrés. L'automobiliste pressé n'aura rien vu de Caen: depuis plusieurs années, un ring encercle la cité et traverse l'Orne sur un vaste pont moderne sur lequel foncent les poids lourds... On quitte la ville par l'ancien tracé de la N13, qui subsiste de place en place aux côtés d'une quatre-voies bitumée de frais.

A gauche, passage de la rivière Drôme. Détail amusant, une autre rivière du coin porte le nom de... Provence!! A droite, km 0 de la Voie de la Liberté à Saint-Mère-Eglise (Photo: Marc Verney, mars 2007).

De Rots à Bayeux, voici quelques panneaux Michelin de la N13 qui s'imposent dans le paysage routier. Nous approchons de Bayeux, première cité française libérée en juin 1944 et, de ce fait miraculeusement préservée! Un document unique s'y trouve: la tapisserie de la reine Mathilde, longue broderie de 70 m sur laquelle figurent 58 scènes de la conquête de l'Angleterre par les Normands. "Au-delà de Bayeux, la N13 parcourt les fraîches campagnes du Bessin", sourie le Guide Bleu 1954.

C'est surtout, aujourd'hui en 2007, une quatre-voies autoroutière qui file directement vers Cherbourg. Les nombreux tronçons délaissés sont ici autant d'occasions de flâner au coeur des paysages du Débarquement allié du 6 juin 1944... C'est à la hauteur de Formigny que le voyageur se trouve à la hauteur de l'une des plages du D-Day: la sinistre Omaha Beach qui a vu tant de GI's tomber sur le sable normand.

Au km 280, Isigny-sur-Mer, nous dit le guide, "fait un commerce considérable de beurres". Ca n'a pas beaucoup changé. Plus loin, Carentan est située entre Douve et Taute au milieu d'une vaste plaine de pâturages. Tout ce lait ne tombe pas du ciel, en effet...
Le fou des numéros notera qu'une N13D relie les environs de Carentan à Utah Beach, la deuxième plage de débarquement de l'armée américaine en Normandie. Ici et là, sur fond de bocage, de petits panneaux en ciment commémorent les morts alliés dans les opérations militaires.

A gauche, l'arrivée sur Cherbourg. A droite, un endroit à part: l'ancienne gare maritime de Cherbourg accueille la Cité de la Mer et le sous-marin Le Redoutable. Une visite qui s'impose (Photo: Marc Verney, mars 2007).

Retour à la N13 à Sainte-Mère-Eglise, fameuse pour avoir été la cible des parachutistes de la 82e division aéroportée US. C'est en ces lieux chargés d'histoire que l'on retrouve la borne km 00 de la Voie de la Liberté. A l'approche de Cherbourg, la route contourne les bourgs de Montebourg et Valognes. Là encore, beaucoup de destructions pendant la bataille pour la libération de Cherbourg...

Au km 344, voilà Cherbourg-Octeville
, ville-porte du cap de la Hague, célèbre port militaire protégé des aléas du grand large par une immense digue de plusieurs kilomètres de long. A la place de l'immense gare maritime, d'où partaient les paquebots à destination du "nouveau monde", les Cherbourgeois ont eu l'idée d'ériger une somptueuse Cité de la Mer dans laquelle on peut visiter l'ancien sous-marin nucléaire français Le Redoutable et s'émerveiller devant de nombreux aquariums... Un voyage qui finit en histoire d'eau...

Marc Verney (juin 2007)

(*) Le Guide Bleu des environs de Paris 1928 indique une N190 de Saint-Germain à Mantes en passant par Orgeval, Epônes et Mezières (ce que confirment d'anciennes plaques de cocher encore perchées sur les murs de ces bourgs). La N13 passe à cette époque sur la rive droite à Poissy et rejoint alors Mantes par Meulan, Limay.


Autour de ma route...
Si le voyage en ligne droite était la façon la plus sympathique de se promener, cela se saurait... Ces pages sont faites pour les amoureux des courbes et des recoins... (lire)